
Le risque de l’étouffement par surendettement menace désormais le pays. En quelques années, le discours des économistes s’est radicalement retourné sous l’effet de la remontée en flèche des taux d’intérêt. Trop tard ?
Publié le 25 juin 2026 Marc Vignaud L’OPINION
Selon la Cour des comptes, si la France n’arrive pas à freiner ses dépenses davantage qu’avant la période pré-crise du Covid, la dette frôlera 130 % du PIB en 2031.
Nous sommes le 24 février 2021, près d’un an après le premier confinement lié à la crise sanitaire du Covid. Le Haut-commissaire au Plan, François Bayrou, l’homme qui a fait quasiment toute sa carrière politique sur la maîtrise de l’endettement public, propose un plan de relance de l’économie française axé sur les investissements d’avenir de… 250 milliards d’euros ! « Je pense important que l’esprit public comprenne que ce n’est pas une dette qui va peser nécessairement sur l’activité du pays immédiatement, on peut prendre dix ans, le temps de la reconquête », confie-t-il aux journalistes.
A lire aussi :Dette : l’électrochoc que la Cour des comptes espère provoquer avant la présidentielle
Un mois plus tôt, en janvier, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) organise une conférence de presse pour expliquer que la France a encore des marges de manœuvre pour augmenter son endettement. Alors que la dette est attendue à 120 % du PIB à la fin de l’année, contre moins de 100 % en 2019, son directeur, Xavier Ragot, défend l’idée que la France a les reins suffisamment solides pour lever 5 points de PIB de dette en plus, soit 100 milliards d’euros, dans les cinq à dix ans qui viennent…
…/…
ANALYSE : LA DETTE FRANÇAISE C’EST LA FAILLITE POLITIQUE ( DIX ANNÉES DE MACRONIE QUI S’ACHÈVENT SUR LES DÉCOMBRES )
La France n’est pas proche d’une « faillite » au sens juridique, mais d’une impasse politico-budgétaire : incapacité chronique à réduire les déficits, dépenses publiques élevées, dette croissante et perte de crédibilité face aux marchés et agences de notation. Cette situation inquiéterait une partie des économistes et investisseurs.
1. La dette n’est plus un phénomène conjoncturel
L’idée centrale est que la dette française n’est plus liée seulement à des chocs exceptionnels (crise financière, Covid, inflation), mais à un déséquilibre structurel : déficit récurrent, dépenses supérieures aux recettes et difficulté politique à engager des réformes budgétaires. La France finance depuis longtemps son fonctionnement par l’emprunt.
2. La hausse des taux change la donne
L’époque de « l’argent gratuit » est terminée. Quand les taux étaient proches de zéro, l’État pouvait refinancer sa dette à faible coût. Avec des taux plus élevés, le service de la dette (les intérêts payés chaque année) devient un poste budgétaire majeur, concurrençant d’autres dépenses publiques.
3. La « faillite politique »
L’expression vise non pas une cessation de paiement imminente, mais une incapacité collective du système politique à arbitrer :
- refus de réduire certaines dépenses ;
- refus d’augmenter certains prélèvements ;
- fragmentation parlementaire ;
- budgets adoptés difficilement ou trajectoires budgétaires peu crédibles.
4. Les économistes alertent
- la perte de crédibilité financière ;
- l’écart de taux avec l’Allemagne ;
- le risque d’une hausse de la prime de risque française ;
- un scénario d’« étouffement budgétaire » plutôt que de faillite brutale. Le gouverneur de la Banque de France a lui-même parlé d’un risque d’« étouffement progressif », tout en écartant l’idée d’une faillite de l’État.