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Quartiers populaires: Quel soin leur apporter dans la crise sanitaire? 

La crise sanitaire emporte des conséquences extrêmement graves dans les quartiers populaires. Nous vous proposons deux articles du Monde sur le sujet.

ARTICLE 1

Dans les quartiers populaires, des initiatives « pour éviter le crash social »


Par Louise Couvelaire Le Monde 06 novembre 2020

Des projets menés par les habitants tentent de répondre aux besoins de la population en termes de santé ou d’alimentation, alors que ces territoires urbains sont durement touchés par la pandémie.

Le confinement bouleverse une partie de leur organisation, mais il ne change rien à leur détermination. Un enfant de la cité au passé mouvementé issu du quartier populaire du Bois-l’Abbé, à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) et un policier du commissariat de Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne), Chippendale à ses heures perdues ; une diplômée en master de développement local urbain de l’université de la Sorbonne, à Paris, et une ancienne femme de chambre de Goussainville (Val-d’Oise) ; un infirmier libéral originaire de Melun (Seine-et-Marne) et un start-upper parisien…

Tandems improbables, lieux inédits et initiatives uniques… Pour lutter contre la deuxième vague de l’épidémie de Covid-19, les quartiers populaires, déjà durement touchés au printemps, déploient toute leur énergie pour « rendre la santé la plus accessible possible aux publics les plus fragiles », lance Mahamadou Coulibaly, acteur et entrepreneur du Bois-l’Abbé. Il faut « faire le maximum pour écourter le confinement afin d’éviter le crash social des habitants des quartiers », plaide, de son côté, Abdelaali El Badaoui, 36 ans, fondateur de l’association Banlieues Santé, à Melun.

« La peur d’aller dans les salles d’attente bondées »

La pandémie a mis en lumière la vulnérabilité des territoires urbains périphériques, qui ont enregistré, pour certains, des taux de surmortalité bien supérieurs aux autres départements classés en zone rouge pendant le confinement, comme en Seine-Saint-Denis. Précarité, métiers exposés, logements exigus et familles nombreuses, comorbidités (diabète, tension artérielle, obésité…) et déserts médicaux sont autant de réalités qui font des résidents des banlieues une population à risque.

« Une situation inacceptable », martèle Mahamadou Coulibaly, une armoire à glace de 1,98 m, amateur de boxe, qui refuse de dire son âge – coquetterie de comédien. L’homme est le patron de Smart Accessory, un « lieu de vie » de 250 mètres carrés inauguré en août 2019. A la fois magasin d’accessoires de téléphone, espace de coworking, atelier de réparation d’ordinateurs et cybercentre, c’est à ce titre – commerce de détail de matériel de télécommunications – qu’il figure sur la liste des lieux autorisés à rester ouverts pendant le confinement.



ARTICLE 2

Quartiers populaires : 110 maires interpellent Emmanuel Macron sur la crise sanitaire et économique


Par Louise Couvelaire Le Monde 16 novembre 2020


Ces élus alertent sur la situation qui se dégrade avec la crise du Covid-19, et demandent que 1 milliard d’euros du plan de relance soit consacré aux territoires prioritaires.


Ils sont plus de 110 à alerter, plus de 110 maires à signer une lettre adressée au chef de l’Etat pour défendre « l’égalité républicaine de nos quartiers prioritaires ». Le constat est cinglant : « En dépit des alertes, les villes et quartiers populaires restent un angle mort du plan de relance : aucune mesure ambitieuse n’a été prise pour répondre à la détresse sociale et économique qui frappe nos communes », aggravées par la crise sanitaire.

La requête est directe : pour « renforcer la République » et instaurer « un nouveau pacte de confiance », ces édiles, qui vont du Parti communiste (PC) à la droite en passant par le Parti socialiste (PS) et Les Centristes, demandent à ce que 1 % du plan de relance, soit 1 milliard d’euros, soient attribués aux « territoires en décrochage » pour répondre à l’urgence sanitaire, économique et sociale, dont 620 millions d’euros dans les semaines qui viennent, dans le cadre du vote à l’Assemblée nationale du projet de loi de finances rectificative.

La date est symbolique : il y a trois ans, le 14 novembre 2017, Emmanuel Macron prononçait son discours de Tourcoing (Nord) appelant à une « mobilisation nationale pour les villes et les quartiers » et priant l’ancien ministre de la ville de Jacques Chirac, Jean-Louis Borloo, de « remettre les gants ». Cette intervention avait fait taire la gronde des maires et des associations de banlieues, baptisée « L’appel de Grigny » et survenue à la suite du gel des emplois aidés, des coupes budgétaires et de la baisse des APL

Tous les signaux sont au rouge dans les quartiers. Le collectif Territoires gagnants, qui rassemble des maires et des présidents d’associations, vient de mobiliser 101 élus locaux pour envoyer un message d’alerte au président de la République. Dans une lettre qui sera transmise à l’Élysée samedi, les signataires proposent de réserver 1% du plan de relance, soit 1 milliard d’euros, pour répondre aux urgences constatées dans des quartiers en grande souffrance. Avec la crise sanitaire et ses conséquences économiques, les associations caritatives avaient déjà signalé une explosion des demandes d’aides (hausse de 50%) et l’apparition de nouveaux profils sociologiques parmi les bénéficiaires de la solidarité. Cette fois, élus et professionnels estiment que ces difficultés sont décuplées dans les banlieues et qu’il est primordial d’apporter une réponse avant l’effondrement.

Taux de chômage en hausse accélérée, paupérisation des emplois, croissance de l’aide alimentaire, chute des inscriptions dans les salles de sport et les associations culturelles destinées aux jeunes, baisse du nombre de licenciés, triple baisse des revenus dans les foyers, du nombre de licenciés et des créations d’association … «Nous constatons des baisses de 25% à 30%», s’inquiète Guillaume Villemot, ex-signataire de l’appel de Grigny lancé en 2017 dans le cadre des États généraux de la ville et membre du collectif Territoires gagnants.

Des maires submergés par les urgences

Aujourd’hui, quand certains départements comme la Sarthe ou les Yvelines enregistrent une progression des demandes de RSA dépassant les 17%, les acteurs de terrains constatent un effet en cascade dans les quartiers où même les bénévoles de l’humanitaire, qui sont plus souvent des seniors, commencent à manquer à l’appel à cause du confinement et des difficultés économiques. «Les maires sont pleins de bonne volonté mais ils sont submergés par les urgences», insiste encore le président de l’agence des quartiers.

Parmi les 101 maires signataires du courrier adressé au chef de l’État trois ans après son discours de Tourcoing (Emmanuel Macron avait alors soutenu l’idée d’un nouveau pacte de confiance sur la politique de la ville), on retrouve le président des maires de France François Baroin (Troyes), Guillaume Delbar (Roubaix), Frédéric Leturque (Arras), Marie-Claude Jarrot (Montceau-les-Mines) ou encore Laurent Marcangeli (Ajaccio).

Pour tous ces élus, il est donc urgent de relancer le pacte de confiance. L’État s’est engagé dans la labellisation de 120 cités éducatives mais la France compte 1400 quartiers prioritaires et la baisse des aides personnalisées au logement (APL) a eu des conséquences sur les allocataires mais également sur les bailleurs. «La mesure de chômage partiel à hauteur de 80% du salaire est certainement une mesure extraordinaire mais les 20% de revenus manquants pèsent très lourd dans les foyers 10 euros en fin de mois sont hyper essentiels», insiste Villemot.

«C’est une bombe à retardement et il n’y a pas de plan B»

Tout en ayant «parfaitement conscience» des limites de l’État en ces temps difficiles, l’initiateur de la lettre à Emmanuel Macron estime que la création d’un conseil national des solutions permettrait de cibler avec précision les urgences. Ainsi, ce milliard que les élus demandent pour les banlieues serait réparti en priorité vers le monde associatif culturel à destination des jeunes (100 millions), les aides humanitaires d’urgence (200 millions), la création de centres médicaux et maisons de santé (200 millions), la mobilisation des acteurs de l’emploi (120 millions) et le reste consacré notamment aux médiateurs, à la lutte contre l’illettrisme et à la mobilité.

«Tout est sur la table du président de la République. Il ne faudra pas s’étonner si l’aggravation des fractures dans ces quartiers entraîne un recul républicain. Si les professionnels perdent la main sur ces sujets, d’autres la prendront. C’est une bombe à retardement et il n’y a pas de plan B», prévient Guillaume Villemot avant d’envoyer son courrier de la dernière chance à Emmanuel Macron.

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