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« COVID 19 OU L’ORDALIE DES POUVOIRS »

PRESENTATION

Ordalie, définition : Jugement ( hist. : Épreuve judiciaire du Moyen-Âge qui consistait à soumettre un accusé au jugement de Dieu par le biais d’épreuves du feu, de l’eau…). Nous avons plusieurs fois évoqué la notion proche de Stress Test qu’opère la crise sur sa gestion et, plus globalement, sur les équilibres démocratiques.

Depuis des semaines, nous observons dans les échanges nombreux que Metáhodos suscite que la démocratie est parfois « moquée ». « Mais cela fait longtemps qu’il n’y en a plus » peut-on lire par exemple. Et l’on doit bien observer un scepticisme sur l’idée même de revivifier cette démocratie.

Nous vous livrons ici un commentaire recueilli récemment :

« L’ennui c’est que vous croyez que nous sommes en démocratie. La forme du pouvoir actuel a été révélé il y a longtemps, en 1824, par Fabre d’Olivet dans son ouvrage « Histoire philosophique du genre humain » tome 2. Notre régime est l’emporocratie. Ne le cherchez pas dans le dictionnaire, c’est de l’ancien français qui a disparu du langage. Pour faire simple, c’est la loi du marché qui dirige. D’autres l’appellent ploutocratie ou oligarchie. Pourquoi croyez-vous que l’on court après la croissance? dans l’intérêt de qui? Réfléchissez seulement qui financent les partis politiques? Qui choisit réellement les candidats? A qui appartiennent les médias qui exercent la propagande des candidats? Est-ce qu’un organisme de contrôle vérifie l’exercice du pouvoir par un bilan final en sortie du mandat? Nos représentants ne sont tenus que par les promesses de ceux qui les croient. Ils nous trahissent toujours au profit de la main invisible qui les nourrit et ils ne la mordent jamais! »

Nous vous proposons ci-contre l’article de Xavier Dutheil – Coach. Conseil en stratégies de communication et en stratégies managériales centrées sur la Reconnaissance au travail – publié sur LinkedIn, le 17 mai dernier.

Il revient sur la crise et sa gestion et propose d’observer, « le jeu des forces colossales qui s’affrontent dans les coulisses du théâtre politico-médiatique ». Selon lui chacun  des trois pouvoirs – exécutif, législatif et judiciaire – « joue sa survie dans le monde d’après »,  et il en anticipe les futures lignes de forces.

Il décrit ce qu’il appelle la « dérive autoritaire de l’exécutif » avec en particulier la mise à l’écart de la Représentation populaire, la loi Avia, la place laissée aux collectivités territoriales,  l’ « effacement du législatif et du judiciaire »…

Par ailleurs il évoque l’ « implosion du 4è pouvoir », celui de la presse avec « un double péril » : la disparition des médias généralistes et la consommation effrénée des réseaux sociaux.

L’auteur décrit en fin d’article un « pouvoir médical sous influence » et l’ « avènement du pouvoir économique ». Il interroge : « Les Dieux ont-ils vraiment choisi ? N’y a-t-il réellement aucun moyen de contrôler le pouvoir économique ? C’est la question centrale des prochaines années ».

Nous avons observé, fermé les yeux…di il, pour conclure : « Mais la réponse finale se trouve sans doute chez Tocqueville :  « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ».

T.L.

ARTICLE

« COVID 19 OU L’ORDALIE DES POUVOIRS »

« Depuis quatre mois les images d’hôpitaux, les tableaux de mortalité, les places désertes des mégapoles, et les masques des promeneurs ont envahi le quotidien des habitants de la planète terre. Il n’est pas encore temps de jauger la part de réalité et de fantasme que porte en elle cette nouvelle pandémie. Il est par contre important d’observer, sauf à devoir être tous emportés par la sidération du moment, le jeu des forces colossales qui s’affrontent dans les coulisses du théâtre politico-médiatique.

En d’autres temps, on aurait promptement désigné, pour implorer leur clémence, quelques victimes à offrir en sacrifice aux Dieux à l’origine du fléau pandémique.  A l’ère du rationalisme, les mots ont changé. Pas les vieux réflexes anthropologiques. Et le temps suspendu que nous vivons est traversé par le souffle de l’Ordalie. L’ancien jugement de Dieu sensé départager le coupable et l’innocent et qui ici déterminera in fine une nouvelle hiérarchie des pouvoirs.

Quand il s’agit d’évoquer, à l’échelle d’un pays,  l’idée même de pouvoir, les souvenirs scolaires nous rappellent immanquablement la trilogie : exécutif, législatif et judiciaire[Tl1] . Dans l’épisode Covid, chacun des trois joue sa survie dans le monde d’après et il est déjà possible d’anticiper les nouvelles lignes de forces.

La dérive autoritaire de l’exécutif

Lorsque le Général allait narguer l’Oncle Sam en criant « Vive le Québec Libre » au balcon de la mairie de Montréal, les écoliers se souvenaient du chapitre sur Louis 15 abandonnant les terres découvertes par Champlain. Lorsque la télévision filmait les missiles du plateau d’Albion ou les essais nucléaires sur l’Atoll de Mururoa nous étions tiraillés entre le pacifisme ambiant et la mémoire de l’épopée Napoléonienne. Depuis quatre décennies, les nouveaux rois de France paradent avec faste parce qu’ils savent qu’ils sont nus.

La grande nouveauté avec cette crise,  c’est que tout le monde l’a vu !

L’assise du pouvoir actuel (la sociologie du vote Macron est claire) est l’émanation de classes aisées venues de droite et de gauche, toutes deux propulsées dans une dynamique mondialiste. Le président évoque désormais la « souveraineté Européenne ». C’est la banque centrale européenne qui crée les nouveaux assignats censés atténuer à crédit le choc de la crise. Et c’est sur cette dynamique là que le nouveau pouvoir, à la faveur de la crise, tente d’étendre son influence. Suivant la logique pointée par Marx dans son 18 Brumaire : au nom du peuple, doit désormais régner la bourgeoisie.

A l’Assemblée Nationale, la distanciation sociale impose des hémicycles déserts où des lois déterminantes sont votées à la va-vite. Pire : entre état d’urgence terroriste, et état d’urgence sanitaire, l’exécutif pilote le pays depuis plusieurs années maintenant dans des conditions d’exception. A l’écart de la représentation populaire chargée d’écrire la loi.

Il lui est même possible, dans ces temps troublés, de tenter des limitations du pouvoir judiciaire (tel l’amendement avorté minorant la responsabilité pénale des élus). Également de pousser les feux d’une dérive Orwellienne du contrôle de l’opinion : la loi Avia, si elle ambitionne d’encadrer les propos haineux sur internet, porte en elle une limitation de la liberté d’expression. Elle confie même aux entreprises du net un pouvoir de police de la pensée. Alimenté par une incitation faite aux utilisateurs de dénoncer les comportements déviants. Dans le même registre, se situe la tentative (pour l’instant vaine) de lancer « Désinfox », un site gouvernemental chargé de faire le tri entre nouvelles « vraies » et « fake news » !

Les présidents de départements ou de régions disparus du paysage. Les maires appelés à la rescousse du déconfinement mais empêchés ici de faire des tests, ici de distribuer des masques. La médecine de ville superbement snobée par la logique hospitalière…autant de signes que l’ensemble des leviers de pouvoirs sont aujourd’hui dans les mains de ce que l’on appelle, désormais improprement la « puissance publique ».

L’effacement du législatif et du judiciaire

Face à cette offensive, les législateurs (députés ou sénateurs) ont trouvé refuge sur les réseaux sociaux. A grands renforts de chaines YouTube ou de webinaires ils tentent, terrible aveu d’impuissance légale, d’allumer des contre-feux dérisoires. Et apparaissent de fait comme la résistance clandestine du pouvoir en place. Comme s’ils avaient enfin admis la vacuité de leur mandat, désormais dominé par la prééminence de la législation européenne et ses traités. Qui s’imposent sur les lois nationales.

De son côté, le judiciaire attend son heure. 63 plaintes ont d’ores et déjà été déposées par des collectifs ou des justiciables. Mais elles vont sans doute échoir, pour la majorité, sur le bureau de la cour de justice de la république. Une juridiction d’exception créée en 1993 dans laquelle les élus sont jugés par leurs pairs. Plus largement d’ailleurs, le pouvoir judiciaire est aujourd’hui dilué dans un lacis complexe où la cour de justice européenne le dispute à la cour de cassation française sur la question fondamentale de la prééminence à dire le droit.

De cette première et sommaire analyse des trois principaux pouvoirs présents au sein d’une démocratie, ressort un constat simple : la crise exacerbe la prééminence de l’exécutif. Et si la peur générée ici par le chaos lui ouvre la porte à une dérive autoritaire, celle-ci ne porte plus le projet d’une Nation. Mais bien plutôt un dessin plus vaste, où le peuple et la démocratie n’ont rien à faire.

L’implosion du 4è pouvoir

Dans les années 70-80, les jeunes journalistes qui entraient dans le métier (et dont je faisais partie) poursuivaient une bête noire et caressaient un rêve. La bête noire s’appelait Robert Hersant, le magnat de la presse coupable de concentrer entre ses mains une partie importante des journaux papiers. Le rêve était celui d’une presse déconcentrée, libre et indépendante. Nous avions 20 ans et nous n’imaginions pas dans nos pires cauchemars, la situation de la presse aujourd’hui.

Année après année, sondage après sondage, ce pays a exprimé sans relâche sa défiance envers ses médias. Au fil du temps, celui qu’on appelait le « papivore » (et qui avait au moins le mérite d’être un « industriel » de la presse) a laissé la place à quelques financiers apatrides et patrons de multinationales pour qui la maitrise des médias offre un double avantage : le façonnage d’une opinion majoritaire et la promotion des produits de leurs groupes.

Mais le pire restait à venir, portant en germe la situation dans laquelle nos sociétés occidentales se trouvent désormais et que la crise planétaire du Covid a porté à incandescence. En temps ordinaire, depuis plusieurs années déjà, existe un fossé entre les strates les mieux formées (et les plus jeunes) de la population et les autres. Les premières composent à leur goût leur « revue de presse » sur les réseaux sociaux là où les secondes s’en remettent encore aux chaines d’infos en continu et à la survivance de la grand messe du 20h.

52 jours de confinement ont égalisé les chances à travers le temps donné à chacun. Et sans doute les réseaux sociaux ont-ils marqué des points décisifs. Il en émane une impression de liberté, une illusion de choix et parfois un vrai sentiment de différence, de vérité volée à la médiasphère officielle.

En quelques semaines, le compte Twitter de Didier Raoult affiche 450.000 followers, soit 50% de plus que le tirage quotidien du Monde. A travers les réseaux sociaux chacun a le sentiment de pouvoir s’informer en dehors d’une vérité officielle dont il se méfie. En oubliant au passage un double péril :

-D’abord la disparition programmée des médias généralistes et du brassage d’informations diverses qu’ils proposaient laisse chacun isolé dans son périmètre préféré. Les uns lisant le foot. Les autres la bourse. Et en cas de crise, tout le monde lisant tout sur l’objet de la crise. Au risque de devenir chacun spécialiste à la place des spécialistes et tous ensemble vulnérables à un climat de panique plus délétère que la crise elle-même

-Ensuite, cette consommation effrénée des réseaux sociaux, n’est que l’illusion de l’appétit de liberté qu’elle prétend satisfaire. Envahis de publicités parasites, générateurs d’un marketing ciblé tentaculaire, les réseaux sociaux sont la vitrine technologique des GAFAMI américains (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) et de leurs puissants concurrents asiatiques BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). Ils en sont également le vivier de recrutement clients pour le compte de l’ensemble des multinationales de la terre.

Depuis quelques jours la boucle est bouclée. Un univers clos effrayant et fascinant, où le chercheur de vérités est livré à lui-même. Où il faut se transformer sans cesse en enquêteur exigeant pour reconstruire seul une réalité complexe à partir d’éléments épars.

Un pouvoir médical sous influence

Une crise sanitaire impliquait la réémergence d’un pouvoir médical. En raison d’un principe simple : la crainte pour sa santé entraine la recherche de ce que Lacan appelait un « sujet supposé savoir ». Quelqu’un à qui on prête la compétence de régler un problème qui nous dépasse. L’épisode du Covid 19, en même temps qu’il assurait le premier rôle mondial aux blouses blanches, a mis au grand jour une lutte sourde et féroce qui oppose depuis des années deux conceptions de la médecine. Et pour être juste, je devrais dire de la santé.

Bien sûr il faut parler ici de Didier Raoult. Non pas pour dire (car cela a déjà été largement commenté) que le professeur Marseillais, en popularisant un traitement à trois sous, contrariait le modèle économique des multinationales de la pharmacie.

L’opposition des visions va bien au-delà. La bataille de la chloroquine est en fait le remake en 2020 de la bataille d’Hernani en 1830. Cette querelle qui a opposé les anciens et les modernes à propos de la pièce de Victor Hugo.

Les anciens ici, ce sont tous ces médecins et sociologues qui estiment que l’espérance de vie est limitée. Cent ans, guère plus. Ils constatent que l’allongement de la durée de vie marque le pas depuis plusieurs années dans tous les pays développés. Lesquels suivent avec quelque retard un phénomène né aux Etats-Unis sous le triple effet de la malbouffe, des conduites addictives (alcool et opioïdes) et de l’augmentation des suicides sous l’effet d’une déprime de masse.  Beaucoup de ces scientifiques constatent en parallèle que les nouvelles molécules pharmaceutiques apportent, hormis sur les cancers, peu de progrès déterminants sur la plupart des maladies. Et qu’à l’inverse le repositionnement de molécules anciennes (pour la plupart génériquées) peut offrir des pistes thérapeutiques intéressantes.

Les modernes ce sont les transhumanistes. Ils fascinent autant qu’ils inquiètent. Parmi les plus en pointe, dans la silicon valley, les chercheurs de Calico (California Life Company, consortium réunissant les GAFA et quelques grands laboratoires pharmaceutiques) travaillent à un modèle d’espérance de vie illimité. Sur la base d’un individu augmenté à force de recours à l’intelligence artificielle, de clonages, et de nanotechnologies. Dans le Massachussetts, Boston Dynamics invente les robots du futur. En France, le docteur Laurent Alexandre (…un des plus virulents contempteurs de Didier Raoult) annonce sentencieusement que « le premier homme appelé à vivre mille ans est déjà né »

D’un côté une médecine humble cherchant à aménager de manière empirique le quotidien d’une humanité de 7 milliards d’individus. De l’autre la recherche Faustienne d’une jeunesse éternelle…dont nul ne dit à qui elle sera réservée.

C’est sur ce fond idéologique précis que se joue depuis quelques mois une guerre mondiale pour une humanité modifiée. Dont le Covid 19 n’est qu’un prétexte. Ou un mobile s’il est avéré que l’hypothèse du professeur Montagnier selon laquelle ce virus est le produit d’une manipulation humaine, est finalement vérifiée.

L’avènement du pouvoir économique

Les Dieux ont-ils vraiment choisi ? N’y a-t-il réellement aucun moyen de contrôler le pouvoir économique ? C’est la question centrale des prochaines années.

Jusqu’à présent nous avions observé un peu passivement, amusés parfois, irrités souvent, l’ascension irrésistible des « super riches ». Nous regardions, éberlués, Mark Zuckerberg reçu à l’Elysée comme un chef d’Etat. Nous savions que les organismes économico-financiers internationaux (Fonds Monétaire International, Organisation Mondiale du Commerce) avaient le pouvoir de faire plier des états. Nous plaisantions volontiers de nos addictions aux smartphones et hypocritement, nous nous indignions de l’addiction de nos enfants aux jeux vidéo. Nous avions bien quelques craintes lorsque, après avoir cherché sur Google des informations sur la construction de l’usine Toyota à Valenciennes, nous recevions des publicités de la marque.

Mais, comme les enfants qui n’envisagent pas leur mort, nous avons fermé les yeux. Nous sommes allés voir Hunger Games comme nous avions lu « Le meilleur des mondes » ou « 1984 ». Tout ça arriverait peut-être un jour. Dans très longtemps.

Cette crise a d’un seul coup fait tomber le voile. La fondation Bill Gates et un consortium d’entreprises pharmaceutiques contrôlent financièrement l’Organisation Mondiale de la Santé. Le même Bill Gates réclame sans relâche une vaccination généralisée et une « identité numérique » pour l’ensemble de l’humanité. Les tenants d’un gouvernement mondial enfourchent de nouveau leur cheval de bataille. Et le confinement généralisé nous fait prendre brutalement conscience de notre docilité face au pouvoir. De notre degré d’aveuglement collectif face à la construction d’un ordre mondial potentiellement liberticide.

Depuis 1945 et les visées de l’empire Américain sur la France et l’Europe, nous n’avons pas voulu voir le mouvement d’effacement des nations. Anesthésiés que nous étions par la perspective d’un monde sans guerre.  Aujourd’hui, ce qui reste du pouvoir exécutif, incapable de protéger le peuple, se transforme en supplétif des diktats de l’ordre économique mondial. Impuissant à imposer une taxe sur les GAFA qui ne payent pas l’impôt sur son sol, l’Etat confie la surveillance de son opinion à ces mêmes géants du net (Loi Avia).

Inconsciemment, les français ont élu Didier Raoult comme leur champion pour résister à cette irruption sanitaire de l’ordre mondial liberticide. Michel Onfray, en tentant son mouvement de rapprochement des souverainistes de tous bords, entend faire face au même ennemi. Mais la réponse finale se trouve sans doute chez Tocqueville : « les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »


2 réponses »

  1. Un lecteur nous propose de publier en complément de l’article, la tribune ci contre

    La bureaucratose, cette « maladie » qui ravage notre gestion du coronavirus

    Un sérieux relevé de terrain (administratif) m’a permis de réaliser ce diagnostic (tragi-comique). Toute ressemblance avec des personnages existant vraiment n’a rien de fortuit.

    Vincent MahéPsychiatre des hôpitaux, dirige depuis 20 ans un service de psychiatrie dans un hôpital de Seine-et-Marne

    « Dans le cas où l’endémie bureaucratosique ne serait pas prise en compte, il est à craindre que la crise sanitaire liée au Covid-19 ne se solde que par la création d’une nouvelle usine à gaz. »
    L’épidémie liée au virus Covid-19, en soulignant les difficultés d’adaptation des appareils d’État, a permis de mettre en lumière l’existence d’un autre mal, plus insidieux mais tout aussi grave, endémique, et frappant lourdement l’esprit de ceux qui en sont affectés. Il ne s’agit pas de la phobie administrative, mais d’un nouveau syndrome dont la description et la portée à la connaissance de tous apparaît dorénavant indispensable, et ce, dans une optique de prophylaxie sociale. Il apparaît en effet primordial de concentrer les efforts sur un dépistage de masse de ce syndrome, puis sur la découverte de mesures efficaces, afin de pouvoir limiter sa nocivité sociétale.

    Cette nouvelle pathologie, dénommée “bureaucratose” (bureaucratosis), eu égard à l’écosystème dans lequel elle se développe avec prédilection, a pour grave conséquence de transformer des individus disposant d’une intelligence a priori normale, en sujets présentant une triple déficience, auditive, visuelle et psychique, limitant de fait leurs capacités d’action pratique. Il n’existe à ce jour, et à notre connaissance, aucune étude portant sur cet étrange syndrome, dont les cas se sont pourtant multipliés ces dernières années. Eu égard à notre longue expérience des services publics, nous avons tenté d’en cerner les contours et d’identifier un certain nombre de critères diagnostiques.

    Il ne s’agit pas de la phobie administrative, mais d’un nouveau syndrome dont la portée à la connaissance de tous apparaît dorénavant indispensable.

    Méthodes d’identification

    Cette étude observationnelle a été réalisée sur une période d’une vingtaine d’années et a porté sur divers sujets évoluant dans le monde administratif et rencontrés au gré de diverses réunions aussi obligatoires qu’indispensables. Le constat régulier de caractéristiques cliniques communes chez certains participants a permis de constituer un groupe homogène de sujets atteints de bureaucratose, se distinguant très clairement des sujets indemnes. L’usage des méthodes du double-aveugle ne nous a pas paru nécessaire, la simple clairvoyance suffisant à décrire les contours cliniques du syndrome. Cette étude ne prend en compte aucun critère méthodologique conventionnel et s’avère donc totalement subjective et dénuée de tout fondement scientifique. Reste cependant l’intérêt ethnologique.

    Cette étude ne prend en compte aucun critère méthodologique conventionnel et s’avère donc totalement subjective et dénuée de tout fondement scientifique. Reste cependant l’intérêt ethnologique.

    Résultats de l’étude

    Nous ne pouvons préciser le nombre exact de sujets étudiés, mais le nombre de plusieurs centaines ne nous paraît pas exagéré. Par l’observation, nous avons pu identifier 25 critères secondaires (parfois dédoublés), regroupés en 5 critères principaux. La présence de deux critères secondaires (désignés par des lettres) suffit à valider un critère principal, et la présence de deux critères principaux (désignés par des chiffres) suffit pour retenir le diagnostic de bureaucratose. La passation du test est rapide mais nécessite un temps d’observation parfois prolongé.

    Critères diagnostiques

    1. Troubles de la pensée: dominés par le recours à la pensée magique et l’annulation.

    a. Inversion magique des causes et des conséquences (exemple: en matière médicale c’est l’offre médicale qui crée la demande des malades; alpha et oméga de la pensée hospitalière depuis 30 ans).

    b. Annulation magique de la réalité par l’invocation forcenée de concepts organisationnels amenant à répondre aux manques de moyens des fonctions exécutives par la création de fonction supposément support.

    c. Préoccupation excessive pour des détails au détriment de l’essentiel-ou-préoccupation excessive pour la forme au détriment du fond.

    d. Usage excessif de postulats non justifiés venant appuyer, par la grâce de la pensée magique, une conclusion déjà prise et faussement concertée.

    e. Considère qu’un problème pratique est d’abord une question philosophique devant être traitée de façon heuristique-ou-absence totale d’intelligence pratique.

    2. Troubles de la communication (expression et compréhension): dominés par la triade surdité-cécité-mutité

    f. Surdité profonde aux arguments en provenance du terrain-et, éventuellement, accuse les acteurs du terrain de ne pas avoir fait remonter correctement l’information.

    g. Refus de dialogue caractérisé par un usage excessif du monologue ininterrompu-ou-enfonce des portes ouvertes d’un air sentencieux.

    h. Usage excessif, dans le discours et les écrits, de l’imparfait du subjonctif et de la double négation.

    i. Recours excessif aux précautions oratoires, au conditionnel, à des concepts théoriques abstraits, et au principe de précaution.

    j. Difficultés à comprendre le second degré; absence de sens de l’humour.

    Considère que la méconnaissance totale du terrain confère une hauteur de vue exceptionnelle, confinant à l’extra-lucidité-ou-mépris pour l’expérience de terrain.

    3. Troubles de la mise en action: dominés par l’indécision

    k. Psychorigidité émaillée de volte-face réguliers.

    l. Référence systématique à des instances décisionnelles multiples, complexes et sur-empilées.

    m. Dévotion pour les règlements, circulaires, décrets conduisant à interdire tout ce qui n’est pas obligatoire, et rendre obligatoire tout ce qui n’est pas interdit.

    n. Recours excessif aux réunions, concertations, avis, questionnaires, tableaux Excel et circuits complexes de validation avant toute initiative.

    o. Considère que la méconnaissance totale du terrain confère une hauteur de vue exceptionnelle, confinant à l’extra-lucidité-ou-mépris pour l’expérience de terrain.

    4. Troubles de la relation à autrui: dominés par l’évitement

    p. Évitement du dialogue, de la confrontation et déplacement systématique des conflits au bureau d’à côté-ou-recours systématique à des réponses à côté.

    q. Mépris, pouvant se teinter d’ironie.

    r. Négation, banalisation, indifférence pour la souffrance d’autrui.

    s. Haine de l’imagination d’autrui, ressentie comme une attaque personnelle vis-à-vis du vide intérieur du malade.

    t. Accusations récurrentes d’incompréhension ou de mauvaise volonté de la part des exécutants de terrain. Considère que c’est aux exécutants de trouver les moyens de concilier les contradictions réglementaires.

    Considère que c’est aux exécutants de trouver les moyens de concilier les contradictions réglementaires.

    5. Symptômes divers: aboutissant à l’invention de solutions inefficaces pour régler des problèmes imaginaires

    u. Dévotion pour l’économie qui coûte cher.

    v. Fanatisme égalitaire trahi par l’usage régulier d’exceptions.

    w. Refus persistant de trouver un accord avec les instances d’une autre chaîne décisionnelle, voire organise les désaccords entre instances.

    x. Sens étrange de l’anticipation, focalisée sur le futur immédiat ou l’an 3000, mais jamais sur la période de temps se situant entre ces deux extrêmes.

    y. Pratique la vengeance budgétaire lorsqu’il est contredit ou frustré.

    Lorsque le diagnostic est retenu, il est possible de quantifier la sévérité et de préciser la forme de la bureaucratose, en fonction du nombre total de critères secondaires. De 4 à 8 critères secondaires, la forme est légère, de 8 à 12, la forme est modérée, de 12 à 16, sévère et au-dessus de 16 la forme est fanatique (encore appelée bureaucratite). Par ailleurs, il existe deux formes de bureaucratose. La forme passive, dite placardophobe, est caractérisée par la prédominance d’une inhibition majeure en lien avec la peur de commettre une erreur et d’être placardisé en conséquence. La forme active, dite zélée ou Iznogoudiste, est caractérisée par un interventionnisme régulier et autoritaire pouvant friser le harcèlement. Dans tout sous-fifre administratif en effet, de préférence servile avec sa hiérarchie, sommeille un petit Empereur Bokassa”.

    Sens étrange de l’anticipation, focalisée sur le futur immédiat ou l’an 3000, mais jamais sur la période de temps se situant entre les deux.

    Synthèse

    En l’absence d’enquête épidémiologique officielle, la mise à disposition de tous de cet outil d’évaluation devrait permettre l’identification rapide des sujets atteints de bureaucratose. Compte tenu de l’extension et de la gravité de ce processus morbide, le dépistage systématique apparaît à présent incontournable, avant déconfinement généralisé. Dans l’attente de la découverte de thérapies efficaces, on pourrait envisager un maintien du confinement des sujets les plus sévèrement atteints. En effet le nombre rapidement croissant de cas constatés fait soupçonner une contagiosité élevée. De plus, la concentration de plusieurs cas dans une ou plusieurs instances est propice à la constitution d’alliances opportunistes, favorisée par des effets miroir, provoquant alors un phénomène terriblement nocif dénommé “concertation des médiocres”.

    Ni psychose, ni névrose, la bureaucratose ne paraît pas devoir trouver son origine dans une histoire précoce traumatique ni dans un quelconque désordre neurobiologique. Le vecteur de la contamination reste mystérieux, mais peut-être pourrait-il s’expliquer par des processus d’identification massive à autrui. Il s’agirait donc d’une pathologie mimétique, développée à partir d’un patient zéro, actuellement inconnu. Les sujets atteints par l’emprise mimétique voient leur identité propre progressivement disparaître au profit d’une pseudo-identité bureaucratosique se substituant à elle, stérilisant pensée, vie émotionnelle et élan vital propres. Le malade meurt psychiquement et son enveloppe corporelle devient alors occupée par l’esprit d’un autre, lointaine copie du patient zéro. Il n’existe actuellement pas de thérapie connue. Peut-être faudrait-il s’inspirer des méthodes de dézombification utilisées dans les contrées sujettes aux phénomènes d’envoûtement, bureaucratisation et zombification partageant de nombreux points communs.

    La concentration de plusieurs cas dans une ou plusieurs instances est propice à la constitution d’alliances opportunistes, favorisée par des effets miroir, provoquant alors un phénomène terriblement nocif dénommé « concertation des médiocres ».

    Il y a donc actuellement beaucoup d’arguments permettant de penser que cette pathologie constitue un véritable problème de Santé Publique, largement et intentionnellement nié ou sous-estimé, et aux conséquences sociétales gravissimes. En infiltrant et paralysant moult instances tutélaires, de nouvelles, censées compenser les défaillances des précédentes, sont créées, sans pour autant être épargnées par la contagion. En conséquence, les instances se multiplient, au détriment des fonctions exécutives de terrain, paralysant celles-ci par l’asphyxie financière, la sur-réglementation superfétatoire et/ou le désordre décisionnel. L’endémie bureaucratosique agit ainsi tel un véritable cancer sociétal, justifiant l’invention de mesures urgentes, afin qu’il soit possible de lutter librement contre l’épidémie de Covid-19, et ce, avec des moyens autres que ceux d’un pays sous-développé, et en accord avec la considérable manne financière régulièrement prélevée sur les richesses du pays.

    Dans le cas où l’endémie bureaucratosique ne serait pas prise en compte, il est à craindre que la crise sanitaire ne se solde que par la création d’une nouvelle usine à gaz (Haute Autorité, Agence Nationale ou Très Haut Commissariat), gérée par une armée mexicaine de chefs de projets eux-mêmes frappés de bureaucratose.

    Conclusion

    En soulignant le rôle de l’endémie bureaucratosique dans les difficultés d’adaptation constatées lors de la lutte contre l’épidémie de Covid-19, on peut espérer que l’identification et la prise en charge rapides des sujets atteints de bureaucratose permettra de lever tout ce qui constitue un frein à l’initiative, l’imagination et le dynamisme individuels, sans lesquels la réponse à l’épidémie de Covid-19 restera une bataille perdue. Cependant, dans le cas où l’endémie bureaucratosique ne serait pas prise en compte, il est à craindre que la crise sanitaire liée au Covid-19 ne se solde que par la création d’une nouvelle usine à gaz, qu’elle soit nommée Haute Autorité, Agence Nationale ou Très Haut Commissariat, gérée par une armée mexicaine de chefs de projets et de chargés de mission eux-mêmes frappés de bureaucratose. Notre pays s’enfoncerait alors encore un peu plus dans la phase terminale de son cancer sociétal, caractérisée par la paralysie générale de la pensée et des actes.

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