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Gouvernement et influenceurs (suite 1) «La ligne rouge entre propagande et communication a été franchie».

QUI INFLUENCE QUI ?

Voir la VIDEO PUBLIEE HIER:

VIDEO – McFly et Carlito – Finalement, qui influence qui ? https://metahodos.fr/2021/03/05/video-mcfly-et-carlito-mais-finalement-qui-influence-qui/

Voici un article se Mathieu Slama paru dans le Figaro, relatif au phénomène des influenceurs.

Consultant et analyste politique, Mathieu Slama collabore à plusieurs médias, notamment Le Figaro et Le Huffington Post. Il a publié La guerre des mondes, réflexions sur la croisade de Poutine contre l’Occident, (éd. de Fallois, 2016).

ARTICLE ( suite 1)

Gouvernement et influenceurs: «La ligne rouge entre propagande et communication a été franchie»

Par Mathieu Slama Publié le 02/03/2021 Figaro

En invitant des influenceurs sans aucune culture politique, le gouvernement cherche à manipuler des personnes dépolitisées.

C’est la dernière polémique qui a animé les réseaux sociaux : une influenceuse, EnjoyPhoenix, invitée par le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal à une table ronde avec quelques-uns de ses collègues, a évoqué lors du débat ses inquiétudes face à la tricherie dans les facs et les diplômes au rabais. Réaction immédiate des étudiants sur les réseaux sociaux, avec la création d’un hashtag #etudiantspasinfluenceurs, beaucoup évoquant l’indécence de propos venant d’une personne n’ayant pas connu les aléas de la vie étudiante et qui est donc déconnectée des problématiques qu’elle a évoquées lors du débat.

Cette polémique, typique du fonctionnement des réseaux sociaux, dit néanmoins quelque chose de la manière dont le gouvernement envisage son rapport avec les jeunes – et plus fondamentalement encore avec les Français. Et ce rapport n’a rien d’un rapport démocratique et tout d’un rapport infantilisant et dépolitisant.

La première remarque qui s’impose, c’est que le gouvernement a fait une faute stratégique majeure : inviter, dans une table ronde, des influenceurs déscolarisés pour parler d’un sujet qui ne les concerne pas, la précarité étudiante. Drôle d’idée qui démontre l’absence de vision, le cynisme et l’opportunisme des communicants du gouvernement, dont la seule préoccupation est d’investir les nouveaux médias sociaux et tout ce qui va avec dans l’espoir de toucher un public jeune, sans même réfléchir à la bonne manière de le faire. L’erreur est encore plus grande quand on s’arrête un instant sur la situation précaire des étudiants qui sont de plus en plus nombreux à tirer la sonnette d’alarme sur les réseaux sociaux. Les images des étudiants faisant la queue devant des locaux de distribution alimentaire devraient inviter à l’extrême prudence quand il s’agit d’aborder ce sujet.

Inviter des influenceurs à une discussion publique, pourquoi pas, mais ceux qui ont des choses à dire sur le sujet dont il est question. Dans le cas contraire, la stratégie ne peut que se retourner contre le gouvernement, et c’est ce qui s’est passé. Et comment ne pas comprendre tous ceux qui font part de leur colère sur les réseaux sociaux, quand les influenceurs invités montrent à longueur de temps sur les réseaux sociaux leur aisance financière, comme ce jeune de vingt ans qui prenait récemment la pose sur Instagram devant une voiture de luxe, avec ce commentaire : «Je me suis fait un beau cadeau pour mes vingt ans». Le décalage est aussi absurde que scandaleux. L’erreur du gouvernement est de ne pas l’avoir vu.

Inviter des influenceurs à une discussion publique, pourquoi pas, mais ceux qui ont des choses à dire sur le sujet dont il est question Mathieu Slama

Mais le problème est plus profond encore. Le gouvernement semble engagé dans une démarche très offensive vis-à-vis des influenceurs, comme en témoigne la récente opération de l’Élysée avec les youtubeurs McFly & Carlito. Il s’agit ni plus ni moins de manipuler des personnes dépolitisées, dont les publics eux-mêmes sont dépolitisés, et de profiter de leur naïveté pour faire passer des messages politiques. McFly & Carlito sont connus pour leurs vidéos décalés et humoristiques, divertissantes, destinées à un public jeune, abordant des sujets de la vie quotidienne tout en évitant soigneusement tout sujet de société ou politique. Ils ont participé, comme d’autres influenceurs, à l’«affaire du siècle» intentant un procès à l’État pour inaction contre l’urgence climatique, et ont organisé une collecte pour les infirmiers qui a été un succès.

Leur degré de politisation est donc proche de zéro, et il est évident qu’ils n’avaient pas les armes pour déjouer l’exercice de manipulation du gouvernement Macron à leur égard. Ce n’est donc pas à eux qu’il faut s’en prendre dans cette histoire. La même réflexion s’applique à EnjoyPhoenix, influenceuse dont l’activité principale consiste à promouvoir des produits de beauté ainsi que des conseils en développement personnel, et dont la conscience politique est proche de zéro, si ce n’est une sensibilité environnementale propre à sa génération (et dénuée de toute dimension politique).

Il s’agit donc ici bien davantage de propagande que de communication, et on s’étonne que personne, au sein de la majorité, n’ait pris la mesure de cette ligne rouge qui a été franchie. Il existe, en France, des influenceurs politiques, à droite comme à gauche, avec lesquels le gouvernement aurait pu organiser des échanges. Une approche plus politique aurait eu du sens, et on ne saurait reprocher à un gouvernement de chercher à sensibiliser un public jeune peu enclin à voter. Mais faire appel à des influenceurs qui n’ont aucune culture politique, et qui n’ont aucun moyen de se rendre compte de l’instrumentalisation politique dont ils sont victimes, voici une stratégie bien plus condamnable.

Il s’agit donc ici bien davantage de propagande que de communication Mathieu Slama

Quelle l’image a le gouvernement de la jeunesse d’aujourd’hui ? Pense-t-il qu’elle est réductible à cette flopée d’influenceurs souvent médiocres et superficiels, vendus aux marques et aux entreprises, dont l’activité principale consiste à se transformer en panneau publicitaire vivant ? Pense-t-il que les jeunes aujourd’hui ne s’intéressent pas à des choses plus profondes, plus critiques aussi des enjeux de société ? C’est cela le plus grave dans cette affaire, cette impression que le gouvernement prend les jeunes Français pour des imbéciles. Certes, certains influenceurs comme EnjoyPhoenix ou Léna Situations, dont la médiocrité abyssale dit quelque chose de notre époque, jouissent d’une popularité immense auprès de la jeunesse, comme toute cette génération de TikTokeurs adolescents qui sont en train de ringardiser leurs aînés tout en rivalisant avec eux dans la nullité.

Cela, nul ne le conteste. Mais elles ne sont pas les uniques sujets d’intérêt des jeunes, qui s’intéressent aussi à des youtubeurs qui produisent des vidéos éducatives intéressantes sur des sujets de société, historiques ou encore sur des questions politiques. Penser, par ailleurs, que le public des influenceurs suit aveuglément leurs idoles est une erreur qui prouve le manque de connaissance du gouvernement des habitudes des jeunes Français qui ont aussi un regard critique sur les dérives de la société du spectacle 2.0., que ce soit les influenceurs ou la téléréalité. Il suffit de regarder les réseaux sociaux pour s’en rendre compte.

Pense-t-il que les jeunes aujourd’hui ne s’intéressent pas à des choses plus profondes, plus critiques aussi des enjeux de société ? Mathieu Slama

Cet opportunisme et cette instrumentalisation sont en réalité la marque de fabrique de ce gouvernement qui n’a eu de cesse, ces dernières années, à considérer le peuple français comme une grande garderie à éduquer ou à rééduquer, envers laquelle il faut faire de la «pédagogie» de la même manière qu’on fait de la pédagogie dans une cour d’école. La gestion de la crise sanitaire en est l’exemple le plus frappant : le seul objectif du gouvernement a été de favoriser l’ «acceptabilité» des mesures prises, y compris les plus graves comme le confinement ou le couvre-feu, sans même envisager la possibilité d’un débat démocratique. Le gouvernement invoque, dans sa politique sanitaire, le bon sens et l’esprit de responsabilité, agissant comme s’il n’y avait aucune alternative possible.

Si les Français sont récalcitrants, alors il faut redoubler de pédagogie pour faire en sorte qu’ils acceptent l’inévitable. Voilà l’enjeu fondamental derrière la polémique que nous venons d’évoquer : la dépolitisation, par le gouvernement, d’absolument tous les sujets politiques, y compris les plus importants, et le recours à la propagande et à l’infantilisation au détriment du débat démocratique. À prendre les Français pour des imbéciles, la Macronie prend un risque immense, celui d’un rejet massif en 2022. Qui profitera à celle qui, silencieusement, observe le chaos se généraliser et en recueillera tous les bénéfices.

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