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Jean-Louis Servan-Schreiber: « Prendre le temps de réfléchir au temps »

BILLET

Jean-Louis Servan-Schreiber est décédé il y a quelques jours. Metahodos lui a rendu hommage par une première publication: Jean-Louis Servan-Schreiber est mort à l’âge de 83 ans: « Mais au fond qui suis-je ? »

https://metahodos.fr/2020/11/30/jean-louis-servan-schreiber-est-mort-a-lage-de-83-ans-mais-au-fond-qui-suis-je/

Nous vous proposons d’aborder ses deux derniers ouvrages consacrés au temps et à l’âge.

Dernier Ouvrage: « Avec le temps« 

A 82 ans, Jean-Louis Servan-Schreiber accepte d’être vieux. Mais il publie un livre où il démontre que sa tête est restée bien plantée sur ses épaules et qu’elle assemble les mots avec la même dextérité que naguère. Avec le temps., titre de la célèbre chanson de Léo Ferré, est pour un tiers un essai philosophique, pour deux tiers un autoportrait. Le bilan d’une vie privée et professionnelle dont il prend plaisir à relater les étapes, relever les enjeux et analyser le pourquoi et le comment.

Voici ce qu’il écrivait à propos de cet ouvrage:

« J’ai pris plaisir à écrire ce livre résolument positif, dans une époque qui ne l’est guère. Il traite de Dieu, de l’égo, de l’émotion, des animaux, des valeurs, du doute, de notre rapport aux médias. J’y constate que, sans le moindre chauvinisme, j’ai eu de la chance de naître Français.
Le fil rouge de cette aventure ? Le temps, mon maître implacable en toutes choses, Cioran n’a-t-il pas dit : « Je tue le temps et le temps me tue. On est à l’aise entre assassins. » Mais en attendant j’ai vécu des heures exquises et des saisons joyeuses. C’est que, très tôt j’avais entrepris d’apprivoiser ce despote, pour tirer de la vie tout ce qui est possible. Les années, les décennies ont passé, elles m’ont transformé.

J’ai appris que, contrairement à ce que chantait Léo Ferré, non « avec le temps… tout ne s’en va pas ». J’ai lancé des journaux, une radio, des livres. J’en ai tiré d’intenses satisfactions, mais c’est derrière moi. Les souvenirs ne font pas vivre, la famille, le couple, l’amitié, oui. Ils font le miel de mes années tardives, dont je déguste chaque journée. »

L’ouvrage précédent: « 80 ans, un certain âge« 

A 81 ans, le journaliste et essayiste Jean-Louis Servan-Schreiber confiait, début 2019, à Nikos Aliagas sur Europe 1, ne pas se sentir « très différent de quand » il avait 70 ans mais avoue se sentir vieux.

Il a également accordé un entretien sur ce même ouvrage à Pleine Vie qui écrit:

« Mais, désormais, le patron de presse est devenu un homme pressé par un temps dont l’hémophilie galopante l’oblige à penser sa vie comme une « collection d’instants rares ».

Si les magazines s’étalent toujours sur le bureau de son très chic appartement parisien, c’est de spiritualité et de philosophie plus que d’actualité qu’il dit avoir faim.

En « une » de ses priorités ? « Les humains, les amours, les animaux, la nature », affirme-t-il, les pieds posés sur un gros chien en mousse, entend « déguster » les prolongations. A lire : « 80 ans, un certain âge ».

Nous vous proposons ces deux ENTRETIENS

ENTRETIEN

« Ma femme et moi, on déteste le mot ‘senior’, on est vieux »

08 janvier 2019 EUROPE 1

« J’ai 81 ans, je n’avais pas prévu d’être comme ça. » « Comme ça », c’est « pas très différent de quand j’avais 70 ans », explique le journaliste et essayiste Jean-Louis Servan-Schreiber à Nikos Aliagas, sur Europe 1. Ce constat part du fait que « l’on se compare avec ce que l’on a autour de soi ». Pour lui, l’élément de comparaison, c’est son père, qui « est mort à 79 ans et c’était un vieux monsieur, qui avait du mal à se propulser, qui commençait à être très fatigué ».

Jean-Louis Servan-Schreiber : « Ma femme et moi, on déteste le mot ‘senior’, on est vieux »

A 81 ans, il fait 45 minutes de gymnastique tous les matins ». 

« Celui qui vient de publier 80 ans, un certain âge (Albin Michel), assure que malgré son âge, il se sent « bien » et continue à faire « 45 minutes de gymnastique tous les matins ». Mais cela ne l’empêche pas de refuser l’emploi du mot « senior » le concernant : « Ma femme et moi, on déteste le mot ‘senior’, c’est du marketing. On est vieux ! »

Vieux car, même s’il se sent toujours en forme, Jean-Louis Servan-Schreiber explique qu’à son âge, « le corps est différent » : « Il faut admettre que l’on a moins d’endurance, on a moins de force et on a moins de goût pour voyager. On se replie un petit peu sur un monde plus proche mais avec plaisir, avec énergie, avec allégresse. C’est ça qui compte. »

« Ce qui reste, c’est le vivant. Tout ce que l’on a fait est mort.

«  L’avancée dans l’âge est aussi l’occasion de faire sa propre introspection. « Je me rends compte maintenant » que « la réussite matérielle, (…) ce n’est pas ça qui compte. Ce qui compte, c’est les autres, ceux avec lesquels on vit, la dose d’amour, de relations, de qualités humaines qu’il y a autour de soi. (…) Ce qui reste, c’est le vivant. Tout ce que l’on a fait est mort, est passé. »

S’il ne peut pas affirmer aujourd’hui qu’il est devenu celui qu’il voulait devenir, Jean-Louis Servan-Schreiber assure que, « ce que l’on devient avec le temps, c’est ce que l’on est vraiment et on ne savait pas d’avance ce que ce serait ». Mais « quand il reste beaucoup moins d’années devant soi », ce qu’il y a de plus important est que « chaque jour devient précieux ».

ENTRETIEN

Jean-Louis Servan-Schreiber se confie dans son nouveau livre

Pleine Vie 2019

COMMENT ENVISAGEZ-VOUS LE QUADRA QUE VOUS AVEZ ÉTÉ ?

Avec assez de sympathie. J’ai moins d’indulgence pour celui que j’étais à 25 ans mais, à 40, ça commençait à s’arranger, j’étais moins arrogant. À l’occasion de ce 17e livre, nous avons retrouvé un enregistrement d' »Apostrophes » où j’avais été invité pour la parution d’ À mi-vie. Le quadra était alors un notable de la presse avec une famille heureuse ; il se débrouillait très bien, mais manquait un peu de profondeur. À ce stade de la vie, on est encore dans une période de construction très absorbante où l’on essaie de faire sa place. La réflexion sur l’humain a peu de temps pour s’exprimer, alors qu’à 80 ans, elle devient centrale. J’ai su très tôt que le temps m’étais compté, et heureusement. Pour apprécier la vie, il est indispensable d’en connaître la rareté et la brièveté. Mais, à 80 ans, il y a eu un effet de cliquet, j’ai compris que j’habitais le couloir de la mort, avec plus beaucoup d’années devant moi. Pour bien vivre, il faut l’accepter et découvrir en quoi elle implique une transformation intérieure.

POURQUOI DITES-VOUS QU’EN VIEILLISSANT IL FAUT ADMETTRE SON INSIGNIFIANCE ?

J’ai peut-être découvert un peu tardivement l’humilité, ce sentiment que l’époque ne valorise pas tellement alors que c’est une sauvegarde réaliste primordiale. Passé un certain cap, lorsqu’on n’a plus de conquête à mener dans la société et que l’on regarde ce que l’on a fait, on risque d’éprouver un sentiment de « tout ça pour ça ». J’ai écrit seize livres avant celui-là, chacun était une épiphanie au moment de sa sortie, mais je n’ai aucune illusion sur leur influence à terme et, au fond, ça n’a pas d’importance. Il faut accepter de n’être qu’un sept-milliardième de l’humanité et en tirer des conséquences. Il ne s’agit pas de se mettre plus bas que terre, mais de tendre vers une appréciation plus juste du réel. Or, la plupart des gens sont, sans s’en rendre compte, dans l’illusion et le fantasme, surtout dans des sociétés artificielles comme la nôtre.

VOUS AVEZ VÉCU HEUREUX VINGT-QUATRE ANS AVEC CLAUDE, LA MÈRE DE VOS QUATRE ENFANTS. POURQUOI EN AVOIR CHANGÉ ?

Je considérais ce couple comme « réussi », je l’ai écrit dans À mi-vie, et trois ans plus tard… nous nous sommes séparés. Pour des raisons un peu intimes, mais de notoriété publique. À peu près au milieu de sa vie, Claude s’est découverte plus attirée par les femmes que par les hommes. Je ne me suis pas effondré, comprenant qu’ainsi elle s’accomplirait davantage. Mais, de mon côté, j’avais, du coup, autre chose à découvrir. Je m’étais marié tellement tôt que je n’avais pas vraiment connu de femme avant elle et j’avais encore à vivre ma vie de garçon. Et puis j’ai rencontré Perla [ndlr : son épouse depuis 1987] 

EN QUOI CES DEUX UNIONS ONT-ELLES ÉTÉ DIFFÉRENTES ?

On dit souvent que, dans le premier couple, on recherche du « même » et que, dans le deuxième, on accepte et on valorise le différent. J’ai connu Claude à Sciences Po, nous avions le même âge, le même regard sur les choses. Mais il manquait ce contraste que je crois nécessaire à un bon équilibre. Perla était marocaine, juive, elle avait 42 ans quand je l’ai rencontrée, elle avait vécu, mené sa carrière. Et je voyais dans ses yeux une valorisation du masculin qui me stimulait.

AVEZ-VOUS, PARFOIS, VÉCU LA FAMILLE SERVAN-SCHREIBER COMME UNE PESANTEUR ?

Non, et je n’ai jamais été « contre ». Jean-Jacques était l’aîné de mes quatre frères et sœurs, il dominait tout ce monde, mais il y avait entre nous une importante différence d’âge. Comme j’étais le dernier, on me fichait la paix, je ne les avais pas sur le dos. En plus, je suis né après trois filles et, comme chez mes parents il était plus important d’avoir des garçons, j’ai été très choyé.

LES VÔTRES VOUS ONT INVESTI DU RÔLE DE PATRIARCHE. QUE SUPPOSE-T-IL ?

D’avoir un biais favorable pour tous. J’écoute, je me sens un peu responsable de notre unité familiale. J’ai pu construire des maisons pour mes filles autour de la mienne dans le Luberon. Du coup, tous leurs enfants se sont retrouvés là, chaque été depuis leur naissance. Mes parents avaient fait la même chose en Normandie, c’est un creuset irremplaçable. Des vacances partagées dès l’enfance créent des liens qui durent au-delà des parents et grands-parents. Cette démarche a constitué une dépense d’énergie, d’argent, mais c’est là que j’ai investi, j’en ai fait une « œuvre ».

QU’AVEZ-VOUS RÉUSSI ? ET RATÉ ?

J’ai contribué à rendre quelques personnes heureuses, et c’est ce qui reste avec le temps. Certaines choses n’ont pas fonctionné, ont mal tourné, mais je les ai surmontées et j’ai reconstruit. Est-ce que ce sont des ratages ? Non, c’est la vie…

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