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COVID: « Sans accord sur un socle de faits, le débat public se limite à saturer les espaces »


PRESENTATION

Dès le printemps dernier, au cœur de la tourmente et devant la profusion des analyses sur la pandémie, l’idée a émergé à Sciences Po de produire sans plus attendre un ouvrage présentant nos recherches sur le Covid.

Pari risqué tant la crise et ses effets étaient promis à durer. Pari réussi tant ces  travaux, par leur rigueur, permettent d’éclaircir un paysage aux allures chaotiques.

Si son titre – Le Monde d’aujourd’hui –  révèle l’intention de ne pas y prédire l’avenir, sa lecture fournit de nombreuses pistes à creuser pour sortir renforcés de ce “fait total”. Interview de Guillaume Plantin, directeur scientifique de Sciences Po, co-directeur de l’ouvrage.

ARTICLE 

« Sans accord sur un socle de faits, le débat public se limite à saturer les espaces médiatiques »

Entretien réalisé par Hélène Naudet – Publication Sciences Politiques.

Cette crise est marquée par une foule d’incertitudes qui donne lieu à une cacophonie angoissante. En quoi les sciences sociales et humaines peuvent-elles contribuer à y voir plus clair ?  

Guillaume Plantin : Cet ouvrage illustre à mon sens la nécessité, plus impérieuse que jamais, de confronter toute théorie ou doctrine à l’évidence empirique la plus large possible selon une méthodologie rigoureuse et éprouvée. Dans l’urgence de la pandémie, le débat public sur les aspects purement médicaux et sanitaires a été particulièrement confus, ce qui a nourri un scepticisme croissant vis-à-vis de la science et de l’expertise. La relation entre les médias et le monde académique a pâti de l’absence de mécanismes permettant de jauger de la façon la plus objective possible les éléments de preuve avancés par les différents protagonistes. Les sciences sociales ne font pas exception en la matière. Sans confisquer ni cadastrer le débat en matière économique, sociale et politique, il est important de l’alimenter d’une matière première empirique qui fait l’objet d’un consensus minimum. Sans accord sur un socle de faits, le débat public se limite à des stratégies de saturation des espaces médiatiques. Les premiers résultats des différentes enquêtes socio-économiques et sanitaires qui sont reportés dans l’ouvrage illustre, je l’espère, à quel point disposer d’un tel corpus de faits est précieux et permet d’orienter la réflexion collective dans un sens plus productif.

Un parti pris de cet ouvrage est d’engager différentes disciplines sur des enjeux communs. Quel est le sens de cette démarche ? 

G. P. : L’interdisciplinarité est dans l’ADN de Sciences Po. Nous avons toujours su la faire vivre, même si la dynamique de la recherche internationale et du “marché des idées” donnent de fortes primes à l’ultra-spécialisation. Cet ouvrage illustre à quel point l’éclairage d’un phénomène social sous des angles différents permet de lui donner tout son relief. L’ampleur du choc de la Covid-19 montre aussi à quel point les sciences humaines et sociales, loin d’être une “cerise sur le gâteau” ou un simple outil d’accompagnement, doivent se conjuguer aux actions scientifiques et technologiques dans le traitement des défis majeurs auxquels nos civilisations font face. Les réflexions d’un de nos sociologues, membre du Conseil scientifique, sont à cet égard particulièrement intéressantes. Les contributions qui illustrent comment la crise de la Covid-19 a infléchi ou transformé les récits et les messages qui accompagnent l’action publique et lui donnent sens montrent à quel point, au-delà de mesures objectives d’efficacité des politiques publiques, la gestion politique de la crise et l’élaboration d’un cadre conceptuel pour la penser ont été une préoccupation primordiale des dirigeants. Les humanités et les sciences sociales sont en première ligne pour analyser cette “bataille du récit”.

Autre caractéristique de cet ouvrage est qu’il permet de mettre à jour des évolutions sociales et politiques qui vont à l’encontre  des impressions “de surface”…

G. P. : Oui, un grand nombre de mes a priori – je ne suis pas expert de ces sujets – sur la pandémie et ses conséquences ont été contredits par les résultats de plusieurs enquêtes résumés dans l’ouvrage. Je pense par exemple aux effets du confinement sur le bien-être et sur l’évolution de la confiance dans le politique. Cela renforce mon point précédent sur la nécessité d’alimenter les débats politiques, économiques et sociaux avec des évidences empiriques toujours partielles par construction, mais établies selon une méthodologie consensuelle et éprouvée. Au total, l’originalité des conclusions, la diversité et la complémentarité des approches, ainsi que leur accessibilité attestent du souci des chercheurs-enseignants de Sciences Po de constamment irriguer le débat public de leurs recherches. Puisse cette partie la plus visible de nos efforts en la matière susciter l’envie d’en découvrir toute l’ampleur au cours des nombreux événements que nous organisons !

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