
ARTICLE – «Dangereux», «malaisant»… La gauche médiatique s’offusque du film sur l’assassinat de Samuel Paty
Présenté à Cannes et sorti mercredi en salles, le film « L’Abandon », consacré aux derniers jours du professeur tué par un terroriste islamiste en 2020, déclenche une violente polémique, certains spectateurs et médias de gauche n’hésitant pas à le qualifier de « dangereux ».
Louise Dugast 15/05/2026 JDD
À peine sorti, déjà transformé en champ de bataille politique. L’Abandon, le film de Vincent Garenq consacré aux onze jours ayant précédé l’assassinat de Samuel Paty, n’aura pas attendu le verdict du box-office pour devenir l’un des objets culturels les plus explosifs du moment. Présenté hors compétition au Festival de Cannes mercredi 13 mai, le long-métrage porté par Emmanuelle Bercot et Antoine Reinartz retrace l’engrenage qui a conduit à la mort du professeur d’histoire-géographie, décapité le 16 octobre 2020 par un terroriste islamiste après une campagne de haine déclenchée autour d’un cours sur les caricatures de Mahomet.
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Dans une critique très commentée, le HuffPost reconnaît pourtant les qualités du long-métrage : une reconstitution « scrupuleuse » des faits, une mise en scène« pudique » et un travail utile pour comprendre « la mécanique de mensonge »ayant conduit au drame. Le média souligne également que le film rappelle clairement le rôle central joué par la fausse accusation lancée par une collégienne absente du cours, puis amplifiée sur les réseaux sociaux par son père.
Mais malgré ces précautions, le média dit ressentir « un malaise profond » face au projet. En cause notamment : le calendrier de sortie, intervenu quelques semaines après la fin du procès en appel lié à l’attentat – ce que le HuffPost considère comme une volonté de « capitaliser » rapidement sur l’affaire. La critique s’attarde également sur le profil de Stéphane Simon, auteur du livre dont le film est adapté et producteur du projet. Ancien collaborateur de Thierry Ardisson, proche de Michel Onfray et ayant travaillé pour Marine Le Pen ou Valérie Pécresse lors de la présidentielle de 2022, celui-ci est présenté comme un élément participant au « malaise » entourant le film.
Une critique immédiatement interprétée comme la preuve d’un embarras persistant dès qu’il s’agit d’aborder frontalement l’islamisme. « Résumé de la critique : ce film n’a qu’un défaut, il existe », a réagi sur X la journaliste Emmanuelle Ducros. « Et visiblement, certains auraient préféré qu’on oublie l’histoire au plus vite. » Même accusation de l’essayiste Naïma M’Faddel, qui évoque un « dégoût profond » face à une partie de la presse accusée de minimiser la dimension islamiste de l’attentat. « Complice par déni, cette élite minimise l’islamisme qui a martyrisé Samuel Paty », écrit-elle.
La polémique Grimkujow
La controverse a encore franchi un cap à Cannes après la diffusion sur X d’une vidéo montrant plusieurs vidéastes critiquer frontalement le film. L’un d’eux lance face caméra. « Je savais que ça allait être nul mais c’est un film dangereux, rempli de préjugés. Tous les musulmans sont méchants, la scène de la mort le mec crie “Allah Akbar” et les flics arrivent. Ils font un film pour le RN à un an de l’élection », lâche ainsi le streamer Grimkujow après le visionnage. Et de poursuivre : « Votez Mélenchon et on en*ule le RN et l’extrême droite ! »
Des propos qui ont immédiatement provoqué une avalanche de réactions indignées sur les réseaux sociaux. L’eurodéputé RN Matthieu Valet dénonce des déclarations « à vomir », reprochant aux vidéastes de tourner en dérision un attentat islamiste fondé sur « des faits réels ». Le président des jeunes LR Théo Am’Saadi accuse pour sa part ces influenceurs de « cracher sur la mémoire »de Samuel Paty. Le journaliste Ivan Rioufol a de son côté dénoncé des « collabos de l’islamisme », estimant qu’une partie de la gauche et des milieux militants souhaite empêcher toute évocation directe de l’islamisme dans le débat public.