
ARTICLE – En 2025, une flambée des violences en France – l’analyse d’Alain Bauer
Le nombre de victimes d’une tentative d’homicide passe de 2 259 en 2016 à 4 501, soit + 99,24 %… touchant la barre de 5 500 « homicidités », un niveau jamais atteint
Publié le 30 janvier 2026 Alain Bauer L’opinion
Entre 2014 et 2025, le nombre de victimes d’un homicide est passé de 803 à 982 (après une première annonce à 1 257 sur les douze mois glissants). Soit une augmentation de 22,29 %, juste au-dessous de la barre symbolique des 1 000 morts.
Voici le temps des publications statistiques annuelles. Dépourvu de son outil indépendant d’analyse et de mesure (l’ONDRP), passé par la moulinette comptable de Matignon en 2020, l’Etat se trouve encore une fois face au délicat exercice de présenter des chiffres qui, notamment en matière criminelle, renvoient toujours au douloureux principe de réalité. Le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) vient donc de diffuser sa première photographie structurée sur l’année 2025 après une première projection brute en tout début d’année (IC124).
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S’il faut saluer encore et toujours la volonté de transparence et la lucidité du ministre de l’Intérieur dans la diffusion des chiffres bruts, il convient de les analyser pour en tirer des éléments de réflexion alors que guerres et contestations sociales, conflits internes et externes, alimentent une violence subie, vécue et plus ou moins enregistrée.
Depuis 2019, nous publions de manière régulière une analyse détaillée de l’outil de décompte administratif des homicides (FCE) dont la structure stable depuis 1972 permet d’identifier des cycles structurés de crimes et délits en 107 index, dont 103 encore utilisés.
Afin de se rapprocher de la vérité (les homicides pris en compte par la police ne sont pas les mêmes que ceux enregistrés par d’autres services (Santé, Justice), nous avons considéré que la variable d’erreur était stable sur la période, l’outil de mesure du ministère de l’intérieur n’ayant pas été structurellement modifié (à noter toutefois que les tentatives d’homicide ne sont clairement identifiées qu’à partir de 1987 et longtemps oubliées des décomptes officiels ou fortement « corrigées » d’erreurs de prise en compte, qui en perturberaient la compréhension. Une situation longtemps anormale enfin réparée depuis 2024).
Homicidités
Or la tentative d’homicide n’est le plus souvent qu’un homicide raté, du fait de l’incompétence des auteurs ou de la qualité des services de secours. C’est pour cela que nous avons développé depuis quelques années un indicateur plus complet dénommé « homicidités » mis à jour à date.
Sont donc pris en compte dans cette note provisoire avec les chiffres initiaux de l’année 2025, les Index 1 (Règlements de comptes entre malfaiteurs), 2 (homicides à l’occasion de vol), 3 (autres homicides), 6 (Coups et blessures volontaires suivis de mort), 51 (homicides contre enfants de moins de 15 ans).
Entre 2014 et 2025, le nombre de victimes d’un homicide est passé de 803 à 982 (après une première annonce à 1 257 sur les douze mois glissants). Soit une augmentation de 22,29 %, juste au-dessous de la barre symbolique des 1 000 morts. Ainsi se rapproche-t-on à marche forcée des pics connus dans les années 1990/2000 (près de 1 400 homicides), un niveau très élevé par rapport au plus bas historique de 2012 (665)…
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Le nombre de victimes d’une tentative d’homicide, après le nouveau dispositif de comptage du SSMSI, passe de 2 259 en 2016 à 4 501 en 2025 soit + 99,24 %… touchant la barre de 5 500 homicidités (5 483 exactement), un niveau jamais atteint.
En matière de violences volontaires, sur la période comparable commençant en 2016, la progression est de 122 % (de 212 708 à 473 000 victimes), dépassant largement le niveau de 2023 (337 936 victimes).
Quant aux violences sexuelles, sujet enfin de mieux en mieux traité, qu’il concerne des femmes, des hommes et des mineurs, entre effet de révélation et attention plus sensible aux flux annuels, on ne peut que constater une nouvelle et puissante dégradation, les victimes recensées passant de 87 631 personnes à 132 300 (+50,97 %).
L’enquête annuelle de victimation, tenant compte du réel vécu et pas toujours déclaré des victimes, viendra compléter durant l’année les éléments collectés ci-dessus.
Profond mouvement de retour de la violence physique
Ce profond mouvement de retour de la violence physique a longtemps été ignoré ou sous-estimé. Certes, il a beaucoup concerné des malfaiteurs entre eux ou dans l’exercice de leurs activités « professionnelles » notamment les trafics de stupéfiants.
Mais, outre les dommages collatéraux de plus en plus fréquents, le retour structuré et structurel de la violence exprime les effets et conséquences d’une profonde crise dans la société : perte de confiance dans les institutions et les corps intermédiaires, crise sociale et grande « démission », crise sanitaire, effets violents de la « Rageosphère » et de la trollisation des réseaux sociaux.
Cette violence du quotidien, longtemps masquée par les attentats ou les meurtres de masse en 2015 et 2016, concerne toutes les catégories de la population et implique une victimation dont l’ampleur et la diversité sont hélas de moins en moins inédites.
Alain Bauer, professeur émérite de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers, New York et Shanghai, PSDR3C – ESD R3C. Auteur de : Tu ne tueras point (Fayard, 2024) et Au Bout de l’Enquête 1, 2 et 3 (First, 2024).