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EFFONDREMENT SYSTÉMIQUE DU DÉBAT. AVEC JEAN-MARC SAURET.

EFFONDREMENT, ANTHROPOCÈNE, COLLAPSOLOGIE…

Autant de mots consacrés à la vulnérabilité de notre civilisation, à la perception d’un processus menant possiblement à son effondrement et à ce qui pourrait advenir.

D’abord cantonné dans un petit cercle, le sujet, popularisé par certains ouvrages comme ceux  de Jared Diamond et Pablo Servigne/Raphaël Stevens, s’est propagé dans le débat public.

Effondrement du climat, de la biodiversité, du monde, de la civilisation…de la démocratie aussi qui doit rester le processus central qui permet les diagnostics, les scénarios d’action, les décisions, leur mise en oeuvre…

Alors que le débat est au cœur de la démocratie ( comme principe même qui permet la décision politique et sa mise en œuvre ), qu’il est indispensable pour faire face à des crises et à l’effondrement de la démocratie, il est lui même en effondrement; Effondrement systémique.

LE DÉBAT POUR FAIRE FACE À L’EFFONDREMENT SOCIÉTAL : UNE TRIBUNE DE 400 SCIENTIFIQUES

« Que les décideurs politiques ouvrent le débat sur l’effondrement de la société pour que nous puissions commencer à nous y préparer », lit on dans une tribune de 400 scientifiques d’une vingtaine de pays.

Un débat public sur la menace de l’effondrement est indispensable afin de pouvoir en réduire la probabilité, la rapidité, la gravité et les dommages infligés aux plus vulnérables comme à la nature, relèvait dans une tribune au « Monde » de décembre 2020, un collectif de plus de 400 scientifiques.

Texte de la Tribune« Nous sommes des scientifiques et universitaires de plus de vingt pays et nous appelons les décideurs politiques à s’engager ouvertement face au risque de bouleversements, voire d’effondrement, de nos sociétés. Cinq ans après l’accord de Paris de 2015 sur le climat, nous n’avons pas réussi à réduire nos émissions de carbone, et nous devons maintenant faire face aux conséquences.

S’il est essentiel d’agir avec courage et équité pour réduire les émissions et réabsorber naturellement du carbone, nombreux sont les chercheurs qui considèrent désormais l’effondrement de la société au cours de ce siècle comme un scénario crédible. Les avis diffèrent sur le lieu, l’étendue, la date, la durée et la cause de ces bouleversements ; mais la manière dont les sociétés modernes exploitent les hommes et la nature est une préoccupation commune à tous

Il faut que les décideurs politiques ouvrent le débat sur cette menace d’effondrement de la société pour que nous puissions commencer à nous y préparer et à en réduire la probabilité, la rapidité, la gravité et les dommages infligés aux plus vulnérables et à la nature. Les armées de plusieurs pays considèrent déjà l’effondrement comme un scénario crédible, nécessitant une planification.

Un sujet qui n’est pas traité équitablement dans les médias

Des enquêtes publiques montrent qu’une partie importante des populations anticipent désormais l’effondrement de la société. Malheureusement, c’est déjà le quotidien ou même l’histoire de nombreuses communautés du Sud. Cependant, le sujet n’est pas traité équitablement dans les médias, et est largement absent de la société civile et de la politique.

Lorsque les médias abordent le thème du risque d’effondrement, ils citent généralement des personnes qui jugent négativement le fait de discuter de ce sujet. Les spéculations fondées sur de mauvaises informations, comme celles citant des campagnes de désinformation venant de l’étranger ou des répercussions sur la santé mentale et la motivation, ne favorisent pas une discussion sérieuse.« 

CONTRIBUTION DE JEAN MARC SAURET

Jean marc Sauret, est un de nos « éclaireurs » très appréciés des lecteurs et contributeurs de metahodos. Il nous permet la publication régulière d’articles qu’il publie sur son Blog ( voir lien en fin d’article vers son Blog et son dernier article sur notre site)

L’auteur apporte ici sa contribution sur l’effondrement du débat.

ARTICLE DE JEAN MARC SAURET

L’effondrement de la qualité du débat est systémique

30 mars 2021 

Combien de fois avons-nous entendu des personnes se plaindre que le débat social ou démocratique est confisqué. Qu’il soit politique ou sociétal, dans les médias et les assemblées, il est bien souvent une foire d’empoignes, pour le moins confus, voire même inexistant. Il faut juste nous rendre compte que l’effondrement de la qualité du débat dans notre société occidentale est systémique. Il me semble très simple et très juste de dire que nous sommes passés du débat raisonnable (modernité) à l’affrontement d’opinions (postmodernité) où les règles ne sont pas les mêmes (néolibéralisme). De quoi s’agit-il ?

Nous sommes passés au cours des années quatre-vingt progressivement de la modernité, caractérisée par son ancrage dans la rationalité et l’individu autonome, à la postmodernité caractérisée par un ancrage dans l’émotionnel et la construction sociale en tribus. Le fondement de la modernité était « l’ouvrage » (le travail) pour une société meilleure à venir, pour un temps lointain, le fameux temps des cerises, dans une structure verticale. Ici l’identité était celle de la place sociale, là où justement l’habit fait le moine, ce lien, ou lieu d’où le pouvoir découle, et que l’on trouve ancré dans l’œuvre réalisée et son témoignage.

La postmodernité n’a pas cette structure ordonnée que lui a conférée la montée du néolibéralisme, qui transforme le citoyen en consommateur. Ainsi le liant des tribus est un ambiant dans un ici et maintenant exclusif. Lesdites tribus se constituent autour d’outils du commerce, comme une marque de smartphone, un autre objet de consommation ou un réseau social. Tout se vit dans une immédiateté gloutonne et dévorante.

Mais ce temps néolibéral, dionysiaque, égocentré, jouisseur et esthète, n’est pas le dernier. Arrive maintenant un temps d’après que l’on qualifiera d’alternation culturelle, voire d’ère quantique. Ses quatre variables fondamentales sont un pragmatisme intuitif, un collectif de personnes engagées organisées en réseaux et reliées par ceux-ci variables, non clos et interconnectables. Ils ne sont ni tournés vers un lointain futur meilleur, ni seulement sur un ici et un maintenant, mais ils vivent dans une intemporalité. En deux mots, on pourrait les comprendre dans cet échange conversationnel : 

  • Que  faites-vous ?
  • Une cathédrale !
  • Mais c’est pour quoi et pour quand ?
  • Pour ceux qui s’en serviront et quand elle sera finie…
  • Mais qui dirige le chantier ?
  • Nous… C’est untel et une telle qui avaient une certaine idée. On l’a fait…

Cependant ces trois temps, modernes, postmodernes et alternants culturels, ne se succèdent pas. Ils s’ajoutent, se juxtaposent et s’articulent. La postmodernité, ce mouvement d’ultra-consommation néolibérale, n’est pas arrivée en chassant la modernité en clamant : « Du balai la modernité ! C’est à nous maintenant ! »

Bien que la tentation soit grande en néolibéralisme et que l’exclusion de tout ce qui n’est pas de la tribu soit un désir profond de pratique, les oppositions de comportements entre modernes et postmodernes sont là et bien là. Ils ont bien du mal à se comprendre et s’articuler sereinement leur est impossible. Deux mondes s’affrontent, l’un rationnel et raisonnable, l’autre émotionnel et d’egos forts, de clients rois.

Le mode relationnel des alternants culturels est très pragmatique. Ce qui les dirige est l’œuvre. Donc les rencontres se font sur la considération que chacun détient une promesse pragmatique, une capacité et une volonté, une vision de l’œuvre singulière. Nous sommes là dans une anarchie humaniste où il n’y a pas de chef, un mot dont ils ont d’ailleurs une sainte horreur. Regardez ce qu’étaient les « Nuits debout », ce que sont les « Anonimus », « Podémos », les « Partis pirates » ou les « Gilets jaunes ». Connaissez-vous leurs chefs ? Non. Ils n’en ont pas et n’en veulent pas. Connaissez-vous leurs porte-parole ? Non plus, ils n’en ont pas et n’en veulent pas. Il s’agit de collectifs cohésifs sur l’action et l’œuvre où le comment se construit pas à pas.

Voilà pourquoi les gouvernants issus de la modernité et acculturés postmodernes, ne peuvent pas parler avec eux. Ils n’y arrivent pas car ils attendent de ces groupes sans chefs (mais humainement très structurés par des désirs et des visions) qu’ils soient des partis, des syndicats, des organisations tutorées. Chez les modernes, on parle entre chefs responsables. Chez les postmodernes, on parle de soi à soi, détenteurs de « vérités évidentes ».

Autant les modernes tiennent des discours de raison, et c’est justement ce qui a « inventé » le débat. Autant les postmodernes tiennent des propos d’opinion où la forme emporte le fond. Ici la théâtralisation et l’émotion tiennent lieu d’échanges. S’il y a accord sur les représentations, tout va bien. S’il y a désaccord, alors les recours à la violence, à l’anathème, à l’exclusion radicale fusent. Nous sommes dans deux champs conversationnels totalement incompatibles.

Et qu’en est-il du mode relationnel des alternants culturels ? Fluide et pragmatique, car chacun sait que chacun a sa représentation cosmogonique, que chacun a ses objectifs et ses projets, et que personne ne fera sans le concours des autres. Seul, tu meurs ! Point…

Dans ces conditions, les postures sont paisibles et à l’écoute (ce qui exaspère les postmodernes). Et si l’opportunité d’une collaboration émerge, alors elle se fait naturellement. Pas de heurt, pas de ton qui monte, pas de chamaillerie, juste une écoute active et des tentatives continues d’accordage des acteurs, car la « vérité » est plurielle et se co-construit. (Là, les postmodernes explosent et s’énervent car ils ne perçoivent qu’une seule vérité : la leur).

Ainsi, si la modernité est une société d’individus-sujets, la postmodernité de personnes épidermiques, les alternants culturels constituent bien une collectivité d’acteurs.

Voir la dernière publication de J.M. Sauret sur metahodos:

L’Art, cet autre langage pour prospecter le réel…https://metahodos.fr/2021/03/07/lart-cet-autre-langage-pour-prospecter-le-reel/

VOIR LE BLOG DE J.M. Sauret:

https://jmsauret-managerconseil.blogspot.com/2021/03/leffondrement-de-la-qualite-du-debat.html?m=1

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