Aller au contenu principal

LE RN DEVENU UN PARTI « DOMINANT » AU DELÀ DE LA PROTESTATION

D’un parti de protestation à un parti dominant. La dynamique électorale du Rassemblement national (2017-2026)

PAR PASCAL PERRINEAU – JUILLET 2026 FONDAPOL

Depuis la passation de pouvoir, en 2011, entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen, celle-ci a engagé un processus impressionnant de dynamique électorale : 17,9 % des suffrages exprimés en 2012, 33,2 % en 2024. Dans la perspective de la prochaine présidentielle de 2027, les sondages d’intentions de vote laissent envisager une avance confortable pour le candidat du RN, crédité de 33 à 35 % d’intentions, largement en tête dans l’hypothèse du premier tour.

Cette envolée du vote en faveur du RN sur une dizaine d’années nous a amenés à utiliser les données accumulées depuis 2015 dans le cadre de l’Enquête électorale Française, enquête par panel auprès de plus de 10 000 personnes. A partir d’un échantillon de 2444 électeurs ayant voté à la fois en 2017, 2022 et 2024, nous avons pu distinguer quatre sous-populations d’électeurs hostiles au vote RN, d’électeurs fidèles à ce vote, d’électeurs épisodiques et d’électeurs ralliés en 2024.

Ces derniers sont à l’origine de la montée en puissance du RN qui a eu pour effet de le propulser en véritable parti dominant de la Ve République au cours des cinq dernières années. Alors que les électeurs fidèles et épisodiques du RN correspondent au profil maintenant presque « classique » d’un électorat populaire et de faible niveau de diplôme, les électeurs ralliés en 2024 présentent un profil différent : celui d’un électorat de classes moyennes, plus âgé et bien doté en diplômes de l’enseignement supérieur.

D’une certaine manière, l’inflexion forte de croissance qu’a connue le RN de 2022 à 2024 (de 23,2 % à 33,2 %) correspond à un étiolement sensible des digues sociales et culturelles qui contenaient jusqu’alors la poussée du parti.

Dorénavant, des milieux (personnes âgées, cols blancs, diplômés) longtemps réticents à la formation dirigée par Jordan Bardella, cèdent davantage à son attrait. Comme nombre de partis dominants sous la Ve République, le RN devient un parti attrape-tout avec lequel il faudra compter lors de la prochaine échéance présidentielle.

Pascal Perrineau est professeur des universités CEVIPOF-Sciences Po et membre du conseil scientifique et d’évaluation de la Fondapol.

À lire : D’un parti de protestation à un parti dominant. La dynamique électoral du Rassemblement national (2017-2026)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.