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FUITES DANS LES MÉDIAS, ANNONCES DIVERSES, ÉLÉMENTS DE LANGAGE… GÉRER UNE CRISE SANS ÉTHIQUE, SANS DÉMOCRATIE, SANS EFFICIENCE ?

ELEMENTS DE LANGAGE, FUITES, ANNONCES D’ANNONCES…OU COMMENT OCCUPER LE TERRAIN MÉDIATIQUE

Nous avons régulièrement relevé le mode de communication de l’exécutif Français – qui a souvent pris le pas sur l’action – mis en œuvre dans la gestion de la crise: Il s’agit notamment des annonces régulières de conférences de presse à un horizon de 10 à 15 jours, et pendant ce laps de temps les médias sont alimentés par des fuites, indiscrétions, mieux des éléments de langage, repris avec gourmandise par la presse qui perd tout recul, tout esprit critique et tout goût d’enquête.

Deux paris ont été perdus par le président qui avait pris à témoin la presse et les citoyens : un troisième confinement s’est imposé à lui, premier pari en échec. Le déconfinement annoncé pour la mi mai est retardé en raison des erreurs de prévision sur une pandémie qui reste vive, second pari perdu,. Le déconfinement est retardé et sera très progressif. Il sera de surcroit à géométrie variable, y compris avec des durcissements territoriaux si nécessaires.

LA FABRIQUE DE L’OPINION

L’efficience d’une telle tactique n’est pas prouvée. cette accumulation d’annonces diverses et vairées des différents acteurs a créé la confusion et rompu la confiance. Elle est inacceptable sur le plan éthique s’agissant de santé. Elle est anti démocratique.

Nous vous proposons, pour illustrer notre propos, un article diffusé par The Conversation.

Voici comment s’ouvre l’article de Mylène RATELLE Professeure et Chercheuse à l’Université de Waterloo en Ontario (Canada) dont nous vous proposons la lecture.

« Avez-vous remarqué que les conférences de presse du gouvernement sont souvent précédées d’un « scoop » dans les médias sur les nouvelles mesures sanitaires qui seront annoncées ? Sans rien enlever au travail d’enquête des journalistes, il est plus probable qu’il s’agisse d’informations divulguées par le gouvernement afin de prendre le pouls de la population. « .

L’article évoque le Québec, l’Allemagne, l’Italie également.

ARTICLE

FUITES DANS LES MÉDIAS : UNE TACTIQUE DISCUTABLE DE GESTION DU RISQUE EN SANTÉ PUBLIQUE

21 avril 2021 – THE CONVERSATION – Mylène Ratelle Adjunct Professor, School of Public Health and Health Systems, University of Waterloo

Avez-vous remarqué que les conférences de presse du gouvernement sont souvent précédées d’un « scoop » dans les médias sur les nouvelles mesures sanitaires qui seront annoncées ? Sans rien enlever au travail d’enquête des journalistes, il est plus probable qu’il s’agisse d’informations divulguées par le gouvernement afin de prendre le pouls de la population.

Au Québec, depuis un an, le phénomène s’est répété tellement de fois qu’il ne surprend plus. L’information à propos d’une nouvelle mesure en place du gouvernement est diffusée par les médias de 24 à 48 h avant d’être annoncée officiellement en conférence de presse.

Ce fut le cas lors de l’imposition d’un couvre-feu en janvier. Les médias en ont parlé pendant plusieurs jours, publiant même des sondages sur la question, avant que le premier ministre ne confirme la nouvelle en conférence de presse.

Je vous partage ma vision de ce phénomène, en tant que chercheuse et professeure adjointe à l’École de santé publique de l’Université de Waterloo, travaillant plus précisément sur la gestion et l’analyse de risque en santé.

Une tactique de gestion du risque

La perception de la population est un indicateur clé du succès d’une mesure. Le gouvernement utilise donc cette tactique comme un outil intégré de gestion du risque. Les stratégies de gestion du risque varient légèrement selon les organisations, mais elles consistent généralement à évaluer le contexte, cibler les risques, analyser ces risques par une approche scientifique, évaluer et implanter des mesures de contrôle, surveiller en continue le risque et son contrôle, et communiquer la situation.

Selon l’Institut national de santé publique du Québec : « Le but de ce processus est d’intégrer de manière scientifiquement valable et économiquement efficiente les actions de réduction ou de prévention du risque en considérant les aspects sociaux, culturels, éthiques et légaux ».

Les aspects sociaux sont donc des éléments à prendre en compte dans l’évaluation du contexte avant l’établissement d’une mesure de contrôle en santé en gestion du risque. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) intègre pour sa part l’importance de la consultation à chaque étape de gestion du risque.

Les étapes de la gestion du risque (Debia et Zayed, 2003).

Un effet difficile à mesurer

À première vue, dans le contexte actuel de crise, il semble que le gouvernement utilise les médias pour valider ses mesures de contrôle et estimer leur acceptabilité par la population, qui serait un prédicateur du succès des mesures implantées. Les avantages de laisser filtrer de l’information préliminaire sur les mesures à venir sont les suivantes :

1) valider la perception de la population, voire l’acceptabilité sociale (si c’est peu accepté, le gouvernement a le temps de s’ajuster avant la conférence de presse officielle). L’acceptabilité sociale est par contre très complexe à évaluer ;

2) estimer l’ampleur de l’effet qu’on peut attendre de cette mesure sanitaire ;

3) si la mesure est très acceptée et que l’attitude des médias et groupes d’intérêts est positive, l’implantation de la mesure est facilitée par la pression sociale.

Or la manière dont l’annonce d’une mesure est accueillie n’est pas garante de l’adhésion. Cela dépend de plusieurs autres facteurs, comme la perception de la maladie ou la confiance en l’efficacité des mesures de contrôle. Des facteurs démographiques entrent aussi en ligne de compte.

La perception influence le comportement

Il est rapporté que la perception de la gravité de la maladie, ainsi qu’une plus grande croyance en l’efficacité des mesures de contrôle recommandées sont des prédicateurs importants du comportement de la population durant une pandémie.

Un groupe de recherche étudiant les liens entre les connaissances, l’attitude et les comportements face à la Covid-19 a établi une corrélation significative entre l’attitude (et la perception) et les comportements face au risque. Par exemple, être en faveur des mesures généralisées comme le couvre-feu ou la fermeture des écoles était associé à une plus grande adhésion aux mesures individuelles comme le lavage des mains et le port du masque.

En Italie, les participants d’une étude se percevant comme plus à risque de contracter la Covid-19 ont respecté davantage les lignes directrices de confinement. Certains chercheurs estiment que pour changer efficacement et durablement un comportement sanitaire, les facteurs psychologiques sont essentiels à changer, incluant l’attitude de la population.

Des facteurs démographiques

Une étude en Allemagne a rapporté que seulement 25 % de la population déclarait une conformité totale aux mesures, ce qui remet en question l’efficacité de mesures réglementaires strictes.

La recherche montre qu’il existe aussi des facteurs démographiques associés à l’adoption de comportements réduisant la transmission de maladies infectieuses.

Une étude italienne a montré que les personnes se conformant davantage aux ordonnances de confinement, étaient les femmes, les personnes les plus instruites, les résidents du sud de l’Italie, les personnes d’âge moyen (de 50 à 59 ans) et les travailleurs de la santé.

Or le respect des recommandations des autorités de santé publique est la clé pour réussir à endiguer la pandémie de la Covid-19. Il est important d’identifier les éléments les plus associés à la non-conformité au sein de la population afin d’optimiser l’évaluation et la mise en place des mesures de contrôle.

La pression sociale

Selon la recherche, il y aurait une association entre la stigmatisation du public et la conformité aux recommandations sanitaires. La pression sociale pourrait donc jouer un rôle dans l’adhérence aux mesures sanitaires.

C’est un peu ce qui se passe pour le port du masque : l’adhésion à cette mesure est le résultat à la fois d’une obligation légale, d’une décision éthique et d’une pression sociale. Les influences sociales affectent la dynamique collective des comportements de santé, et donc peuvent guider la conception des stratégies d’intervention en santé.

Couler l’annonce d’une nouvelle mesure de contrôle sur la place publique lui donne une visibilité qui peut faciliter son implantation, dans le cas où la majorité de la population y semblerait favorable. La pression sociale et la stigmatisation des contrevenants pourraient alors renforcer la nouvelle mesure gouvernementale ; la population est utilisée comme élément régulateur.

Manœuvre maladroite

Il y a une reconnaissance dans le milieu de la recherche de cet élément clé qu’est la perception, pas seulement du risque, mais également de sa mesure de contrôle, dans son succès. Le travail fait en sciences sociales est utile pour comprendre comment une population va accepter une mesure de contrôle, changer son comportement et donc estimer l’efficacité de cette mesure.

Selon l’OMS, les actions recommandées en temps de pandémie sont de bien planifier et coordonner les actions, de suivre la situation (traçage et enquêtes épidémiologiques), d’utiliser des mesures d’atténuation de transmission (masque, distanciation sociale), d’offrir des soins de santé, et de communiquer efficacement.

L’évaluation de la perception de la population par le gouvernement semble, dans certain cas, avoir été réalisée très maladroitement – pensons à la confusion entourant l’imposition du masque à l’extérieur – alors qu’on sait qu’elle est un déterminant important des comportements. Plus d’attention à cet élément aurait pu faciliter la gestion du risque.

Quoi que l’on pense des mesures de contrôle actuelles, il est intéressant de se pencher sur la stratégie de nos gouvernements pour choisir et implanter les mesures de contrôle, afin de tirer des leçons de cette crise.

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