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Aller à l’idéal sans négliger le réel: le Brexit, un contre-exemple?

PRÉSENTATION

L’actualité ne doit pas cacher les dynamiques à l’oeuvre

Pour Pierre Rideau, « l’’actualité et aujourd’hui, bien sûr, et c’est normal, nous sommes pour la plupart focalisés sur le changement de PM et le résultat des municipales, et pourtant d’autres dynamiques sont en oeuvre, qui semblent lointaines mais qui nous concernent. »

Il présente ainsi le contexte de l’article qu’il nous propose sur le Brexit en reprenant une formule célèbre de Jean JAURES:  » aller vers l’idéal en passant par le réel » :

« Ce qui se passe à Hong-Kong d’abord, mais plus près de nous, la présidence allemande de l’UE pour les 6 mois à venir.

Avec, tout de suite, des mots très forts de la chancelière qui appelle, après la secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Amélie de Montchalin, devant la chambre des députés allemands, l’Union européenne à se préparer à un éventuel « no-deal ».

« Je continuerai à préconiser une bonne solution, mais nous, dans l’UE, devons et devrions nous préparer pour le cas où un accord ne serait pas conclu. Si le Royaume-Uni ne veut pas de réglementation comparable à celle de l’Europe en matière d’environnement, de marché du travail ou de normes sociales, nos relations perdront en intensité ».

Je propose ici une contribution sur le Brexit, pourquoi ?

Parce que les mots, en juin et juillet 2020, d’Angela Merkel, après ceux de de Montchalin, de Barnier et beaucoup d’autres acteurs de la relation future avec le RU, sont  absolument dans la droite ligne de ce qu’on observe depuis le vote du Brexit le 23 juin 2016. Une sorte d’incompréhension entre les Britanniques déjà dans le monde « idéal » hors UE, qui porte sa propre justification et n’a pas besoin d’être préparé d’une part et les Européens de l’UE dans le monde réel de leurs présent et futur immédiats qui nécessite des mesures d’adaptation identifiées avec un calendrier de mise en oeuvre.

Et donc, j’ai essayé de comprendre… Il se trouve aussi que j’ai été, à mon modeste niveau, un acteur et témoin de cette séquence très particulière de la préparation du Brexit. »

Le « réel et l’idéal », pour Metahodos

La formule de Jean Jaurès ne s’applique t elle pas à la démarche entreprise par Metahodos – les Entretiens de la Méthode ?

Nous nous efforçons de construire une méthode concrète et des des solutions opérationnelles pour revivifier la démocratie et redynamiser l’action publique. Cela passe par des échanges et des réflexions sur les principes ( ose t on parler de valeurs ? ) et sur l’idéal d’un Bien Commun co construit et partagé.

Merci à nos contributeurs, lecteurs et soutiens.

Merci à Pierre RIDEAU pour ses contributions. Nous le retrouverons bientôt dans notre rubrique POÉSIE.

ARTICLE

« Aller à l’idéal sans négliger le réel » : le Brexit, un contre-exemple ?

Ces photos illustrent deux moments clefs du Brexit.

« La première est celle du bus des partisans du Brexit avec un slogan pour le moins « arrangé » et partiellement faux. Il indique que chaque semaine le RU verse 350 millions de Livres au budget de l’UE alors que cet argent pourrait financer le système de santé NHS.

Le montant est faux car il n’inclut pas la ristourne obtenue par M Thatcher en son temps et il devrait être réduit du montant que le RU reçoit de l’Europe ! On arriverait alors à la somme de 163 millions de Livres. Le camp du Leave reconnaîtra plus tard que l’argument était mensonger.

La seconde est prise le 17 juillet 2017, le 1er jour de la négociation de l’accord de retrait. Le négociateur européen, à gauche, Michel Barnier est avec deux collègues, chacun avec un épais dossier. Face à eux, les 3 négociateurs britanniques emmenés par M David Davis au centre. Attitude décontractée, pas de dossier, rien pour prendre des notes…

A gauche, on devine une certaine consternation et à droite, une certaine désinvolture.

M Davis expliquera plus tard, qu’il avait pour consigne de ne pas laisser d’écrits (l’espionnage!!) et que de toute façon, il savait par cœur ce qu’il avait à dire.

Le sujet ici n’est absolument pas de discuter du vote du Royaume-Uni le 23 juin 2016 ni de son résultat,

mais d’essayer de comprendre les raisons de l’échec des Britanniques dans les négociations qui suivent, puisqu’ aucun des cinq objectifs affichés par Theresa May le 5 octobre 2016 au début des négociations ne sera atteint :

  • quitter l’UE le 29 mars 2019 pour une période transitoire allant jusqu’à mars 2020
  • débuter dès 2017 la discussion des futures relations commerciales entre l’UE et le RU
  • ne pas débourser un euro au motif du Brexit
  • contrôler la libre circulation des personnes pendant la période transitoire
  • ne plus être contraint de respecter les décisions de la cour de justice européenne

Les éléments suivants peuvent être pris en compte :

– La position des négociateurs britanniques est très affaiblie

Le RU se présente avec une ligne directrice floue : David Cameron, 1er ministre conservateur était partisan de rester dans l’Union Européenne ainsi que Theresa May pourtant l’un a provoqué le référendum et l’autre devra en défendre le résultat.

Les résultats du vote sont très hétéroclites, le pays est divisé. L’Ecosse, l’Irlande du Nord, les plus jeunes, les grandes villes, Londres et la City ont voté Remain. La société est fracturée, les plus âgés et les plus modestes ont majoritairement voté pour le Brexit. Enfin, le Leave ne remporte qu’une courte victoire (51,8% contre 48,2) . Et pour conclure, les capitales européennes y voient un résultat entaché par des arguments de campagne faux et europhobes.

– Les négociateurs anglais s’appuient sur une majorité fragmentée aux objectifs contradictoires (ultra-libéralisme et dérégulation pour les uns, protectionnisme pour les autres…)

-A la veille de l’ouverture des négociations, alors que Theresa May dispose d’une majorité confortable de 330 députés à la Chambre des communes -la majorité absolue est à 326-, elle décide des élections anticipées le 8 juin 2017, pensant recadrer ainsi sa majorité divisée. Résultat : avec 319 élus, elle perd la majorité absolue et doit s’allier avec un parti minoritaire extrémiste d’Irlande du Nord qui pèsera considérablement alors qu’il ne représente que 10 députés…

– La stratégie du RU est confuse avec une dispersion des moyens et la mise à l’écart des diplomates de métier dans la négociation

-Le RU affiche publiquement ses objectifs avant le début des négociations en les présentant comme incontournables ce qui va immédiatement l’affaiblir en le privant de marge de négociation.

-Le RU négocie avec l’UE comme s’il s’agissait d’un sujet de politique intérieure, continuant la campagne du référendum.

-Le RU s’épuise dans ses tentatives infructueuses de négociations bilatérales avec chaque pays de l’UE pendant que l’UE parle d’une seule voix avec Michel Barnier.

– Alors que,

côté européen, il y a M Barnier, un négociateur aguerri (ancien commissaire fiscalité et au marché intérieur, l’ennemi de la City ?) avec un mandat clair , «d’abord négocier l’accord de retrait, après négocier les accords de la relation future », légitimé par l’unité des 27 Etats-Membres, qui a une claire compréhension des enjeux multiples de la négociation et une représentation réaliste des conséquences de chaque option de la négociation.

côté britannique,  le 8 décembre 2016 déjà , le PM anglais retire le dossier Brexit du Ministre des affaires étrangères, Boris Johnsonqui aexcédé ses interlocuteurs européens. Il est remplacé par David Davis qui semble n’avoir pas pris la mesure de sa tâche et sera remplacé en septembre 2017 par Robbins.

Le fait est que les négociateurs britanniques perdent la compétence des diplomates du RU.

Finalement…

L’ accord du 13 novembre 2018 stipule que :

Les citoyens RU en UE et UE au RU gardent les mêmes droits après la sortie

La jurisprudence CJCE perdure 8 ans

Le RU versera 40 à 50 milliards

Les discussions commerciales débuteront après l’accord de retrait

Le RU reste dans l’Union douanière

Avant le vote du parlement RU sur ce projet, le 13 janvier 2019

Theresa May s’adresse aux députés : « il est temps d’arrêter de jouer et de faire ce qui est juste pour le pays »:

Le débat a lieu, un journaliste de Libération note :

De temps à autre, une voix posée et désolée s’élevait au-dessus du vacarme infernal. Comme celle du conservateur Kenneth Clarke, doyen de la Chambre des Communes : «Si cette pagaille continue encore longtemps, je préfère ne pas penser où le populisme et l’extrémisme nous conduiront ensuite dans cette démocratie.»

Le vote est sans appel : 432 contre, 202 pour.

L’accord de retrait, approuvé par le nouveau PM Johnson, qui sera voté par les Parlements de l’UE et du RU en janvier 2020 est quasiment identique sauf un changement de façade sur la question de l’Irlande du Nord.

S’ouvre alors la période de discussion sur les relations futures entre les deux partenaires…

Certes, le RU était le champion des dérogations, de la clause « opting out », ni dans Schengen, ni dans l’Eurozone, avec un statut spécial pour les îles anglo-normandes, appliquant en partie la charte droits fondamentaux de l’UE en partie, bénéficiant d’un rabais sur sa contribution au budget de l’UE…

mais néanmoins un pilier de l’Europe, un partenaire commercial et industriel important. Pour la France, un partenaire stratégique essentiel partageant de nombreux points communs avec la France (siège conseil sécurité, arme nucléaire, réseau diplomatique…), un de nos rares excédents commerciaux et enfin et surtout, des centaines de milliers de Britanniques et Français étudiant, travaillant, résidant à titre principal ou secondaire dans le pays voisin.

Le RU quitte l’EU et peu de gens s’en réjouissent à Bruxelles ou ailleurs, à commencer par Juncker  « un jour de grande tristesse… »

A titre professionnel, étant directeur des services douaniers des Pays de la Loire, j’ai participé à beaucoup de rencontres, réunions, séminaires, conférences sur le Brexit entre 2017 et 2019.

A chaque fois, j’ai été surpris par l’inconfort visible de mes interlocuteurs britanniques et l’imprécision de leur stratégie de sortie sur les sujets douaniers de circulation des personnes et des marchandises, pas par incompétence (loin de là!), mais tout simplement parce que ces sujets n’avaient jamais été préparés et anticipés (contrairement au dispositif mis en place par la France sur ces points). Le symbole de cette impréparation étant l’interminable discussion sur la question des frontières entre les deux Irlande… »

Pierre Rideau

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