
1. ARTICLE – Affaire Lyhanna : dans une boucle WhatsApp, des centaines de magistrats contestent les conclusions d’un rapport d’inspection
Publié le 24/06/2026 EUROPE 1
INFO EUROPE 1 – Affaire Lyhanna : dans une boucle WhatsApp, plusieurs centaines de magistrats s’organisent contre Gérald Darmanin [Damien Meyer / AFP]ArticleSuggestions
Près de vingt jours après la découverte du corps de la petite Lyhanna dans le Gers, la crise provoquée par la procédure disciplinaire demandée par le garde des Sceaux s’étend désormais au sein de la magistrature. Selon différentes sources judiciaires concordantes, plusieurs centaines de magistrats ont rejoint une boucle WhatsApp afin d’organiser la riposte après la suspension d’un substitut du parquet d’Auch en charge de l’enquête. Un bras de fer semble désormais engagé avec le garde des Sceaux.
La colère gagne les magistrats. Selon différentes sources judiciaires concordantes, plusieurs centaines de magistrats, répartis dans toute la France, ont rejoint une boucle WhatsApp créée pour organiser la riposte après la procédure disciplinaire engagée contre un substitut du parquet d’Auch dans l’affaire Lyhanna.
Selon plusieurs participants à ces échanges, les propositions d’action se multiplient pour dénoncer les conclusions du rapport administratif et les sanctions qui en ont découlé.
« Bloquer la boîte mail du cabinet du garde des Sceaux »
Selon un participant à cette boucle, certains juges ont proposé de « bloquer la boîte mail du cabinet du garde des Sceaux » par l’envoi massif de messages. D’autres ont évoqué la possibilité d’écrire en nombre au Conseil supérieur de la magistrature (CSM) afin de saturer ses services. Toujours selon cette source judiciaire, des propositions plus radicales auraient également été avancées au cours des échanges.
Une participante aurait ainsi évoqué l’hypothèse, en tant que juge des libertés et de la détention, de signaler au CSM une faute grave qu’elle n’aurait pourtant pas commise : celle de ne pas avoir signé un mandat de dépôt et d’avoir remis en liberté une personne poursuivie pour viol. Derrière ces propositions, leurs auteurs entendent mettre en lumière les conséquences potentielles des tensions actuelles au sein de l’institution judiciaire.
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Menaces de perturbation des audiences
Dans cette boucle de messagerie, plusieurs magistrats ont également appelé à un retrait massif et immédiat des « habilitations mineurs » pour les magistrats spécialisés. Une mesure qui pourrait compliquer le traitement de nombreux dossiers en cours. Une autre participante évoque la possibilité de renvoyer certaines audiences ou de faire valoir un droit de retrait.
Ces discussions surviennent alors que Gérald Darmanin a demandé une accélération du traitement des quelque 70.000 procédures impliquant des mineurs avant le 14 juillet. Pour plusieurs magistrats engagés dans cette mobilisation, cette exigence serait difficilement compatible avec les moyens actuellement disponibles dans les juridictions.
Une justice sous tension
Au fil des échanges, la discussion semble désormais dépasser largement le seul cas du substitut sanctionné. Les participants dénoncent plus globalement l’état de la justice et une surcharge de travail qu’ils jugent chronique.
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Pour ces magistrats, les dysfonctionnements pointés dans cette affaire ne seraient pas le résultat d’une faute individuelle mais la conséquence d’une accumulation de facteurs : charge de travail, calendrier d’audiences, congés programmés et manque de moyens humains. Plusieurs participants décrivent une institution sous pression permanente et estiment que leur collègue a servi de fusible pour désigner un responsable.
Le substitut sanctionné estime n’avoir « fait que son travail »
Selon plusieurs magistrats ayant accès aux échanges, certains participants cherchent également à identifier les responsables ayant contribué aux sanctions visant leur collègue. D’après ces sources judiciaires, plusieurs participants s’interrogent notamment sur le rôle joué par des représentants du parquet général dans la procédure disciplinaire.
En parallèle, les messages de soutien au substitut se multiplient. Selon un magistrat présent dans cette boucle, l’intéressée aurait confié traverser une période particulièrement difficile. Elle aurait expliqué que la situation était « très compliquée » et qu’elle s’exprimerait ultérieurement, tout en affirmant n’avoir « fait que son travail » et considérant qu’elle n’a pas fait de faute professionnelle.
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Toujours selon cette même source judiciaire, elle considérerait que la décision prise à son encontre revêt avant tout une dimension politique à moins d’un an de la présidentielle.
Une tribune attendue et un appel à une « journée morte »
Cette mobilisation des magistrats en privé devrait rapidement être partagée dans l’opinion publique. Selon plusieurs sources judiciaires concordantes, une tribune signée par de nombreux magistrats est en cours de finalisation.
Elle devrait être publiée prochainement dans la presse. Les signataires entendent dénoncer ce qu’ils considèrent comme la recherche d’un bouc émissaire dans cette affaire. Ils estiment que les responsabilités sont plus larges et renvoient aux difficultés structurelles rencontrées quotidiennement par les juridictions.
2. ARTICLE – Mort de Lyhanna : plusieurs centaines de magistrats rejoignent une boucle WhatsApp pour contester les premières sanctions contre la justice
Publié le 24/06/2026 Benoît Donnadieu LA DEPECHE
l’essentielAprès l’annonce d’une procédure disciplinaire visant un magistrat du parquet d’Auch dans l’affaire Lyhanna, la colère monte dans la profession. Plusieurs centaines de magistrats ont rejoint une boucle WhatsApp pour organiser la riposte et dénoncer ce qu’ils considèrent comme une recherche de boucs émissaires.
Après les premières sanctions dans l’affaire Lyhanna, la grogne s’organise. Plusieurs centaines de magistrats, répartis dans toute la France, ont rejoint une boucle WhatsApp créée pour organiser la riposte après la procédure disciplinaire engagée contre un substitut du parquet d’Auch, indique Europe 1.
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a annoncé lundi 22 juin au soir avoir engagé « une procédure disciplinaire, une enquête administrative » visant à sanctionner les « défaillances graves » reprochées à ce magistrat. Quelques heures plus tôt, le rapport de la mission d’inspection déclenchée après la mort de la jeune Lyhanna, 11 ans, avait été rendu public. Il pointe une série de dysfonctionnements majeurs dans le traitement des procédures : lenteurs administratives, défauts de suivi, erreurs d’orientation et manque de coordination.
Une contre-attaque
D’après plusieurs participants au groupe de discussion, différentes pistes d’action sont actuellement évoquées. Certains suggèrent d’adresser massivement des courriers au Conseil supérieur de la magistrature (CSM), tandis que d’autres auraient avancé des propositions plus offensives. Va-t-on vers une grève massive de la profession ? Pour l’instant, rien ne permet de l’affirmer.
Au-delà du seul cas du parquet d’Auch, le débat s’élargit désormais à la situation de la justice française dans son ensemble. Ce mardi 23 juin, à 12 h 30, des magistrats du tribunal judiciaire de Montauban se sont réunis sur les marches du palais de justice, afin de contester les conclusions du prérapport lié à l’affaire Lyhanna.
« Je suis le parquet d’Auch »
À l’appel de l’Union syndicale des magistrats et du Syndicat de la magistrature, magistrats du siège et du parquet ont affiché leur solidarité avec leurs collègues gersois en brandissant le slogan : « Je suis le parquet d’Auch ».
« On est clairement désignés comme des boucs émissaires faciles. Quand un drame comme ça arrive, évidemment qu’il y a un sentiment d’impuissance et d’échec qui est extrêmement difficile à vivre. Les politiques détiennent pourtant la clé. Ce sont eux qui, depuis trente ans, ont laissé la justice dans un état d’abandon total », déclarait Natacha Aubeneau, trésorière nationale de l’Union syndicale des magistrats (USM), il y a deux semaines dans les colonnes de La Dépêche.
« Comment voulez-vous que les parquets, qui sont déjà à bout de souffle, avec leurs milliers de plaintes et leurs procédures qui arrivent tous les jours, absorbent toujours plus de directives qui sont parfois contradictoires ? », poursuit la magistrate. À chaque fois qu’il y a un drame, on vient nous imposer de nouvelles procédures, de nouvelles réformes. Mais il n’y a toujours pas les moyens de tout traiter. »
3. ARTICLE – Affaire Lyhanna : la mobilisation des magistrats accusée de corporatisme par une partie de la classe politique
Alexis Delafontaine 29/06/2026 europe 1
Les magistrats et les avocats se mobilisent, ce lundi 29 juin, lors d’une journée « justice morte », sur fond de tensions avec le garde des Sceaux après l’affaire Lyhanna. [Quentin de Groeve / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP]ArticleSuggestions
Les magistrats et les avocats se mobilisent, ce lundi 29 juin, lors d’une journée « justice morte », sur fond de tensions avec le garde des Sceaux après l’affaire Lyhanna. Une initiative vivement critiquée par une partie de la classe politique, qui dénonce une réaction corporatiste de l’institution judiciaire.
La justice est sous le feu des critiques depuis la mort de Lyhanna. Alors que l’affaire a relancé le débat sur les dysfonctionnements de l’institution judiciaire, magistrats et avocats se mobilisent ce lundi lors d’une journée « justice morte ». Une mobilisation dirigée contre la réforme voulue par le garde des Sceaux, mais aussi contre sa gestion de l’affaire Lyhanna.
Cette levée de bouclier suscite de vives réactions dans la classe politique. Du centre à la droite nationale, plusieurs responsables dénoncent une attitude corporatiste de la part des magistrats, au moment où la justice est attendue sur sa capacité à reconnaître ses propres défaillances. Le président du Sénat, Gérard Larcher, n’a pas mâché ses mots. Il accuse les magistrats d’avoir une réaction « corporatiste » et « indécente vis-à-vis de la douleur des familles ».
65% des Français déclarent ne pas faire confiance à la justice
Selon lui, l’institution judiciaire doit changer d’attitude si elle veut restaurer la confiance des Français. Une confiance déjà largement fragilisée. Selon un récent sondage Elabe pour La Tribune, 65% des Français déclarent ne pas faire confiance à la justice. Un chiffre qui nourrit les critiques contre une institution régulièrement accusée d’être trop lente, trop opaque ou trop éloignée des attentes des citoyens. Même tonalité du côté du gouvernement.
Maud Bregeon, porte-parole de l’exécutif, pointe elle aussi un réflexe corporatiste chez certains magistrats et une tendance de l’institution à s’auto-protéger. Une critique d’autant plus forte que la justice peine, selon ses détracteurs, à faire son mea culpa dans l’affaire Lyhanna.
L’affaire Lyhanna agit ainsi comme un révélateur d’un malaise plus profond
De leur côté, les représentants de la magistrature refusent d’être désignés comme responsables uniques de dysfonctionnements qu’ils jugent structurels. Les deux plus hauts magistrats de France dénoncent la tentation d’en faire des « boucs émissaires » et réclament davantage de moyens pour permettre à la justice de fonctionner correctement.