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Démocratie: l’exception française

BILLET (mises à jour)

Coopération, négociation…ou Jupiterisme technicisé

La comparaison France Allemagne irrite parfois, pourtant elle est souvent très éclairante. Pour la vie publique, les contrastes sont si importants que la comparaison est pertinente.

A bien des égard, la France apparaît comme une exception. Nous reviendrons sur ce point et proposons un premier aperçu au moment où Berlin prend les rênes de l’Europe. Depuis le 1er juillet, la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne devient allemande.

France/Allemagne: la gestion de la crise, en exemple

Nous avons publié de nombreux articles, et commentaires et ajouts, sur la gestion du COVID 19. Revenons y quelques instants.

Par sa décentralisation politique et hospitalière, le fédéralisme allemand est semble t il parvenu à juguler l’épidémie plus rapidement et avec trois fois moins de morts que nous alors que le pays investit la même proportion de sa richesse nationale dans la santé ( voir notre article sur ce point ).

La mise en place d’un « Corona-Kabinett » réunissant chaque semaine les ministres et les ministres-présidents des grands Länder a permis une gestion guidée nationalement et coordonnée régionalement. La communication du gouvernement y est aussi pour beaucoup, la pédagogie et la bienveillance empathique d’Angela Merkel  également (« J’en appelle à vous : respectez les nouvelles règles qui s’appliquent ») détone avec la tonalité jupitérienne (« Nous sommes en guerre ») de ce côté du Rhin.

Pragmatisme, coopération et sang-froid : les réflexes de l’Allemagne sont certainement ceux dont l’Europe a besoin aujourd’hui, et ils constituent également pour la France un éclairage sur ses postures et méthodes.

Une technostruture embarassante ?

Un peu avant le changement de gouvernement, et près trois années à l’Elysée, Emmanuel Macron s’était montré entravé estimant que la technostructure autour de lui l’empêche d’agir à sa guise. Et l’ancien Premier Ministre était montré parfois comme un défenseur de celle-ci au moment où se préparait le changement de Gouvernement.

Paradoxe ? le chef de l’Etat se montre exaspéré par l’inertie de la technostructure alors qu’il fait le choix sans discontinuer de privilégier la technicité de l’action publique au détriment des outils démocratiques: écoute, participation, coopération…et sans valoriser et piloter l’administration. (Nous reviendrons sur ce point, car il appartient au politique de diriger son administration en responsabilité en établissant une confiance et un contrôles réels)

Errare humanum est, perseverare diabolicum

Et la suite nous la connaissons: en cédant à la tentation de gouverner « rênes courtes » ( comme si ce n’était pas déjà le cas ) la technicisation de la vie politique fait une nouvelles progression avec la nomination d’un nouveau Premier Ministre qui illustre rétrécissement de l’exécutif à l’Elysée. C’est une reprise de commande, comme si tous les leviers étaient à Matignon, ce que les observateurs avisés des institutions ne croient pas.

« Il veut porter institutionnellement les affaires du pays, confie un intime. Un intime du PR ne confiait il pas à un journaliste: « Il veut supprimer la fonction de Premier ministre, installer à Matignon un collaborateur, comme disait Sarkozy ».

Au sommet de l’Etat, c’est un trio « très techno » qui est aux commandes depuis 2017 : Emmanuel Macron,, Benoît Ribadeau-Dumas et Alexis Kohler. S’y ajoute désormais le 1° Minsitre et son Directeur de cabinet.

La « réinvention » promise dans le mouvement d’une soudaine posture modeste au moment de la crise aura fait long feu: le changement dans l’accentuation radicale du mode de gouvernance. Une gouvernance – mais sans prise en compte véritable des parties prenantes , est ce une gouvernance ? – qui oublie trop souvent les élus, les corps intermédiaires et au final, les Français, comme le font remarquer, sous le sceau de la confidence rapportée par les journalistes avec gourmandise et complaisance ?) des proche de l’exécutif: un ministre de premier rang n’a t il pas indiqué qu’ « Il faut que le Président mette maintenant en place une gouvernance qui montre qu’il a compris que le monarchisme technocratique ne marche plus ». Les faits ont parlé depuis.

Un Premier Ministre pour quoi faire ?

Un Premier Ministre inutile, François Hollande est arrivé à la même conclusion et il avait proposé la suppression du poste de Premier ministre en 2018. Nicolas Sarkozy ne semble pas loin de partager cette analyse, et il aurait proposé à Emmanuel Macron de nommer son collaborateur Alexis Kohler à Matignon, « comme cela, il ferait Président et Premier ministre ».

Finalement c’est un autre « collaborateur » qui aura été désigné, commentent les observateurs. « Le seul Premier ministre possible pour Emmanuel Macron, c’est Emmanuel Macron», résume un ministre.

Un Premier Ministre rétréci, c’est un Parlement diminué

Nous reviendrons sur ce point essentiel car assurément l’esprit de la Constitution n’est plus respecté avec un Parlement dont le rôle et les prérogatives sont amoindris, en particulier, dans la représentation des citoyens, la fabrication de la loi et l’évaluation de son application, et dans le contrôle de l’exécutif. L’organisation des élections législatives dans le prolongement des Présidentielles a déjà considérablement réduit le rôle du législatif .

Espérons par ailleurs, s’agissant des collectivités territoriales, qu’il n’en sera pas de même pour les élections départementales et régionales ! Chassons par ailleurs l’idée d’un regroupement des trois élections territoriales ( avec les municipales) le même jour au motif d’une simplification !

Retour sur Allemagne/France

Des observateurs considèrent que le système politique allemand correspond parfaitement aux exigences européennes, et que cela fait un atout au moment du changement de présidence de l’Union.

Parce qu’il est basé sur le compromis et sur le droit et non sur le volontarisme incarné, si cher aux Français. Le modèle de la Ve République, avec sa verticalité monarchique et son écrasant système majoritaire, est sans doute ce qu’il y a de plus opposé à la manière européenne de faire de la politique. De fait les Allemands se sentent mieux au sein de l’Europe et ont plus de chance d’y être écouté et entendu car ils évoluent – dans leur démocratie – dans un entrelacs de pouvoirs et de contre-pouvoirs sans équivalent en France.

Compromis, négociation, ccoperations, contrat…au coeur de la démocratie ?

La vie politique allemande n’est faite que de compromis – ce qui signifie: écoute, dialogue, coopération – dans lequel le respect du droit joue un rôle essentiel.

  • Compromis entre les seize Länder, dotés de très larges compétences, et le « Bund » Etat fédéral.
  • Compromis entre les différents partis, comme la CDU (droite) et le SPD (gauche) gouvernant ensemble. Le contrat de coalition qui les lie les partis au gouvernement, et qui a été approuvé par les militants, n’est pas un vague catalogue d’intentions : celui de 2018, négocié ligne à ligne, est un document de 175 pages, dont le gouvernement fédéral ne doit pas sortir.
  • Compromis également entre le pouvoir législatif – le Bundestag – véritable puissance souveraine comme l’était la Chambre des députés de la IIIe République, et le pouvoir exécutif.
  • Compromis entre les différents ministres, chacun étant doté d’une très large autonomie dans la mise en œuvre de sa politique. La chancelière a beaucoup moins de pouvoir et de contrôle sur les ministres que n’en ont le président de la République et le Premier ministre français.

Il en va de même au sein de l’Union européenne, avec ses différentes institutions indépendantes (Conseil, Commission, Parlement, Banque centrale, Cour de Justice), le jeu des 27 Etats membres et les courants politiques (PPE, PSE, Renew…). Cette complexité de l’UE est historiquement plus proche du Saint-Empire romain germanique que de l’Etat napoléonien.

La France, modèle unique en Europe ?

Certes, il ne s’agit pas de dire que le modèle allemand est reproductible dans son entier. On conviendra toutefois qu’il est plus démocratique et plus efficient que le notre.

Par ailleurs peut on convenir de trois choses:

  • Le fonctionnement de l’Europe est un peu sur le même modèle – le caractère fédéral l’explique, mais pas seulement –
  • Le fonctionnement de la France est très différent de celui de l’Union comme de la quasi totalité des pays membres.
  • Le fonctionnement de la France est également très différents des pays démocratiques à régime présidentiel.

P.A. et T.L.

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1 réponse »

  1. Interessant commentaire. Il y a de la bonne graine à prendre, ce qui n’empêche pas de faire mieux que l’Allemagne car eux aussi ils vont progresser. A nous autres de faire mieux pour réaliser sa part de colibris et en particulier nos hommes politiques.

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