
Le sordide tableau dans lequel le criminel listait ses jeunes victimes devoilé
L’affaire Epstein continue de secouer le monde entier. Entre témoignages inédits, documents confidentiels et noms politiques cités, « Complément d’enquête » sur France 2 interroge la gestion du volet français de ce scandale international. La vérité émergera-t-elle ?
Un an après les premières révélations de « Complément d’enquête », l’émission de France 2 revient ce jeudi 16 avril sur l’affaire Jeffrey Epstein. Au cœur de ce nouveau volet : un document informatique découvert par les enquêteurs au domicile parisien du milliardaire américain
POURQUOI LES AUTORITES JUDIAIRES ET POLICIRERES CACHENT-ELLES ( ENCORE ) DEPUIS 2020 CETTE LISTE DE 62 JEUNES FEMMES
Le 23 septembre 2019, les enquêteurs perquisitionnent l’appartement de Jean-Luc Brunel, ami de Jeffrey Epstein, avenue Foch à Paris. Ils le soupçonnent d’avoir été son complice. Sur place, les policiers saisissent deux ordinateurs, de nombreuses photographies de jeunes femmes et un CD nommé « Confidentiel – Tableau complet ».
Un fichier compromettant
Ce CD contient un tableur Excel avec les noms de soixante-deux femmes accompagnés d’informations supplémentaires ou de commentaires. Dans une colonne sont mentionnées les lettres « o » ou « u » qui, selon « Complément d’enquête », pourraient signifier « older than 18 » (majeures) ou « underaged » (mineures), parfois accompagnées d’un nombre qui pourrait être l’âge des jeunes femmes mineures. D’autres colonnes mentionnent des pratiques sexuelles très explicitement avec les termes « pénétration », « rapport sexuel » ou « sexe oral ».
Le témoignage d’une survivante
« Complément d’enquête » a pu retrouver l’une des femmes figurant sur le tableau. Haley Robson vit en Floride, dans un quartier pauvre où Epstein aurait recruté ses premières victimes au début des années 2000. Elle avait 16 ans quand le milliardaire l’aurait violée. La femme se dit « mortifiée » de voir ce tableau : « Qui garde trace de ce genre de chose ? Voir son nom comme ça et voir cet homme qui reconnaît finalement vous avoir violée. Je ne sais même pas comment formuler les choses », explique-t-elle aux journalistes de « Complément d’enquête ».
À ce stade, les informations que « Complément d’enquête » a ne permettent pas de connaître l’origine ni le but précis du document. Cependant, certains éléments, comme l’analyse technique du CD retrouvé, aident à faire avancer les pistes.
Après la mort de Jean-Luc Brunel en prison en 2023, le parquet de Paris a ouvert deux « enquêtes cadres » sur l’affaire Epstein et ses implications en France.
ARTICLE – Noms, âges, actes sexuels… Un sordide recensement de potentielles victimes de Jeffrey Epstein saisi dans son appartement parisien
En 2019, les enquêteurs français ont découvert un tableur informatique au domicile de l’avenue Foch du millionnaire, listant les noms de nombreuses jeunes femmes accompagnés de commentaires. « Complément d’enquête », qui revient jeudi sur le volet français de l’affaire, en dévoile le contenu en exclusivité.Consulter leDossier : L’essentiel des révélations sur l’affaire Epsteinlire plus tard190 commentairespartager
Article rédigé par Valentin Stoquer, Virginie Vilar France Télévisions Publié le 15/04/2026
Trois mois après la mise en ligne des « Epstein Files » par le ministère de la Justice américain, la tentaculaire affaire n’en finit pas de dévoiler de nouvelles zones d’ombre. Les quelque trois millions de documents issus des e-mails du millionnaire Jeffrey Epstein ont mis en lumière les crimes sexuels présumés de l’Américain, retrouvé pendu dans sa cellule à New York en août 2019, avant son jugement. « Complément d’enquête » s’intéresse, jeudi 16 avril, au volet français de l’affaire ouvert en 2019.
A l’époque, la justice française s’intéresse à l’ex-agent de mannequin Jean-Luc Brunel, proche de Jeffrey Epstein et soupçonné d’avoir été son complice. Il est mis en examen le 19 décembre 2020 pour « viols sur mineur de plus de 15 ans ». Lors de leurs investigations, les enquêteurs perquisitionnent, le 23 septembre 2019, l’appartement du 22 avenue Foch, vaste propriété du financier dans lequel il séjournait régulièrement lors de ses nombreux passages à Paris.
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Les autorités françaises découvrent alors « deux ordinateurs Mac, plusieurs supports de stockage de type clé USB, des documents relatifs à [la compagne de Jeffrey Epstein] Ghislaine Maxwell, et de nombreuses photographies de femmes jeunes, voire très jeunes« , comme le précise un courrier présent dans les « Epstein Files » et envoyé le 8 juillet 2020 par le procureur de la République de Paris à la justice américaine. Un CD-Rom, qui porte la mention « Confidentiel – Tableau complet », est également saisi par les enquêteurs. A l’intérieur se trouve un tableur Excel dont « Complément d’enquête » dévoile le contenu en exclusivité.
Une liste de 62 jeunes femmes et des commentaires
Ce tableau informatique dresse une longue liste de 62 noms de personnes, classées par ordre alphabétique. Toutes sont des femmes. Leur identité complète est dans la plupart des cas renseignée, mais certaines sont désignées par un détail reconnaissable, comme « tatouage » ou « amie de Tony ». Dans les colonnes adjacentes, la date de naissance est parfois précisée. Chacune est classée « o » ou « u » dans une colonne intitulée « âge à l’époque ». Deux lettres qui pourraient signifier dans un cas « older than 18 » (« majeures » en français), et dans l’autre « underaged » (« mineures »).
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Les captures d’écran consignées par les enquêteurs français dévoilent un tableau aux informations éparses. Beaucoup de cellules sont laissées vides et l’intitulé de certaines colonnes est difficile à interpréter. On comprend toutefois qu’il s’agit d’un registre des actes sexuels entrepris avec ces femmes, parfois très jeunes. Les trois dernières colonnes du tableau décrivent les pratiques de façon explicite : « pénétration », « rapport sexuel » ou « sexe oral ».
L’inscription « mineure » est dans certains cas accompagnée d’un nombre, probablement l’âge des jeunes femmes au moment des faits. Certaines lignes sont choquantes. En face de J., une jeune fille fréquentée à l’âge de 16 ans selon le tableau, il est ainsi inscrit cliniquement « essayée » dans la colonne intitulée « pénétration ». Pour A., une autre adolescente âgée de « 16 ou 17 ans au début« , le tableau indique qu’elle a subi des rapports sexuels oraux et avec pénétration.
« Qui garde trace de ce genre de choses ? »
On retrouve également dans ce document le nom d’Haley Robson. Cette Américaine mène désormais un combat pour faire reconnaître les crimes présumés de Jeffrey Epstein. Elle n’avait que 16 ans lorsqu’elle a rencontré l’homme d’affaires en 2002. Lycéenne d’un établissement de West Palm Beach, elle a été recrutée officiellement pour prodiguer des massages au millionnaire dans sa villa de Floride. Elle accuse l’homme d’affaires de l’avoir agressée sexuellement.
Contactée par « Complément d’enquête » au sujet du fichier Excel, Haley Robson a déclaré découvrir pour la première fois son existence. « Je suis mortifiée, témoigne-t-elle, sous le choc d’apprendre y être recensée. Qui garde trace de ce genre de choses ? Franchement, qui s’assoit pour noter quelles filles il a violées et lesquelles il n’a pas violées ? »
A ses yeux, le fichier constitue une nouvelle preuve des faits qu’elle dénonce depuis des années. « C’est vraiment difficile d’avoir cela sous les yeux, ça rend plus réelle notre histoire, ce dont on a parlé, et le fait que nous étions mineures, souligne-t-elle. Beaucoup d’entre nous étions des enfants, et ce document confirme certaines de nos déclarations concernant les pénétrations, les viols et les abus subis. »
Un document à destination de ses avocats ?
Pourquoi un tel document a-t-il été retrouvé dans les affaires de Jeffrey Epstein ? S’agissait-il d’un registre tenu à jour dans le but de préparer la défense de l’homme d’affaires ? Dans les éléments que « Complément d’enquête » a pu consulter, les autorités françaises ne semblent pas disposer de conclusion claire quant à l’origine ou la finalité de cette sinistre comptabilité. Néanmoins, certains éléments permettent d’avancer des pistes.
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L’analyse technique du CD-Rom établie par les enquêteurs révèle ainsi que le fichier Excel a été enregistré pour la dernière fois le 13 juin 2007. A cette époque, le pédocriminel était sous le coup d’une enquête aux Etats-Unis depuis deux ans, pour « trafic sexuel de mineures ». Dès lors, ce fichier était-il destiné à recenser les potentielles victimes qui pourraient témoigner contre lui ? Contactés, les avocats qui travaillaient à l’époque pour Jeffrey Epstein n’ont pas répondu aux sollicitations de « Complément d’enquête », mais un détail du tableau le laisse penser, en l’occurrence, une colonne intitulée « contact sexuel (2246(3)) ».
Dans la juridiction américaine, l’article 2246, alinéa 3(Nouvelle fenêtre), renvoie à la définition de ce qui est considéré comme « un contact sexuel » et qui peut tomber sous le coup de la loi : « le terme ‘contact sexuel’ désigne le fait de toucher intentionnellement, directement ou à travers les vêtements, les organes génitaux, l’anus, l’aine, la poitrine, l’intérieur des cuisses ou les fesses de toute personne dans l’intention d’abuser, d’humilier, de harceler, de dégrader ou d’exciter ou de satisfaire le désir sexuel de toute personne.«
Le CD-Rom a également intéressé la justice américaine. En janvier 2021, le ministère de la Justice des Etats-Unis a envoyé une demande d’entraide aux autorités françaises, dans le cadre de l’enquête sur Ghislaine Maxwell, l’ex-compagne de Jeffrey Epstein condamnée à vingt ans de prison pour complicité de trafic sexuel de mineures. Dans ce courrier, les Etats-Unis demandent à la France la copie de certains documents, dont le tableau Excel retrouvé dans l’appartement parisien.
A ce stade, rien ne permet de savoir si le document a bel et bien été transféré outre-Atlantique. Un an après cette demande, en France, l’ex-agent de mannequins Jean-Luc Brunel a été retrouvé mort dans sa cellule de prison. Après son suicide, la procédure s’était éteinte avec un non-lieu prononcé à l’été 2023. Face à l’ampleur des récentes révélations, le parquet de Paris a indiqué ouvrir deux « enquêtes cadres » sur l’affaire Epstein et ses implications en France. L’institution judiciaire va notamment analyser à nouveau le dossier d’instruction portant sur Jean-Luc Brunel.