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Le prétendu « barrage républicain » démasqué.

LE DEBAT DEMOCRATIQUE CONFISQUE

Prolongement de notre publication d’hier: Mise en scène totale et désespérée d’une confiscation médiatisée: « L’empoisonnement de la démocratie française » https://metahodos.fr/2021/02/16/mise-en-scene-totale-et-desesperee-dune-confiscation-mediatisee-lempoisonnement-de-la-democratie-francaise/

Notre publication d’avant hier: La politique française se résume-t-elle à une opposition LREM-RN ? / A l’est de l’Europe: sale temps pour la démocratie? https://metahodos.fr/2021/02/15/la-politique-francaise-se-resume-t-elle-a-une-opposition-lrem-rn-a-lest-de-leurope-sale-temps-pour-la-democratie/

C’est au moment où LREM lance la présidentielle en tentant de confisquer le débat dans un face à face avec le FN qui ravit les medias:

  • les sondages montrent que la notion de barrage républicain – déjà sans fondement démocratique – ne tient pas au niveau des résultats escomptés,
  • et de surcroit, le FN se pare d’un habit républicain moins dérangeant.

Suite au dernier sondage qui donne Marine Le Pen et Emmanuel Macron au coude à coude au second tour de la présidentielle de 2022, le spécialiste de communication politique Arnaud Benedetti analyse la fragilité des verrous qui permettent encore à beaucoup de tenir pour impossible la victoire du RN.

Colère de Marcheurs, félicitations de Macron… la macronie divisée après le duel Darmanin-Le Pen,

titrait le Parisien libéré.

La stratégie du ministre de l’Intérieur, qui a accusé Marine Le Pen d’être trop «molle» lors de son débat avec elle jeudi soir sur France 2, passe mal au sein de la majorité.

Dès le lendemain de l’émission, outre la correction de tir par C. Castaner, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, le prenait effectivement à rebours en précisant que Marine Le Pen était « dangereuse pour notre pays ». Tandis que de nombreux marcheurs issus des rangs de la gauche s’époumonaient sur cette stratégie très à droite de Darmanin. « Qu’il n’oublie pas que le socle électoral d’Emmanuel Macron en 2017 est à gauche, et que les sondages montrent aujourd’hui que cette base est toujours solide. Il ne s’agirait pas de les faire fuir avec ce genre de propos », s’inquiète un cadre de la majorité. Tandis qu’un baron d’En marche, proche du chef de l’Etat, dit préférer « le Gérald Darmanin qui défend avec vigueur et talent ses textes à l’Assemblée nationale, que le Gérald Darmanin qui passe à la télé pour dire que Marine Le Pen est molle ».

Gérald Darmanin – après le face à face théâtralisé – durcit, sous la pression, son vocabulaire relatif Marine Le Pen, pour faire oublier « molle » : « pas gentille », «ennemie de la République»

Sur France 2 le 11 février, le ministre de l’Intérieur avait suscité la polémique en soulignant la «mollesse» de la présidente du RN. Ce mardi matin sur RTL, Gérald Darmanin a rectifié le tir, même si son entourage assure qu’il ne rétropédale pas.« Ah non! Aucun rétropédalage, il assume! » s’étouffe son entourage en sortant du studio de RTL. Quatre jours après son débat télévisé face à Marine Le Pen, et la polémique qui a suivi après qu’ il a qualifié la patronne du Rassemblement national de « molle », Gérald Darmanin a précisé ce mardi matin le fond de sa pensée.

« C’est vrai qu’elle n’est pas gentille, c’est vrai que c’est une ennemie de la République », a-t-il lâché sur les ondes, reprenant mot pour mot la formule employée par Christophe Castaner ce week-end dans Le Parisien. Tout en ajoutant, quand même, que « ça ne suffit pas » de le dire. Manière de battre à moitié sa coulpe devant ceux qui, en interne, le soupçonnent de jouer dangereusement via les mots avec la candidate à la présidentielle… sans pour autant renier le fond de sa pensée. Voire d’enfoncer le clou.

« J’ai toujours débattu, je ne la banalise pas. Je montre qu’elle n’est pas bonne, qu’elle ne connaît pas ses chiffres, qu’elle ne connaît pas ses dossiers », a ainsi insisté le ministre de l’Intérieur, tout en estimant que les incantations anti-Le Pen ne suffisent aujourd’hui plus pour convaincre les électeurs de ne pas voter pour elle. « Ce qui est sûr, c’est que l’argument moral contre le Front national ne suffit pas. Des millions de gens votent pour Marine Le Pen, elle est au second tour de la présidentielle comme son père la première fois que j’ai voté, ça fait désormais 20 ans. Qu’est-ce qu’on va dire ? Simplement que Marine Le Pen n’est pas gentille ? » indique Darmanin.

Décryptage de son entourage : « Dire que le FN est un ennemi de la République, oui, bien sûr. Mais ce n’est pas suffisant ! Si la stratégie de diabolisation avait fonctionné, ça se saurait et le FN n’aurait pas multiplié ses scores par trois en trente ans. »

Arnaud Benedetti est professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne. Il est rédacteur en chef de la revue politique et parlementaire. Il a publié Le coup de com’ permanent (éd. du Cerf, 2018) dans lequel il détaille les stratégies de communication d’Emmanuel Macron, ainsi que La Fin de la com’ (éd. du Cerf, 2017).

Nous vous proposons son article dans Le Figaro.

«  »C’est un non-dit, un impensé, un tabou qui tient tout à la fois d’une autocensure et d’un biais. Personne dans les milieux que l’on qualifie à la hâte d’autorisés, n’imagine un seul instant la possibilité d’une victoire de Marine Le Pen en 2022. Et pourtant, un sondage réalisé tout récemment par l’institut Louis Harris donne la présidente du RN au coude à coude avec Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle. «  »

«  »Cette hypothèse est une première, elle traduit un tournant, et confirme ce que seul Jérôme Sainte-Marie, dans son ouvrage «Bloc contre Bloc» paru voici plus d’un an, est parvenu à entrevoir. Marine le Pen n’est plus seulement banalisée, dédiabolisée, elle devient potentiellement éligible. » »

Ceux qui prétendent faire un barrage républicain sont ils démasqués ?


ARTICLE

«Face à Marine Le Pen, le barrage républicain bientôt obsolète?»

Publié le 28/01/2021 Le Figaro

C’est un non-dit, un impensé, un tabou qui tient tout à la fois d’une autocensure et d’un biais. Personne dans les milieux que l’on qualifie à la hâte d’autorisés, n’imagine un seul instant la possibilité d’une victoire de Marine Le Pen en 2022. Et pourtant, un sondage réalisé tout récemment par l’institut Louis Harris donne la présidente du RN au coude à coude avec Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle. Cette hypothèse est une première, elle traduit un tournant, et confirme ce que seul Jérôme Sainte-Marie, dans son ouvrage «Bloc contre Bloc» paru voici plus d’un an, est parvenu à entrevoir. Marine le Pen n’est plus seulement banalisée, dédiabolisée, elle devient potentiellement éligible.

Les sondages ont ceci de singulier qu’ils participent à créer un effet de réalité. Cette projection, aussi lointaine soit-elle de l’échéance à venir, crédibilise dans tous les cas l’idée de cette éventualité, en renforce la potentialité et mutadis mutandis installe la «présidentialité» de la candidate du RN.

La question qu’il faut poser n’est pas tant la viabilité de ce scénario mais les verrous qui nous empêchent de nous y résoudre

La question qu’il faut poser n’est pas tant la viabilité de ce scénario mais les verrous qui nous empêchent de nous y résoudre. Ils sont principalement de trois ordres: psychologique pour un grand nombre, social pour une partie, analytique enfin.

Le lepénisme reste la forge du marinisme aux yeux d’une grande partie des observateurs ; il demeure le souffle méphistophélique qui suscite, conditionne, un rejet tout à la fois affectif et moral. Cette très grande subjectivité relève du registre du sentiment qui, non seulement ne se résout pas, mais se cabre même à cette potentialité. Cette prédisposition est le levier et le levain de la figure du «barrage républicain», cette grande scène qui, depuis des décennies, sert de décor à un rite de réassurance collective.

À LIRE AUSSI :«Pourquoi le clivage Macron-Le Pen n’est pas identique à l’opposition Biden-Trump»

Mais les rites conservent leur force s’ils maintiennent une promesse, s’ils tiennent compte de l’investissement psychologique des fidèles lorsqu’ils se tournent vers les officiants. À chaque recommencement victorieux de la cérémonie du barrage, les officiants prophétisent une régénèrescence ou un réenchantement du corps républicain. La pratique ultérieure du pouvoir non seulement ne certifie pas cet engagement, mais tend même à accentuer la défiance entre les Français et leur classe dirigeante.

Cet interdit, injonction psycho-morale quasi religieuse, se prolonge jusque dans le champ du commentaire et de l’interprétation. Parler de cette part de réalité impossible, la scruter, ne serait-ce que l’envisager, briserait une loi du silence dont la fonctionnalité consisterait d’abord à conjurer le sort et à respecter une forme de convenance sociale au-delà de laquelle le risque est grand, pour celui qui en professe cette hypothèse, de ne plus être considéré comme membre du club de la raison… et, de facto, de perdre son brevet de fréquentabilité.

La fin d’un monde, parce qu’elle n’est pas acceptable, au plus profond de notre système de perceptions est niée , car trop lourde à assumer psychologiquement

L’évocation de l’éligibilité de Marine le Pen opère à l’instar d’une transgression tout autant de la respectabilité que de la rationalité, quand bien même y aurait-il dissociation entre la conviction et l’évaluation.

C’est à ce stade qu’il faut interroger la matière qui occulte cette hypothèse. Nous analysons, par trop souvent, le présent avec des représentations antérieurement héritées du passé. Or, ces représentations ne sont pas épargnées par l’obsolescence. Cette dernière est le signe que nous nous refusons à accepter, comme si cette perte subite de repères entraînait un abandon de tout ce qui a fondé, jusqu’à présent, notre rapport au monde et à la société.

Une paresse intellectuelle auto-protectrice

La fin d’un monde, parce qu’elle n’est pas acceptable, au plus profond de notre système de perceptions est niée, car trop lourde à assumer psychologiquement. L’inconscient résiste, le surmoi joue à plein, et nécessairement le réel se dérobe. Afin de repousser cette perspective, il ne nous reste plus qu’à nous accrocher à un biais, celui qui consiste à privilégier l’efficience de l’image au détriment de la dynamique socio-historique. Ainsi problématisons-nous la réalité en recourant aux illusions de la communication au détriment des principes de la sociologie politique.

Cette paresse intellectuelle est tout autant auto-protection qu’occultation. Parce que la marque Le Pen reste associée à son fondateur, qu’elle apparaît toujours comme «plombée» par ses origines, qu’elle est en apparence plus «populiste» que populaire, et qu’elle pourvoie à des traits d’image fortement négatifs, la probabilité de sa réussite s’inscrit dans un imaginaire de l’impossible.

Outre que cette approche exclusivement portée par un regard «communicant» sous-estime les effets de recentrage de la marque, et en conséquence de réévaluation du fond de celle-ci, elle sous-évalue la combinaison de deux phénomènes qui renforcent les conditions de succès de l’offre du RN: la démonétisation des forces de gouvernement dont le macronisme su profiter mais auxquelles il est désormais pleinement associé, et la prédominance de la tectonique sociale sur les jeux politiques qui en temps de crise totale, comme celle que la Covid génère, voit sa force «disruptive» désinhibée et décuplée.

Il se pourrait que Marine Le Pen efface les aspérités de sa genèse pour capter à son profit les sociologies dispersées de l’inquiétude et de la désillusion.

Tout l’impensé-impensable de cette configuration vient de cette substitution de la langue «communicante» en lieu et place de l’analyse socio-historique, laquelle demeure la plus pertinente pour nous aider à comprendre les temps que nous traversons.

En 1848 , la marque passablement peu prise au sérieux de Louis Napoléon-Bonaparte avait su réactiver la mémoire de l’Empereur pour agréger la dynamique sociale de son époque. À front renversé, il se pourrait que Marine Le Pen efface les aspérités de sa genèse pour capter à son profit les sociologies dispersées de l’inquiétude et de la désillusion. Une hypothèse qu’il ne faut plus forcément exorciser sur l’autel de nos croyances et autres certitudes, même si d’ici 2022 la roulette de l’histoire n’a pas fini de tourner…

À défaut d’être gravée dans le marbre , l’alerte sondagière met ainsi à mal l’argument «princeps de com» d’Emmanuel Macron qu’hors de son offre il n’y aurait pas d’autre résistance à l’ascension «populiste».

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