
ÉMISSION – Crise politique : la France évolue-t-elle trop vite pour les élus ?
jeudi 5 décembre 2024 FRANCE CULTURE
Et si la crise politique était due à une incapacité des politiques à prendre en compte « les métamorphoses françaises » ? Jérôme Fourquet nous livre les secrets de ces évolutions dans son ouvrage paru au Seuil.
Avec Jérôme Fourquet Politologue
La France traverse une recomposition politique profonde, marquée par l’effondrement des partis traditionnels, l’émergence de nouveaux blocs idéologiques et une société en pleine mutation. Cette situation, inédite sous la Vᵉ République, engendre une instabilité institutionnelle qui fragilise durablement le fonctionnement démocratique. L’éclatement du paysage politique et les transformations sociales majeures sont-ils les seuls responsables de la crise institutionnelle actuelle ?
La fin de l’ordre démocratique
La scène politique française connaît un éclatement sans précédent, conséquence d’une lente déstructuration amorcée dès 2017 avec la disparition des grands partis traditionnels. Pour Jérôme Fourquet : « La droite et la gauche n’ont pas disparu, mais leurs incarnations historiques, Les Républicains et le Parti Socialiste, sont réduites à portion congrue », explique-t-il. En 2022, les deux partis cumulaient à peine 6,4 % des voix, contre 56 % en 2012 pour Hollande et Sarkozy. Cette transformation laisse place à trois blocs hétérogènes – macroniste, gauche insoumise et droite radicale – avec des alliances fluctuantes qui rendent la stabilité politique impossible.
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Une impasse sans issue ?
L’adoption d’une motion de censure contre le gouvernement Barnier illustre cette paralysie institutionnelle : « Il n’y a pas de majorité aujourd’hui en France, et aucune voie de passage claire pour une coalition », affirme Jérôme Fourquet. Les tentatives d’Emmanuel Macron pour élargir le « bloc central » se heurtent à une opposition fragmentée, mais résolue. En l’absence de marges budgétaires ou d’accords, le pays semble condamné à une dissolution législative ou, pire, à la démission du président, une éventualité qui gagne en crédibilité. « Chaque jour qui passe aggrave l’impasse, car la France est dans une situation où le blocage s’auto-alimente » alerte Jérôme Fourquet.
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Des institutions à la traine ?
Jérôme Fourquet lie cette crise politique aux bouleversements sociaux qui touchent le pays depuis plusieurs décennies. La désintégration des bases culturelles traditionnelles, comme le catholicisme ou le monde agricole, a vidé les partis de leurs électorats historiques. « Une jeune institutrice en 1980 voyait 10 % d’élèves issus de naissances hors mariage ; en 2020, c’est deux tiers« . Des changements comme la montée de la crémation ou du tatouage reflètent, selon Jérôme Fourquet, une transformation anthropologique profonde que les institutions politiques peinent gérer. La représentation politique peine ainsi à répondre à une société devenue « un archipel ».
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