
Redressement à l’allemande
Par Laurence Dequay. 15/07/2026 MARIANNE
Selon le rapport de quatre économistes missionnés par Bercy et rendu public ce mercredi 15 juillet, le déficit public anticipé à 5 % en 2026 atteindrait spontanément 5,9 % du PIB dès 2027, puis près de 7 % du PIB en 2030… si le prochain Président ne réduit pas les dépenses publiques et n’augmente pas les impôts.
Le 26 mai dernier, les ministres Roland Lescure (Économie) et David Amiel (Comptes publics) avaient mobilisé quatre économistes « indépendants » de renom — Xavier Jaravel, président délégué du Conseil d’analyse économique (CAE) qui conseille le Premier ministre Sébastien Lecornu, Xavier Ragot président de l’OFCE ,Jean-Luc Tavernier ancien directeur de l’Insee, et Natacha Valla, nommée en 2022 par Jean Castex Présidente du Conseil national de la productivité — afin qu’ils dessillent les yeux des Français sur l’évolution probable des finances publiques du pays entre 2027 et 2030. Et proposent, avec l’appui de l’Inspection générale des finances(IGF), des scénarios de redressement des comptes publics. Le tout afin d’éclairer le débat budgétaire de 2027 et l’élection présidentielle.
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En toute transparence, ces quatre mousquetaires ont donc eu accès, notamment aux anticipations de dépenses publiques du Trésor. Et révèlent leur évolution spontanée, dite « tendancielle », d’ici 2030, si aucune réforme n’est engagée. À les lire, le déficit public, anticipé à 5 % en 2026, atteindrait 5,9 % du PIB dès 2027, puis près de 7 % du PIB en 2030.
La dette publique, quant à elle, passerait de 110 % du PIB en 2026 à plus de 130 % en 2030. Car l’augmentation des taux d’intérêt principalement coûterait 11 milliards d’euros supplémentaires en 2027 (et 48 milliards à l’horizon 2030). En outre, Bercy ne pourrait plus faire rouler cette dette — c’est-à-dire de la rembourser en empruntant à nouveau sur les marchés — car la France se finance désormais à des conditions plus dures que les autres grands pays de la zone euro. Après une décennie chahutée de macronisme, voilà des perspectives peu glorieuses !
EFFORTS PARTAGÉS… À L’ALLEMANDE
Les quatre économistes prient donc la ou le prochain président de la République de stabiliser fissa la dette française. Car plus l’ajustement, estimé à 126 milliards d’euros (soit 3,6 à 3,7 points de PIB), serait tardif, plus il serait douloureux. Ces 126 milliards d’euros d’efforts permettraient de ramener le déficit public nominal sous le seuil des 3 points de PIB prévu par les règles européennes, en 2029 ou en 2031.
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Comment obtenir ce rétablissement ? Pardi, en freinant principalement les dépenses publiques et en les rendant plus efficientes ; en augmentant nécessairement — dans une proportion moindre cependant — les recettes et les impôts, tout en renforçant le potentiel de croissance du pays. Un exercice de haut vol en réalité, puisque réduire trop drastiquement la demande plombe la croissance… comme le soulignait justement, en 2024, Xavier Ragot dans Le Monde.
Cependant ces auteurs admonestent vertement, par avance, les candidats du « yaka-fokon » : faire payer les ultra-riches, les fonctionnaires, les retraités, les entreprises ou les étrangers. « L’effort devra être partagé, et il serait illusoire de penser que, compte tenu des montants en jeu, il pourrait être concentré sur certaines catégories seulement de la population », avertissent-ils. La mission préconise donc de nouvelles réformes structurelles.
Inspirés par l’Allemagne des années 2000, les quatre économistes suggèrent d’étudier la suspension pendant un an ou davantage des mécanismes d’indexation automatique — barème fiscal, retraites — à l’exception de ceux concernant les minima sociaux (RSA, minimum vieillesse). Le Smic? Il n’est pas directement mentionné. À court terme, « une désindexation dans le cadre d’une année blanche ne devrait pas être exclue », écrivent-ils ; soit une solution préconisée en son temps par François Bayrou.
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Sur le fond, cette mission confortera le Premier ministre Lecornu dans ses tractations avec les élus de la Nation, lors de la discussion budgétaire de 2027. Elle consacre aussi la nécessité d’augmenter les recettes du budget. En revanche, sur les solutions pour sortir le pays l’ornière, elle apporte peu de nouveautés, par rapport aux recommandations émises depuis un an par la Cour des comptes, lorsqu’elle était présidée par Pierre Moscovici.
ET LA PRODUCTIVITÉ, ALORS ?
Pour garder le moral, les salariés, les fonctionnaires et les contribuables liront donc avec profit, l’excellent rapport publié par le Conseil national de la productivité le 1er juillet, présidé par Natacha Valla. Car cet aréopage rappelle, lui, que ce sont les gains de productivité qui déterminent l’élévation durable du niveau de vie d’un pays (et donc la santé de ses finances publiques). Et qu’en France, ces dernières années, cette perte de productivité a été moins importante qu’estimée : la France a même bénéficié d’une indéniable amélioration relative de sa compétitivité-prix, notamment vis-à-vis de l’Allemagne.
En revanche, cette compétitivité, au moment même où se déploie l’IA générative, doit être consolidée par des gains de productivité liés à l’innovation… dans tout le tissu productif ! Car, c’est le drame de l’économie française, les innovations ne se diffusent pas assez rapidement des cadors du CAC 40 vers les ETI et les PME. En outre, afin que le vieillissement de la population française ne pèse pas sur sa performance, il faut allonger les carrières, mais aussi former continûment les citoyens. Des débats que la Présidentielle permettra aussi d’ouvrir.