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Relire Vladimir VOLKOFF: les paradoxes de la démocratie

 

PRÉSENTATION

Un lecteur qui a beaucoup apprécié les publications invitant à relire certains grand auteurs, nous signale les écrits de Vladimir Volkoff.

Qui est Vladimir Volkoff ?

Né le 7 novembre 1932 à Paris et mort le 14 septembre 2005 dans sa maison de Bourdeilles en Dordogne, est un écrivain français, auteur de nombreux romans ayant trait notamment à l’histoire russe, à la guerre froide et à la guerre d’Algérie, d’essais consacrés à la désinformation, mais également dramaturge, poète, biographe et traducteur. Sa langue de prédilection pour l’écriture est le français, mais il a publié des romans en anglais et des textes en russe.

Sous le nom de Lieutenant X, il est également l’auteur de séries de romans policiers pour la jeunesse : Langelot et Larry J. Bash. Pour la série Larry J. Bash, il fait croire qu’il est le traducteur et utilise le pseudonyme de Gil Hérel1. Il a écrit sous d’autres pseudonymes : Victor Duloup (Volkoff signifie « fils du loup » en russe), Basile Septime, Lavr Divomlikoff (anagramme de Vladimir Volkoff) et Rholf Barbare.

Démocratie et liberté

Il a également a conduit une réflexion vive et très pertinente – dans « Pourquoi je suis moyennement démocrate » sur le sens de la démocratie et qui a fait l’objet d’un article de Johan RIVALLAND.

Démocratie et liberté ne sont pas synonymes : le pouvoir au peuple n’est pas le pouvoir aux individus. Vladimir Volkoff le montre avec brio dans « Pourquoi je suis moyennement démocrate ».

Insatisfait par la pensée unique et refusant les limites du politiquement correct, Vladimir Volkoff examine les fondements de la démocratie, pour déceler la part d’hypocrisie ou d’illusion dissimulée sous les nobles principes de l’idéologie maîtresse de notre société. Polémique, son essai fait ressortir les anciens abus, les problèmes toujours irrésolus et les dangers socio-politiques réels que les démocrates inconditionnels préfèrent ignorer. Son but n’est pas de rejeter l’idéal démocratique, mais de montrer ses défauts en suggérant les moyens d’y parer. Un ouvrage qui incite à l’exercice salutaire de la raison critique.

Par ailleurs, il a révélé en France les mécanismes de désinformation dans son roman « Le montage » (1982). Il en donne une définition restreinte au domaine politique dans « Petite histoire de la désinformation » (1997) : « La désinformation est une manipulation de l’opinion publique, à des fins politiques, avec une information traitée par des moyens détournés ».

Les réponses de VOLKOFF

Se disant « plutôt aristocrate« , il enfreint, dans son ouvrage, un tabou persistant du monde moderne : celui de la démocratie. Il fait, en quelque sorte, un diagnostic de la démocratie à travers vingt et un courts chapitres, au ton polémique très roboratif : 

  • Par esprit de contradiction
  • Parce que, même comme mode de désignation des gouvernants, la démocratie ne présente pas que des avantages
  • Parce que les climats, les peuples et les époques diffèrent
  • Parce qu’il ne faut pas confondre majorité et consensus
  • Pour une question de vocabulaire
  • Pour une autre question de vocabulaire
  • Parce que la conception moderne de la démocratie repose sur une pétition de principe
  • Parce qu’on voudrait en faire une religion
  • Mais qu’on en fait une idolâtrie
  • Parce qu’elle repose sur l’un ou l’autre de deux postulants
  • Parce qu’elle est enceinte du totalitarisme
  • Parce qu’elle repose sur le vertige du nombre
  • Parce qu’elle repose sur le vertige de l’égalité
  • parce que des  » Lumières  » à la  » lanterne  » il n’y a qu’un pas, comme on l’a bien vu en 1789
  • Parce que la démocratie est contre nature
  • Pour des raisons esthétiques
  • Parce que la démocratie n’a jamais vraiment marché
  • Et que maintenant, elle ne peut plus marcher du tout
  • Parce qu’on a tout de même le choix
  • Parce que la démocratie est rarement démocratique
  • Ce qui pourrait me faire devenir un peu plus démocrate

« Je suis moyennement démocrate parce qu’on me rebat un peu trop les oreilles de l’idéal démocratique, résume-t-il ;

  • parce qu’il ne me paraît pas vraisemblable que le même système ait les mêmes vertus à toutes les époques et sous tous les climats ;
  • parce que je suis soucieux du sort des minorités que les majorités ont tendance à écraser ;
  • parce que la démocratie, telle qu’elle se pratique à notre époque, a tous les défauts des religions les plus obscurantistes sans en avoir les vertus ;
  • parce que la philosophie des droits de l’homme me paraît bien inférieure à celle de ses devoirs ;
  • parce que la démocratie repose sur une confusion entre le bien public et les caprices du public ;
  • parce qu’elle conduit infailliblement à diverses formes de totalitarisme… »

Pierre ANDRÉ

ARTICLE

Par Johan Rivalland Contrepoints

« Ce petit ouvrage très court n’en est pas moins profond, autant que l’est son auteur par son œuvre. Malheureusement disparu aujourd’hui, il fait partie des grands intellectuels de notre temps.

Vladimir Volkoff examine ici, avec un regard critique et beaucoup de justesse, les fondements de la démocratie et se pose la question des défauts, dangers et insuffisances qui y sont inhérents.

En 21 titres explicites, il précise sa pensée et explique les raisons qui lui font penser que ce système démocratique est loin d’être celui dont les nobles principes dissimulent en réalité une grande part d’illusion.

Pour Volkoff, la démocratie, une nouvelle religion ?

Vladimir Volkoff compare, de fait, la démocratie à une nouvelle religion, tant celle-ci est aujourd’hui considérée comme la seule voie de salut. Ce qui revient à nier le fait que d’autres formes de gouvernement aient pu mener à des progrès de la liberté et de la société en général.

Pire encore, « le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple », dans sa conception idéaliste néglige le fait que tous les totalitarismes et fascismes sont issus de la démocratie elle-même, alors qu’ils sont présentés de manière habituelle comme ses antonymes.

L’idéal populaire du communisme en témoigne, lui qui a abouti aux plus grandes tyrannies.

Selon cette philosophie de la démocratie, […] tout ce que veut le peuple est bon par définition. Si le peuple veut la chasteté des mœurs, elle est bonne ; si on veut le relâchement, il est bon. S’il veut la paix, c’est parfait ; s’il veut la guerre, c’est parfait aussi. S’il veut détruire les autres peuples, c’est son droit ; s’il veut se détruire lui-même, grand bien lui fasse.

Voudrait-il, comme l’écrit Jean Madiran, décréter juste l’injuste, bien le mal, interdire le licite, obligatoire le monstrueux, et retoucher dans ce sens jusqu’à la Constitution : il n’y a contre cette volonté populaire aucun recours démocratiquement légal ni légitime. C’est la démocratie moderne.

Lorsqu’on sait la très faible avance que peut avoir une majorité et surtout son caractère changeant en fonction de multiples paramètres, on peut effectivement s’interroger de bon droit, sans pour autant devoir être assimilé de manière réductrice à un adversaire de la démocratie.

Liberté et démocratie

Ainsi, un pays comme la France, reconnu comme démocratique, n’est-il par exemple pas très bien classé dans les études s’intéressant au degré de liberté individuelle dont disposent ses habitants.

En revanche, nombreux sont les auteurs à citer, entre autres, Hong-Kong ou le Chili comme des pays où règne un degré relativement élevé de liberté individuelle, alors même qu’il s’agit de régimes autoritaires (par opposition à démocratiques) ou qui l’ont été encore récemment.

Pour prolonger le raisonnement, on peut citer Pascal Salin (voir son ouvrage  Libéralisme), énonçant l’idée suivante :

En fait, et contrairement à l’idéologie social-démocrate courante, la liberté et la démocratie ne sont pas la même chose.

Nous devons nous débarrasser du préjugé habituel et dominant selon lequel le degré de démocratie est le critère unique pour évaluer le fonctionnement d’une société ou même d’une organisation quelconque.

Le problème de la démocratie concerne en effet uniquement l’organisation du gouvernement, dans la mesure où il existe…

À la limite, si un État n’a strictement aucun pouvoir, il importe peu qu’il soit ou non démocratique.

De nombreux exemples, là encore, permettraient d’illustrer cette affirmation. Et il serait tout à fait illusoire de considérer que le seul suffrage universel soit une garantie de liberté pour les individus.

Rien n’indique que le pouvoir, une fois conquis, sera exercé de manière satisfaisante ; les exemples abondent, hélas, pour prouver le contraire.

À l’inverse, de nombreuses périodes de l’Histoire ont été florissantes sur de très nombreux plans, notamment artistique, grâce à un contexte de très grande liberté et ce, sous des régimes non démocratiques.

Comme le remarquait, pour conclure, Jean-François Revel,

d’un point de vue statistique, et à moins de confondre jugement de fait et jugement de valeur, on ne peut tenir pour normales les démocraties et pour déviants et anomiques des régimes ou activités qui ont façonné, en pratique, le monde contemporain beaucoup plus que ne l’ont fait les démocraties.

Il notait, par ailleurs, que le pouvoir judiciaire était beaucoup plus indépendant de l’exécutif avant 1789 qu’après, ce qui n’est pas négligeable lorsqu’on parle de respect des droits, et donc de liberté. »

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