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Force de la conviction, la Rose Blanche, die Weisse Rose

PRÉSENTATION

En ce 14 juillet, faisons une place dans notre site à une VALEUR INDIVIDUELLE ET COLLECTIVE : LA FORCE DE LA CONVICTION

Pierre Rideau, contributeur régulier de METAHODOS, nous indique – en réaction à notre publication sur l’exception française et la comparaison avec l’Allemagne – être assez d’accord sur les avantages du système fédéral plutôt coopératif et les inconvénients du système français très centralisé et « empilé ».

La force de la bureaucratie

Il peut témoigner de la force de notre bureaucratie qui sait très bien vider de leurs substances les initiatives législatives innovantes et à ce titre, l’exemple de la Lolf est emblématique,
ou encore, qui sait réduire à néant l’autonomie managériale de ses cadres sous le regard bienveillant et soulagé de certaines organisations syndicales.

Allemagne: la hantise d’un Etat fort

Mais l’objet de son propos concerne plutôt  l’Allemagne: « sa structure fédérale trouve son origine dans la hantise d’un Etat fort avec ses nuisances terribles, d’un Etat fort et tout puissant tel que les Allemands l’ont connu avec l’Etat nazi ». Et il se « demande si son appétence à la négociation et au compromis n’est pas davantage le moyen de justifier le fédéralisme qu’une fin en soi. »

L’espoir lucide, et le projet de jeunes Allemands résistant de manière poignante et fière au nazisme

Quoiqu’il en soit, il est extrêmement intéressant de regarder, comme il nous le propose, ce qui est très certainement une des sources principales de l’Etat fédéral actuel. « Cette source, c’était l’espoir lucide et le projet de jeunes Allemands résistant de manière poignante et fière au nazisme, ceux du groupe « La Rose Blanche » autour de Hans et Sophie SCHOLL. »

« Ils ont affronté à mains nues un état totalitaire tout puissant, l’ont ébranlé et lui ont survécu d’une certaine manière car l’Allemagne d’aujourd’hui est bien celle qu’ils avaient imaginée et espérée et non le Reich millénaire promis par Hitler. »

Voici la contribution qu’il nous propose, un texte plein de nuances et d’émotions. Merci Pierre RIDEAU.

« Vous ne serez pas morts en vain, vous ne serez pas oubliés »

Il cite l’écrivain Thomas Mann qui, en juin 1943, saluera à la BBC ces « courageux et magnifiques jeunes gens ». « Vous ne serez pas morts en vain, vous ne serez pas oubliés ».

T.L.

ARTICLE

Force de la conviction, la Rose Blanche, die Weisse Rose

En juillet 1942, Hanz et Sophie Scholl, Christian Probst, étudiants de Münich, deux de leurs amis et leur professeur de philosophie fondent un groupe de résistance au nazisme, « la rose blanche ».

Pendant six mois, ils vont diffuser des tracts hostiles au nazisme. Le sixième et dernier proclame    «  l’Allemagne a perdu la guerre ». Le 18 février 1943, le concierge de l’université surprend Sophie et Hanz en train de le distribuer et les dénonce. Ils sont jugés, condamnés et exécutés le 22 février.

Ils ont affronté à mains nues un état totalitaire tout puissant, l’ont ébranlé et lui ont survécu d’une certaine manière car l’Allemagne d’aujourd’hui est bien celle qu’ils avaient imaginée et espérée et non le Reich millénaire promis par Hitler.

Leur seule arme était la force de leur conviction et il est donc intéressant de voir la construction de cette conviction, la stratégie adoptée pour la porter et les marques de son impact.

I/ L’origine de la conviction

Hanz et Sophie Scholl ne sont pas d’un bloc, ils connaissent le doute, ils ont besoin de confronter leur doute et leur croyance avec des proches pour se forger une conviction. Ils n’imitent ni ne reproduisent les pensées de leurs parents qui au contraire les laissent libres de leurs actes. Ils ne les empêchent pas, par exemple, d’adhérer aux jeunesses hitlériennes bien qu’étant eux-mêmes opposés à cette idéologie. Sophie aussi doute, cherche, lutte même en son for intérieur.

Ils ne pensent pas par opposition à un milieu familial ou social. Ils ne représentent qu’eux-mêmes, ils agiront en conscience de leur projet, mûrement réfléchi, examiné sous tous ses aspects moraux et philosophiques et ils en acceptent les risques. Ils ont construit leur propre conviction de façon progressive, ce qu’est le nazisme, l’étouffement de la vie intellectuelle, de la libre conscience, les désastres humains avec le sort des Juifs, des Polonais, les morts au combat…il n’y a pas eu de « révélation » soudaine. L’expérience de Hanz, Alex Schmorell et Willy Graf sur le front russe en 1942 leur confirme la justesse de leur attitude et de leur action.

II/ La stratégie pour convaincre

Pour la Rose Blanche, il faut vaincre la léthargie du peuple allemand et son aveuglement.

La stratégie est donc de provoquer une prise de conscience à partir de faits et de questionnements. Les quatre premiers tracts sont d’abord adressés à des intellectuels, écrivains, directeurs d’écoles et de lycées, professeurs ou relais d’opinion tels que libraires et médecins.

Les tracts sont rédigés dans le langage de leurs lecteurs, ils sont emplis de citations d’auteurs grecs ou latins, de philosophes, de références littéraires. Ainsi, ils gardent toute leur force et leur valeur ne se dilue pas dans un langage banalisé et imprécis. C’est aussi une façon de distinguer et reconnaître son interlocuteur pour ce qu’il est.

Quand ils s’adressent aux Chrétiens, ils citent la bible. En février 43, après Stalingrad, ils s’adressent aux étudiants et font référence aux années de formation et d’endoctrinement que tous ont connues.

Ils ne cachent pas la dimension spirituelle de leur démarche mais n’en font pas un préalable pour se regrouper. Ils sont des chrétiens convaincus parce que leur foi n’est pas un héritage ou une convenance sociale mais le produit d’une réflexion intérieure parfois douloureuse mais aboutie. Pour autant, sans renier ce qu’ils sont, ils ne demandent pas qu’on partage leur foi, ils ne s’affichent pas comme différents mais simplement autres et avec l’idée que tous peuvent s’unir.

Ils proposent des moyens d’action non violente, adaptés à leurs lecteurs tels que la résistance passive en ne contribuant pas, par exemple, aux collectes d’argent très régulières, ou le sabotage ou en boycottant les cérémonies. Ils savent que beaucoup hésitent ou sont indifférents et ils espèrent une adhésion libre et consentie à leurs idées à l’inverse du système totalitaire qui embrigade par la contrainte, la peur ou le fanatisme.

Ils proposent une perspective pour l’« après ». Dès janvier 43, dans le 5ème tract, ils s’adressent à tous les Allemands et proposent une Allemagne future, une Allemagne fédérale et sociale dans une union des peuples européens et revenant aux valeurs chrétiennes ! Et, en effet, nous savons que les projets les plus forts sont ceux qui ont une charge utopique suffisante pour créer le désir mais qui sont aussi assez réalistes pour être atteignables.

Enfin, la force de conviction repose aussi sur la cohérence du fond et de la forme du message par des formules qui ébranlent le lecteur qu’il soit chrétien« Peux-tu hésiter encore ? », étudiant « les morts de Stalingrad nous implorent », parent « voulez-vous l’horrible sort des juifs pour vos enfants ? ». Enfin le tribunal « un jour vous serez à notre place », au juge encore « j’ai combattu en Russie, pas vous » « notre résistance fera des vagues » et «nous sommes dans la vérité, pas vous »

Convaincre par le questionnement plutôt que d’imposer des slogans, faire appel à la responsabilité

individuelle plutôt qu’au confort de l’obéissance aveugle, dire la responsabilité morale de celui qui ne s’engage pas quand l’essentiel est en jeu, lui dire que quelqu’un, un proche peut-être, un jour, jugera son attitude et agir eux-mêmes conformément à leurs convictions ont été au cœur de la démarche de la Rose Blanche.

III/ L’impact de l’action

Il se mesure à la réaction du pouvoir. Le tribunal du peuple avec son président se déplace de Berlin à Münich – ce sera la seule fois où il siège hors de la capitale du Reich-, le jugement expéditif et l’exécution en quarante-huit heures indiquent à quel point ils étaient craints et convaincants. Le policier qui les interroge, touché, propose à Sophie un moyen pour s’en sortir, elle refuse. Le public du tribunal, uniquement des membres du parti nazi, est assommé par la clarté et la force de Sophie et Hanz.

Dans les semaines suivantes, près de cent trente personnes seront arrêtées partout en Allemagne.

Le 5ème tract sera largué à des millions d’exemplaires par la RAF sur les villes allemandes et en juin 1943, l’écrivain Thomas Mann saluera à la BBC ces « courageux et magnifiques jeunes gens ». « Vous ne serez pas morts en vain, vous ne serez pas oubliés ». Et en effet,

en 1949, l’Allemagne, portée par la génération des Scholl et leurs idéaux devient une démocratie fédérale dirigée par le parti démocrate-chrétien puis membre fondateur de l’Union Européenne.

Pierre Rideau

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