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Vivre en poíēsis: « Autant en emportent les guerres » de Suzanne Rafflé de Chevaniel

Présentation

« Vivre en poíēsis » La rubrique poésie créée dans notre Site en juillet dernier connait un beau succès. – ποιεῖν (poiein), poésie en grec : faire, produire, transformer de la matière en avenir. – La poïétique (du grec ποίησις / poíēsis, « œuvre, création, fabrication ») c’est l’étude des potentialités inscrites dans une situation donnée qui débouche sur une création nouvelle.

La rubrique nous a déjà permis de superbes partages avec: Homère – René Char – Boulat Okoudjava, – Louise Gluck – Marina Svetaieva – Frederico Garcia Lorca – Anna Akhmatova – Gaston Bachelard – Jean-Pierre Siméon – Corinne Morel Darleux – Michel Deguy – Sylvain Tesson ( hors rubrique ). Aujourd’hui c’est une rencontre avec Suzanne Rafflé de Chevaniel que nous vous proposons.

« Autant en emportent les guerres » narre une rencontre qui semble révéler à l’auteur son « être » même, selon la définition de la poésie de Platon: « la cause qui, quelle que soit la chose considérée, fait passer celle-ci du « non-être à l’être »

Suzanne Rafflé de Chevaniel « vit en poíēsis » et son livre en témoigne, et transforme, lui-même, la vie et la poétise. L’auteure a de beaux compagnons de voyage, Teilhard de Chardin, Sylvain Tesson…

L’immobilité propice au jaillissement des souvenirs enfouis

Lors d’une invitation fin 2019 à La Maison de la Poésie à Paris , Sylvain TESSON Prix Renaudot pour le roman La panthère des neiges et Prix Médicis de La Nouvelle expose devant un auditoire conquis,   « l’art de la patience  de l’attente , l’espérance pour une apparition »,  un accomplissement: Cette immobilité propice au jaillissement des souvenirs enfouis, éteints parfois ; Notre vie intérieure.

« Tu ne chercherais pas si tu n’avais pas trouvé »

C’est cet exercice auquel Suzanne Rafflé de Chevaniel s’est livrée au cours du printemps 2020 dans le temps arrêté du confinement prescrit par la crise sanitaire mondiale. « Tu ne chercherais pas si tu n’avais pas trouvé » postule  PASCAL dans ses Apostrophes. Penseur de référence pour Suzanne.

Le roman livré « Autant en emportent les guerres » est inspiré par cette patience, cet accomplissement par l’écriture. Quelle récompense ainsi offerte à l’auteur; Et au lecteur qui, au fil des pages, est transporté dans un voyage dans un monde en feu et entre les grandes villes meurtries par la guerre. L’auteur meurtri par les séparations, et au final transformé en son être même par la beauté du souvenir.

L’exigence d’un hommage à May

L’auteure aime à se situer « à l’automne de sa vie ». Une saison qui pourrait être empreinte de forte mélancolie si Suzanne RAFFLE de CHEVANIEL, animée les enthousiasmes de la vie, ne s’était pas attelée à l’écriture, à l’exigence d’un hommage à May – l’amie merveilleuse – dont Héva – l’auteure – fera connaissance l’école par un jour glaciale de l’hiver 42 à Vichy . Un livre d’un sincérité époustouflante servie par la musicalité des mots.

Un premier livre primé, écrit en 1999…publié sans modification en 2017

Elle avait déjà publié un livre qui a connu un beau succès. Ecrit en  1999Publié en 2017,  sans rien en changer, comme un défi au temps. Ce premier roman « Les Cigales d’amour  » fut primé en 2017 par l’académie des médecins écrivains.

Un triple hommage à l’amitié indélébile, à la mère à la paix

Avec « Autant en emportent les guerres », Suzanne RAFFLE de CHEVANIEL c’est autre chose. Elle rend un triple hommage à l’amitié indélébile, à la mère à la paix. Ce qui en fait un ouvrage universel où l’on côtoie Héva et May, Sénèque et Hobbes, Galtung et Passy, Chirico ou Hopper, et également Malala Yousafzai, Dolto, Orsenna.

Mais c’est avant tout un livre de cœur, de sincérité, de témoignage authentique, de réflexion et d’intimité.

Le lire vous emportera dans le temps et dans l’espace. En attendant…prenons connaissance du superbe texte qu’elle a rédigé pour ses lecteurs sur la genèse de son livre « Autant en emportent les guerres ».

C.R. et T.L.

Pourquoi j’ai écrit ce livre

« En publiant mon livre « Autant en emportent les guerres », je n’avais pas l’intention de présenter un roman littéraire. Bien au contraire. Je suis parvenue à l’automne de ma vie : saison active des grands mouvements de fond où sont cristallisés des souvenirs existentiels inaltérables. J’ai ressenti l’impérieuse nécessité de revivre ce temps suspendu et de faire partager une expérience intime de ma petite enfance : ma rencontre avec l’altérité, l’autre May, la petite héroïne.

Je l’ai écrit avec le langage du cœur au plus près de la réalité. C’est celui qui incarne le plus charnellement les émotions dans les mots et le fait vibrer. C’est celui que je maitrise le mieux. Il m’a éloigné du syndrome de la page blanche, tant redouté des auteurs. Je l’ai ciselé tel un artisan d’art pour le rendre le plus vivant possible. Cette lutte du corps aux mots (maux) je l’ai approfondie durant le premier confinement dans une introspection quelques fois douloureuse. Évasion souhaitée inconsciemment pour échapper à un quotidien surréaliste aux couleurs d’un tableau métaphysique à la Chirico ou Hopper. Je suis redevenue Héva, face à un auditoire invisible, à l’écoute mystérieuse connectée au fil de l’histoire.

Mon livre est le récit autobiographique de cette rencontre en miroir d’Héva, et de May, aux antipodes l’une de l’autre, sous l’occupation à Vichy de 1942 à 1946, durant la seconde guerre mondiale. Je l’ai enrichi de photos et de documents tirés de mes archives personnelles.

Deux temporalités s’entremêlent : celle des années tragiques et noires du cataclysme mondial, toile de fond ; et celle qui s’inscrit sur l’horloge du royaume enchanté des deux fillettes. Nous basculons dans cet univers, grâce à leur innocence, leur langage, leur imagination salutaire et envoûtante. Nous touchons au merveilleux d’un conte.

Dans ce contexte, peut-être pourrait-on suggérer le cas de la résilience enfantine.

Mon ouvrage est un hommage vibrant :

– à l’amitié indélébile où la mort prématurée est encore source de vie, à la jeunesse et à l’enfance

– un poème reconnaissant à la mère en arrière-plan, vestale d’un foyer chrétien recueilli dans la prière et l’espérance

– c’est une ode à la paix.

L’Histoire nous enseigne hélas que les guerres jalonnent notre humanité dans un flux et reflux incessants. La pensée préchrétienne de Sénèque « Homo sacra res homine » est balayée quelques siècles plus tard par celle de Thomas Hobbes.

Il écrit dans le « Léviathan » au XVIème siècle, « à l’état naturel l’homme est un loup pour l’homme », anthropologie fondée sur la guerre.

De notre siècle qui a connu les pires crimes de guerre, l’impensable avec le génocide contre l’humanité retenons le nom du grand économiste suédois contemporain John Galtung. En 1964, il a fondé l’irénologie, la science de la paix, très en retard sur la polémologie, la science de la guerre, au service des militaires et de la sécurité.

Ses recherches ont largement inspiré la Charte des nations Unies entrée en vigueur en octobre 1945, notamment l’article 55. On parle du droit à la paix. Utopie des peuples ?

Le sujet est éminemment moderne, évoluant de la culture de la paix au service du droit à la paix, puis du droit des peuples à la paix.

On a même créé en 1901, le prix Nobel de la paix. Le premier honoré fut le français : Frédéric Passy surnommé l’Apôtre de la paix « en reconnaissance de son idéal de la réconciliation entre les peuples ». « Le monde est fait d’utopies réalisées. L’utopie d’aujourd’hui est la réalité de demain ».

La plus jeune à le recevoir fut Malala Yousafzai âgée de 17 ans en 2014. Militante pakistanaise des droits des femmes, le monde entier condamna l’attaque dont elle fut victime au Pakistan en 2012 par les talibans. Elle devint le symbole international de la lutte pour l’éducation des filles. Son action inlassable aboutit à une loi sur le droit à l’éducation dans son pays, devenue gratuite et obligatoire.

« Autant en emportent les guerres »

Le destin singulier de May décédée en 1946 sans avoir revu son pays, m’a paru relever d’une mémoire plus universelle : « Qui sait du désert celui qui ne connait que le grain de sable ? » interroge Erik Orsenna. Cela nous met sans complaisance sur la voie d’une réflexion philosophique globale sur le thème récurrent de Feux et Destins touchant l’avenir des peuples dont la première dimension est la dimension sacrée humaine.

Alors, délestés de nos préjugés quelques fois confits, allons sur les pas d’Héva et de May, jouer dans la cour des Mille et Une Nuits. Changeons de paradigme le temps de la récréation.

« L’enfance est le sommeil de la raison ». C’est peut-être dans leur enfance, que les tous petits sont les plus grands, a-t-il été dit en conclusion d’une émission récente sur Françoise Dolto, pédopsychiatre. »

Suzanne RAFFLE de CHEVANIEL

Quelques éléments biographiques  

L’auteure est Cévenole d’origine protestante.

Elle vit, pendant la guerre, de superbes événements qu’elle narre dans son dernier livre. En 1946, petite fille, elle part dans le cadre familial avec ses deux sœurs, en Égypte, Syrie, Liban, et découvre en sortie de guerre, la magie du Moyen-Orient.

Elle restera toute sa vie marquée par ce premier voyage: le goût des échanges et des amitiés internationales.

Elle a fait une carrière de chirurgien-dentiste, participé au Comité International d’Éthique de l’Unesco à Paris, aux Pays-Bas, à Monaco.

Membre du Groupement Mondial des Écrivains Médecins, elle intervient aux congrès mondiaux où elle présente ses communications.

Encouragée à affirmer sa plume littéraire, elle décide de publier son  premier roman – Cigales d’amour –, qui sommeillait dans un tiroir depuis 1999.  Une  façon à elle de s’inscrire dans le cycle de la vie et de se réinventer grâce à l’écriture, sa dernière (?) passion.

Son second roman Autant en emporte les guerres, est paru en cet automne 2020. Les Editions Persée.

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