Aller au contenu principal

« L’éternel retour de la question sécuritaire » et « la violence comme régulateur de la vie sociale »

INTRODUCTION

Entre « ensauvagement » et « séparatisme », les mots sont comme des coups de menton. Le dire ne fait pas le débat, et les intentions ne font pas l’action.

Metahodos a publié plusieurs textes sur ces sujets:

https://metahodos.fr/2020/08/28/une-france-orange-mecanique-culture-de-lexcuse-et-ensauvagement/

https://metahodos.fr/2020/08/31/le-chef-de-letat-designe-une-crise-de-lautorite-et-preconise-une-reeducation-sur-lautorite-legitime-decryptages/

https://metahodos.fr/2020/09/05/face-a-la-racaille-un-pouvoir-desarme-ou-cynique/

https://metahodos.fr/2020/09/04/ensauvagement-suite-ce-mot-qui-empeche-le-debat-et-laction-en-democratie/

https://metahodos.fr/2020/09/02/darmanin-et-dupond-moretti-sopposent-sur-la-securite/

« Entre amnésie et anomie, les gouvernements ont le plus grand mal à traiter de la gestion de phénomènes, pourtant anciens et bien étudiés », indique Alain Bauer, professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris, New York et Shanghai.

Il a créé puis présidé (2007-2012) l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales.

Nous vous proposons ici la récente TRIBUNE qu’il a rédigée, ainsi que les extraits d’un ENTRETIEN

1. TRIBUNE

«L’éternel retour de la question sécuritaire»

02 septembre 2020

En France, depuis guère plus d’un siècle, l’Etat a voulu établir un monopole de la sécurité publique et assumer la responsabilité totale de ce qui est, à peu près partout ailleurs, une compétence partagée entre le local et le central, le public et le privé. De ce fait, il est devenu le comptable politique de la question criminelle, assumant même d’être jugé sur la production de crimes (les fameux chiffres de la délinquance) et assez peu sur son efficacité. Comme si les médecins se sentaient responsables des maladies et peu de l’efficacité de leur traitement !

En 1983, les listes « Marseille Sécurité » bousculaient Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur et maire de la ville, faisant apparaître la question dans le débat électoral. Fin 1983, la maire socialiste de Dreux perdait sa ville face à une alliance RPR-FN, boostée par la question sécuritaire. En 1997, à Villepinte, la gauche devenait réaliste, mais oubliait tout en 2002 face à Jean-Marie Le Pen. Ce processus dit de « jospinisation » (succès économiques et sociaux, rigueur de gestion mais incapacité à comprendre les enjeux sociétaux du vécu des populations) semblait devenu un évènement pour historiens de la science politique. Il semble curieusement possible de le voir se reproduire.

Querelle statistique. 

Entre amnésie et anomie, les gouvernements ont le plus grand mal à traiter de la gestion de phénomènes, pourtant anciens et bien étudiés. Ainsi, le modèle de l’élection de 1966 en Californie qui vit la victoire écrasante de Ronald Reagan face au gouverneur démocrate Pat Brown, fut construit sur la thématique « Tough on Crime » (Dur avec le crime) et anticipa la révolution conservatrice qui balaiera les Etats-Unis et les bastions démocrates, dont l’emblématique New York remporté en 1994 par Rudolph Giuliani, portée par sa « Tolérance Zéro ».

Aucune de ces lames de fond électorales ne fut surprenante. Elles se construisirent par accumulation de frustrations et de désespoir, portées par des populations souvent modestes, alliées de circonstances aux classes moyennes et supérieures, terrorisées par une violence du quotidien créant un climat d’insécurité auquel les élites politiques ne purent répondre, tentant de se dédouaner par des postures d’évitement selon le traditionnel triptyque « Négation-minoration-éjection » : Ce n’est pas vrai, ce n’est pas grave, ce n’est pas de ma faute…

« L’actuel gouvernement est victime d’une décision stupidement comptable de son immédiat prédécesseur, qui a supprimé à la fois le thermomètre et son outil de compréhension, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales »

Certains en profitent pour expliquer doctement que la situation est pire que… toujours, d’autres que tout va pour le mieux et qu’il ne s’agit que d’un effet médiatique.

Et comme toujours, une tragique querelle statistique vient assombrir l’information du public. De ce point de vue l’actuel gouvernement est victime d’une décision stupidement comptable de son immédiat prédécesseur, qui a supprimé à la fois le thermomètre (l’enquête de victimation qui permet de savoir ce que les citoyens subissent et pas seulement ce qu’ils déclarent et ce qui en reste dans l’enregistrement administratif des plaintes) et son outil de compréhension, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP).

Homicidité. 

Revenons donc à ce que nous savons : il n’existe pas d’indicateur de la violence. Mais, depuis 1539 et l’édit de Villers-Cotterêts, la France est dotée d’un état civil tenu avec efficacité. Un des indicateurs les plus stables et les plus précis de l’insécurité dans une société est celui des homicides. Historiquement, le nombre de crimes relevant de cet item s’est effondré en cinq siècles passant de 150 pour 100 000 habitants à moins de 2. On comptait un peu plus de 1 100 faits en 1972, plus de 2 400 en 1983, un millier après 1988. Une première baisse significative à partir de 1995, des minima historiques à partir de 2009 (moins de 600 faits) puis une forte reprise depuis 2015 (avec un effet attentats non négligeable en 2014, mais un niveau élevé en 2019).

On dispose même d’un outil encore plus développé, celui de l’homicidité qui permet d’ajouter aux homicides, les tentatives (qui ne sont que des homicides ratés) et les coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort. Dès lors, on atteint en 2019, un niveau historiquement inégalé en un demi-siècle avec 3 562 faits. Qu’on considère ou pas la sensibilité de l’attention aux phénomènes, l’évolution des législations ou l’intérêt porté au sujet, sur ce critère particulier, la dégradation est incontestable et inquiétante.

Hors faits exceptionnels (attentats), le maintien a un niveau très élevé des violences homicides constitue un indicateur fiable. Il conviendrait de s’en saisir avec les moyens de la science et de l’expertise afin de permettre une action intelligible et cohérente des acteurs du processus pénal : Intérieur et Justice. En commençant par rétablir un thermomètre indépendant.

2. ENTRETIEN

« La violence devient un élément de régulation de la vie sociale »

Dans Aujourd’hui.

Comment améliorer la sécurité ?

Le grand problème est que notre culture pénale a imposé la prison pour tout et pour tous. Comme ce n’est pas possible, on est dans une logique d’évitement par les alternatives aux poursuites, aux peines et par l’inapplication des peines. Nous devrions nous fier à un élément majeur : violence ou pas ? Le problème actuel, c’est la violence physique.

Quel est le plus inquiétant ?

C’est l’incapacité à traiter la violence ordinaire, quotidienne et répétitive. Il n’y a plus de politique publique de sécurité clairement identifiée. On savait ce que voulaient Michel Poniatowski, Jean-pierre Chevènement, Pierre Joxe, Nicolas Sarkozy, Manuel Valls… En outre, il est encore impossible en France de tenir une conférence de politique pénale où magistrats et policiers se mettraient d’accord sur les mineurs, la réinsertion, la lutte contre la violence, afin de passer du prêt-à-porter au sur-mesure, avec un dispositif préventif, dissuasif et répressif qui ait du sens.

Pourquoi ?

Ils ne se parlent pas, ou campent sur des postures, se traitant de laxistes et de fascistes.

Vous parlez de phénomène criminel inédit, que craignez-vous ?

D’un côté, des milices populaires pour protéger des quartiers, des commerces ; de l’autre, des tentatives d’appropriation territoriale par des trafiquants de stupéfiants ou des séparatistes religieux. La reconquête territoriale nécessite un retour de la confiance entre l’etat et les citoyens. Depuis les Gilets jaunes jusqu’au refus d’obtempérer sur le port du masque, les agressions contre les pompiers, les médecins, infirmières, élus locaux, etc., on constate à quel point la relation sociale s’est dégradée. La violence devient un élément de régulation de la vie sociale, faute d’institutions reconnues dans lesquelles on a confiance.
Emmanuel Macron a déploré « une banalisation de la violence » qui nécessite « une réponse républicaine rapide ». Un séminaire gouvernemental sur la sécurité doit avoir lieu le 9 septembre…


Le gouvernement s’empare du sujet de l’insécurité ?

La délinquance explose depuis le début de ce quinquennat sans aucune action ferme. Après le tour de France de M. Darmanin, les tweets et les indignations sans effet, maintenant le séminaire. Et après, ça sera quoi, un colloque ? Il fallait prendre des mesures beaucoup plus tôt.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :