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Mise en scène totale et désespérée d’une confiscation médiatisée: « L’empoisonnement de la démocratie française ».

Mise en scène totale et désespérée d’une confiscation DE LA DEMOCRATIE

Nous assistons à une confiscation du débat politique dont les médias font leur spectacle, comme on l’a vu avec les deux animateurs drapés en journalistes – lors du débat télévisé – « défendant et illustrant » une opposition autant artificielle que diabolique entre deux formations minoritaires dans le pays.

Voir notre publication d’hier:

La politique française se résume-t-elle à une opposition LREM-RN ? / A l’est de l’Europe: sale temps pour la démocratie? https://metahodos.fr/2021/02/15/la-politique-francaise-se-resume-t-elle-a-une-opposition-lrem-rn-a-lest-de-leurope-sale-temps-pour-la-democratie/

On peut lire sur France Info: «  » »Impossible d’y échapper depuis une semaine, les ténors de la majorité se déploient, partout, pour attaquer la candidate du Rassemblement national. Et cela ne doit rien au hasard.

«  » » »Ces jours-ci, Marine Le Pen est la cible privilégiée des soutiens d’Emmanuel Macron. « Ennemie de la République » pour Christophe Castaner, le patron des députés d’En Marche, « menteuse incompétente » aux yeux du ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, « Marine Le Pen est dangereuse pour notre pays », martèle Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement. 
Ces attaques coordonnées ne doivent rien au hasard. Il y a le feu en Macronie ! L’étincelle, ce sont deux sondages parus dans la presse. L’un dans Le Figaro : 70% des Français ne souhaitent pas revivre un second tour Emmanuel Macron / Marine Le Pen. L’autre dans L’Opinion, qui prédit que si l’affiche se présente à nouveau, Emmanuel Macron l’emportera de justesse, avec 52% des voix seulement.

«  » »Certes, la méthodologie du sondage pose question, et le second tour, prévu dans quinze mois, est encore très loin. Et pourtant, ces deux enquêtes affolent l’Elysée : à 52%, la victoire est étriquée donc incertaine. Et Emmanuel Macron n’apparaît plus comme le mieux placé pour éviter une Marine Le Pen à l’Elysée.

La crainte du prochain sondage

«  » »L’analyse est partagée tant du côté d’En Marche, que chez Les Républicains, Europe Ecologie-Les Verts, et par Marine Le Pen elle-même ! La suite ? « En toute logique, explique un stratège, un sondage posera cette question : qui est le mieux placé pour faire barrage au Rassemblement national ? »

«  » »Si les Français ne répondent pas massivement « Emmanuel Macron », alors toutes les cartes sont rebattues pour 2022. « Celui qui apparaîtra comme le meilleur rempart à Le Pen s’envolera dans les intentions de vote », théorise un proche de Xavier Bertrand. « Le président sera en chute libre dans les sondages et les courbes s’inverseront », prédit un autre. Auquel cas la capacité même d’Emmanuel Macron de se représenter sera questionnée. « D’où l’agitation du côté d’Edouard Philippe », glisse en privé Marine Le Pen.

«  » »Ce scénario, Emmanuel Macron veut l’éviter. Il faut donc faire du bruit et taper fort pour saturer les fréquences médiatiques. Ne laisser aucun espace pour que d’autres voix ou d’autres candidats lui ravissent la place de rempart anti-Le Pen. Et précipitent sa chute dans les enquêtes d’opinion. » » »

Pour Maxime Tandonnet, dans le Figaro,

le débat télévisé de jeudi dernier entre Gérald Darmanin et Marine Le Pen, illustre une confiscation de la politique médiatique nationale par le duo RN/LREM. Un duo pourtant loin d’être représentatif de la réalité politique de la France profonde.

Fin observateur de la vie politique française et contributeur régulier du FigaroVox, Maxime Tandonnet a notamment publié André Tardieu. L’incompris (Perrin, 2019).

Des manœuvres politiciennes sans précédent

«  »Le débat du jeudi 11 février entre M. Darmanin, pour la majorité présidentielle et Mme le Pen candidate RN aux élections présidentielles ne peut pas être analysé comme une simple anecdote de la vie politique française. Il fut bien au contraire un événement significatif dans la préparation des prochaines élections présidentielles. Rarement, dans l’histoire politique récente de ce pays, le jeu des manœuvres politiciennes n’avait atteint un tel degré de perfection. » »

Une alliance objective entre lepénisme et macronisme

«  »Cet échange exprimait ainsi une alliance objective entre lepénisme et macronisme, les deux formations politiques du «nouveau monde», opposées à celles de «l’ancien monde» qui se reconnaissent encore dans le clivage droite/gauche. Ces deux courants, dominants dans les sondages, consacraient ainsi une sorte de «Yalta*» de la politique française en leur faveur. M.Darmanin, se permettait même de donner des conseils à Mme le Pen pour le débat présidentiel, anticipant sur le second tour considéré comme inéluctable le Pen/ Macron en vue de la réélection probable de ce dernier. » »

Une manipulation décomplexée

«  »Une droite nettement majoritaire sur le terrain, une gauche solide, LREM et RN ultra-minoritaires dans les urnes: le triomphe du «nouveau monde» ne serait-il qu’une gigantesque mystification? Les deux courants qui prétendent au monopole de la représentativité politique n’atteignent même pas à eux deux 6% des suffrages nationaux! Au-delà de la particularité locale du scrutin, la faiblesse de leurs deux scores reflète la fragilité de leur implantation dans l’opinion. » »

ARTICLE

L’empoisonnement de la démocratie française

Maxime Tandonnet 15 02 2021 FIGARO

Le débat du jeudi 11 février entre M. Darmanin, pour la majorité présidentielle et Mme le Pen candidate RN aux élections présidentielles ne peut pas être analysé comme une simple anecdote de la vie politique française. Il fut bien au contraire un événement significatif dans la préparation des prochaines élections présidentielles. Rarement, dans l’histoire politique récente de ce pays, le jeu des manœuvres politiciennes n’avait atteint un tel degré de perfection.

En effet, par un formidable contre-pied historique, le contradicteur de Mme le Pen, au nom de la majorité présidentielle, accordait pour la première fois un véritable label d’honorabilité à la présidente de ce parti en lui reprochant sa «mollesse» et son manque de «dureté».

De fait, ces formules confortaient la stratégie de dédiabolisation de Mme le Pen en balayant l’image d’extrémisme qui s’attache à ce parti depuis 50 ans. L’objectif évident de cette étonnante pirouette: consacrer Mme le Pen comme la principale opposante officielle du président Macron, candidat à sa réélection. En effet face à cette dernière, l’équipe dirigeante au pouvoir mise, sans doute à juste titre, sur le fait qu’une majorité de Français choisira in fine la continuité contre le risque de l’aventure et du chaos.

La candidate du RN a de son côté saisi la main tendue. Échange de bons procédés: «J‘ai lu votre livre [sur l’islamisme] avec beaucoup d’attention. Et à part quelques incohérences, j’aurais pu le signer, ce livre». Mme le Pen, à la stupéfaction générale, accordait ainsi à l’ouvrage d’un membre imminent de la majorité présidentielle un brevet de fermeté

Un abîme s’est creusé entre la confiscation de la politique médiatique nationale par le duo et la réalité politique de la France profonde.

Cet échange exprimait ainsi une alliance objective entre lepénisme et macronisme, les deux formations politiques du «nouveau monde», opposées à celles de «l’ancien monde» qui se reconnaissent encore dans le clivage droite/gauche. Ces deux courants, dominants dans les sondages, consacraient ainsi une sorte de «Yalta*» de la politique française en leur faveur. M.Darmanin, se permettait même de donner des conseils à Mme le Pen pour le débat présidentiel, anticipant sur le second tour considéré comme inéluctable le Pen/ Macron en vue de la réélection probable de ce dernier.

Au-delà d’une habileté électorale indéniable et partagée, cette convergence entre les deux courants, lepénisme et macronisme, n’est pas sans fondements objectifs. Tous deux sont nés d’un reniement (l’ancien FN d’une part, le parti socialiste de l’autre). Tous deux ont développé un culte de la personnalité exacerbé excédant tout ce que la Ve République a connu en termes de personnalisation du pouvoir. Tous deux doivent leur succès au goût des provocations et des coups médiatiques. Tous deux réhabilitent des postures idéologiques exacerbées qui écrasent le monde des réalités («mondialisme post frontières» contre «néo-nationalisme»).

Cette alliance objective porte à son paroxysme la tragédie démocratique française. Un abîme vertigineux s’est creusé entre la confiscation de la politique médiatique nationale par le duo ainsi constitué et la réalité politique de la France profonde.

Le résultat national des dernières élections municipales de 2020, en termes de rapports de forces politiques, souligne que dans ses profondeurs, le pays rejette catégoriquement l’emprise de ce nouveau cartel. Huit mois après le scrutin, les chiffres viennent (enfin) d’être rendu publics grâce à la détermination de M. le député Olivier Marleix, révélés par le Figaro. Ils sont absolument sidérants au regard du rabâchage sondagier sur l’écrasante suprématie lepéniste et macroniste dans les intentions de vote.

Les deux courants qui prétendent au monopole de la représentativité politique n’atteignent même pas à eux deux 6% des suffrages nationaux!

Et, même si le contexte local des municipales doit être pris en compte, ces résultats qui portent, eux, sur un vote effectif, offrent un tout autre regard sur le paysage politique français et rebattent les cartes d’un jeu que certains présentent comme définitivement plié:

2,65% à l’extrême gauche;

29, 63% à la gauche;

4,38% aux Verts;

15,98% au Centre (dont 2,22% à LREM, le parti du chef de l’État);

33, 71% à la droite;

3,33% à l’extrême droite (dont RN).

Une droite nettement majoritaire sur le terrain, une gauche solide, LREM et RN ultra-minoritaires dans les urnes: le triomphe du «nouveau monde» ne serait-il qu’une gigantesque mystification? Les deux courants qui prétendent au monopole de la représentativité politique n’atteignent même pas à eux deux 6% des suffrages nationaux! Au-delà de la particularité locale du scrutin, la faiblesse de leurs deux scores reflète la fragilité de leur implantation dans l’opinion.

Deux univers politiques parallèles semblent ainsi coexister. Le «nouveau» où s’ébat, impérial, le tandem lepénisme/macronisme, mêle les apparitions médiatiques, les jeux de posture et les combines, le matraquage télévisuel et les manipulations sondagières. Le second, celui de la politique traditionnelle sur un axe droite/gauche subsiste, presque intact, dans les profondeurs de la vie quotidienne et des réalités de terrain. Lequel des deux l’emportera à la fin?

Seuls, le niveau de lucidité et la force de caractère du peuple français en décideront. Il en va tout simplement de l’avenir de la démocratie française.

* En référence au sommet de Yalta de février 1945, consacrant le partage de l’Europe en zones d’influence.

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