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LIRE « LA RECONNAISSANCE. HISTOIRE EUROPÉENNE D’UNE IDÉE » Axel Honneth.

L’attente réciproque d’un traitement d’égal à égal 

Si le nom du philosophe allemand Axel Honneth est, comme le rappelle Le Monde, indissolublement lié au concept de reconnaissance (Anerkennung), c’est parce que ce lecteur d’Hegel et de Michel Foucault, ce progressiste qui veut redonner souffle et vie aux idées de gauche, en particulier socialistes, entend extirper l’économisme qui en a réduit la portée.

Sa critique du capitalisme en sa figure néolibérale s’opère donc à l’aide de cette notion dont les applications sont pour lui autant sociales que morales.

« Reconnaître » signifie en effet que « chaque rencontre intersubjective est marquée par l’attente réciproque d’un traitement d’égal à égal ».

Dans son nouvel ouvrage, La Reconnaissance, fruit de conférences prononcées à Cambridge en 2017, il se consacre à l’archéologie philosophique de ce thème majeur. Par la clarté et la subtilité avec laquelle il découvre des usages présents de systèmes du passé, ce livre court et dense peut servir d’introduction à l’une des pensées les plus fécondes d’aujourd’hui.

Une idée européenne

Selon Axel Honneth, l’idée de reconnaissance préexiste à sa désignation, laquelle ne devient effective qu’au début du XIXe siècle dans l’idéalisme allemand, en particulier chez Fichte et Hegel. Cette constatation transforme la reconnaissance en idée européenne, puisqu’il en repère des modèles avant la lettre tant dans le contexte d’expression française, notamment chez Jean-Jacques Rousseau, que dans la philosophie écossaise du XVIIIe siècle, chez David Hume puis Adam Smith. L’exploration vers l’amont permet à Axel Honneth de dégager trois types de reconnaissances, chacun dépendant du contexte culturel dans lequel il s’enracine.

« LA RECONNAISSANCE. HISTOIRE EUROPÉENNE D’UNE IDÉE », Axel Honneth

Mensuel N° 334 – Mars 2021 Sciences Humaines – Thierry Jobard

Héritier de l’école de Francfort, Axel Honneth poursuit la tâche de critique de la philosophie sociale inaugurée par ses prédécesseurs. Bien connu pour avoir remis au goût du jour la notion hégélienne de reconnaissance, il revient dans ce livre « LA RECONNAISSANCE. HISTOIRE EUROPÉENNE D’UNE IDÉE » sur la carrière de cette notion dans les trois traditions de pensée française, anglaise et allemande. La reconnaissance, c’est-à-dire le respect de la singularité de chacun au sein d’une « communauté de coopération », est en tout état de cause le fondement d’une pratique démocratique.

Mais selon les pays où le concept a fait sa place, l’attitude des penseurs n’a pas été la même. Le contexte dans lequel la problématique a émergé varie dès l’origine. Selon qu’il s’agit, en France, de l’amour-propre et du regard porté par autrui dans la construction de soi, ou bien, outre-Manche, de l’insertion de l’individu dans une société porteuse de normes morales auxquelles se conformer, les philosophes jugeront différemment des bienfaits de la reconnaissance.

En France, elle sera davantage perçue comme pouvant perturber la constitution de l’individu en favorisant des attitudes artificielles (La Rochefoucauld, Rousseau, Sartre, Althusser). En Grande-Bretagne, avec Hume, Adam Smith ou John Stuart Mill, c’est le conflit entre intérêt personnel et lien social qui a retenu l’attention des penseurs. La problématique reste d’ailleurs actuelle. Chez les penseurs allemands, qui ont porté à son plus haut degré la réflexion sur le besoin de reconnaissance (Hegel), c’est en tant que « capacité à l’autodétermination rationnelle » que ce dernier s’exauce.

Est-il possible, se demande A. Honneth, d’articuler ces trois traditions d’une façon qui ne soit pas artificielle ? Non seulement la possibilité est là, mais aussi la nécessité. En effet, la reconnaissance, aujourd’hui, pour les Européens, implique « qu’ils se reconnaissent réciproquement l’autorité de décider par eux-mêmes si les normes collectivement appliquées méritent d’être approuvées ». Il y va de la constitution d’un « bien commun européen » dont l’urgence se fait sentir face à un monde où la négation de l’égalité de l’autre ne fait que s’exacerber. 

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