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Boris CYRULNIK: « Le choix entre vivre mieux ou subir une dictature »

L’après confinement selon Boris Cyrulnik : « on aura le choix entre vivre mieux ou subir une dictature »

« La bonne solution serait d’attacher de l’importance à « l’être ensemble » et au groupe pour lequel on fait des efforts et on renonce à certaines choses. La solidarité est un précieux facteur de résilience, mais c’est aussi un sacré défi.« 

Invité du « Téléphone Sonne », Boris Cyrulnik a donné sa vision sur l’après-confinement. Retrouvez ici les réponses du neuropsychiatre données au micro de Claire Servajean. France Inter publié le 27 avril 2020

Le Covid-19 laissera-t-il un traumatisme ? 

Boris Cyrulnik : « Peut-être pas un traumatisme, mais un problème à résoudre. 
On a cru pendant 70 ans que les épidémies appartenaient au passé. On découvre que cette épidémie a probablement été provoquée par l’hyper technologie : celle de l’élevage qui concentre les animaux, et accroît l’effet de serre, mais aussi celle du transport des aliments, de l’aviation (le virus ne se déplace pas, c’est nous qui le transportons). 

On a oublié qu’on appartenait au monde vivant : on partage la planète avec les animaux. Si on enferme les animaux, si on fait de la surpopulation dans les élevages, on crée les conditions de fabrication de virus. Ensuite les avions et les autres moyens de transport font le reste. Bref, si on massacre le monde vivant, on partira avec lui. 

C’est la leçon dont les scientifiques et les politiciens devront tenir compte. C’est une banalité, mais on l’avait oubliée. 


On pensait qu’on était au-dessus des lois de la nature. Eh bien non, on n’est pas au-dessus, on est dans la nature. Et si on ne change pas l’an prochain, il y aura une autre épidémie de virus. » 

Quel est le risque après la catastrophe ?

BC : « Après les situations de catastrophes ou de chaos, le danger arrive souvent de quelqu’un qui dit : « J’ai la solution, votez pour moi » Et ce sont des dictateurs que les gens sont prêts à croire… Mais généralement, c’est une escroquerie politique.


La bonne solution serait d’attacher de l’importance à « l’être ensemble » et au groupe pour lequel on fait des efforts et on renonce à certaines choses. La solidarité est un précieux facteur de résilience, mais c’est aussi un sacré défi. »

On entend beaucoup parler du monde d’après qui serait différent. Mais à vous écouter, il va falloir faire très attention à ce qu’il peut être. 

BC : « C’est un enjeu énorme : on aura le choix entre vivre mieux ou subir une dictature  – qu’elle soit politique, religieuse, financière ou liée à l’hyper-consommation. 

L’après catastrophe peut être bénéfique. Au Moyen-Âge, des commerçants ont apporté le bacille de la peste. En deux ans, il a tué un Européen sur deux. Avant 1348, les aristocrates qui possédaient des terres vendaient ou achetaient des serfs.  Après l’épidémie, en raison de la pénurie de main d’œuvre, ils ont dû mieux traiter les paysans et le servage a disparu en deux ans.


Mais l’après catastrophe peut aussi avoir des effets maléfiques. Parce que l’Allemagne avait été humiliée en 1918 par le traité de Versailles, les Allemands ne pouvaient pas se reconstruire. Est arrivé un pseudo sauveur… Et en 1933, il a été élu, ce qui a provoqué une catastrophe mondiale.
Là, on aura le choix de vivre solidairement, d’une autre manière : en redonnant la parole à beaucoup de ceux que l’on redécouvre maintenant, les aides-soignantes, les infirmières, les facteurs, les éboueurs. 

Si on ne le fait pas, il y aura des candidats dictateurs.

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