
Désattention au travail : les managers et leurs équipes interrompus toutes les 13 minutes
Par Léa LucasLe 15 juillet 2026 LETTRE DES CADRES
Si les salariés tentent de mettre en place des astuces pour améliorer leur attention au quotidien, ils attendent un accompagnement managérial et organisationnel plus soutenu de la part de leur entreprise. Celle-ci est consciente de l’importance de cet enjeu, en faveur de la performance et du bien-être au travail, sans pour autant être en mesure de déployer des actions concrètes. Décryptage d’Éric Albert, Président et Fondateur de Uside. Etude récente à l’appui.

Emails, notifications sur le téléphone, réunions en cascade, bavardages des collègues dans l’open-space… 4,7 interruptions par heure en moyenne (soit une toutes les 13 minutes) nous perturbent au travail, d’après l’étude* réalisée par Ipsos bva pour Uside, publiée en juin 2026. 18 % des individus sont même dérangés plus de 5 fois par heure. Principale conséquence ? La capacité d’attention (aux autres, à soi-même, à ses missions ou au monde extérieur) s’érode silencieusement, mais de manière grandissante.
Si les organisations mesurent l’ampleur du phénomène, rares sont celles qui agissent au quotidien pour le contrecarrer. Plus de la moitié des salariés (58 %) estiment qu’elles ne font rien pour réduire les déficits d’attention liés aux diverses sollicitations professionnelles ainsi qu’à l’omniprésence des outils numériques. Un pessimisme davantage exprimé par les femmes et les plus de 50 ans.
La désattention est un enjeu plus important au sein des grandes organisations.
Crédit : Etude menée conjointement par Uside et Ipsos, juin 2026.
Face à ce constat, les entreprises semblent, en effet, démunies ou insuffisamment mobilisées. Un paradoxe saisissant lorsqu’on sait que la désattention pèse directement sur la performance individuelle et collective. Les conséquences humaines sont réelles : 33 % des salariés développent de l’épuisement professionnel, tandis que 32 % voient leur niveau de stress augmenter – faisant de cet enjeu un facteur majeur de burnout. « Les entreprises investissent massivement dans la performance, les outils, les processus. Rarement dans l’attention ! Pourtant, c’est elle qui conditionne tout le reste. Cette étude lève le voile sur l’un des angles morts du management contemporain », affirme Éric Albert, Président & Fondateur de Uside.
Des conséquences délétères
Parmi les autres conséquences observées par 84 % des salariés : troubles physiques et psychiques, irritabilité, baisse de la productivité, mauvaises décisions, allongement des horaires de travail, problèmes de sécurité ou de qualité dans les tâches à réaliser – avec des retards, des erreurs ou des oublis majeurs -, tensions avec l’entourage professionnelle, à commencer avec son propre manager, etc.
Cette difficulté à se concentrer impacte également les moments où les membres d’une équipe sont supposés collaborer. Toujours selon cette étude, moins de deux salariés sur trois déclarent être « systématiquement » ou « souvent » attentifs lors de réunions de travail. Plus inquiétant encore : seuls 54 % des actifs interrogés jugent leur manager « attentif » lors de ces séquences. Alors que l’exemplarité managériale vacille, ce désengagement partagé transforme les temps collectifs en zones de non-productivité – accentuant ainsi le sentiment de fragmentation du travail, d’inefficacité et/ou de perte de sens (notamment en milieu de carrière, souligne l’étude). A moyen et long-terme, ce manque de cohésion peut conduire à une baisse de la motivation, une diminution de la créativité et de l’innovation, voire à davantage d’accidents de travail, d’absentéisme et de démissions au sein des organisations.
Plus largement, l’étude révèle une fracture profonde dans la perception de l’attention entre salariés et managers. Si 78 % des salariés déclarent être « attentifs » aux conséquences de leurs paroles et de leurs actes, ce chiffre chute à 47 % lorsqu’on leur demande d’évaluer l’attention portée par leur hiérarchie – soit un écart massif de 31 points. Ce fossé se creuse avec l’ancienneté : alors que 73 % des jeunes salariés (18-24 ans) estiment que leur manager est « attentif » à l’équipe, ce chiffre tombe à 50 % chez les salariés de 50 ans et plus. Le mode de management est pourtant essentiel pour lutter contre la désattention au travail.
Initiatives faciles et peu coûteuses
La multiplication et l’accélération des nouvelles technologies – l’intelligence artificielle en particulier – n’apparaissent pas comme des solutions aux yeux des salariés. Au contraire ! Plus d’un salarié sur trois estime que l’IA dégrade l’attention portée aux autres (38 %) et au monde extérieur (36 %). Un contre-narratif fort – à rebours du discours dominant sur la productivité augmentée. À noter que les hommes et les jeunes sont plus nuancés quant à l’impact de l’IA sur l’attention en entreprise.
C’est pourquoi, conclut l’étude, 64 % des salariés aimeraient être accompagnés pour améliorer leur attention au travail. Une proportion qui monte à 70 % chez les moins de 35 ans. Contrairement aux idées reçues, la jeune génération ne se révèle pas moins attentive que ses aînés, elle est simplement plus lucide sur ses besoins et plus demandeuse de solutions concrètes. Les salariés attendent notamment une limitation de la charge de travail, des environnements de travail plus calmes, une meilleure ambiance au sein de l’équipe, plus de considération et d’encouragements de la part de leur hiérarchie, l’accès à des formations et à des séances de coaching, une mise à disposition de plus de moyens humains et matériels.
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A l’échelle individuelle, lutter contre ce défit d’attention au travail, peut passer par des actions simples, souvent peu coûteuses, telles que : planifier ses tâches en amont (finir chacune d’elles avant d’en commencer une nouvelle et/ou bloquer des créneaux dans son agenda pour se concentrer) ; mettre son téléphone en silencieux ; éviter les open-spaces et privilégier le télétravail ; prendre des pauses régulièrement pendant la journée de travail ou encore bien gérer son stress. « Cette capacité attentionnelle est une dimension essentielle du leadership. C’est la raison pour laquelle nous accompagnons les dirigeants et leurs équipes à développer et à cultiver cette ressource précieuse », termine le patron de Uside.
*Cette enquête a été réalisée en ligne via la plateforme Ipsos digital du 6 au 11 mars 2026 auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 salariés français âgés de 18 ans et plus.