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ÉLECTIONS RÉGIONALES : TROIS ENJEUX D’AVENIR.

Article

régionales : trois enjeux pour demain

17 JUIN 2021 Par Nicolas Bauquet, Institut Montaigne DIRECTEUR DÉLÉGUÉ À LA RECHERCHE ET À LA TRANSFORMATION PUBLIQUE

Dans quelques jours, les électeurs français seront appelés à désigner leurs conseillers régionaux, au terme d’une campagne qui risque de ne pas convaincre la majorité de nos concitoyens de sacrifier un week-end estival pour mettre leurs bulletins dans l’urne. Un an avant les élections présidentielles et législatives, cette campagne aurait pu être autre chose qu’un tour de chauffe : l’occasion de poser les bases d’un débat national sur des enjeux dont l’urgence devrait nous conduire à une réflexion collective et à une mobilisation générale.

Dans notre note Régions : le renouveau de l’action publique ? (juin 2021), nous avons tenté de montrer que les régions qui ont émergé des réformes de 2015 peuvent nous aider à réinventer une action publique plus collaborative, centrée sur la donnée plutôt que sur la norme, et capable d’agir de manière transversale au service d’un projet politique. Derrière ces enjeux d’organisation des pouvoirs, c’est l’avenir même de notre pays qui est en jeu, et de sa capacité à relever les défis qui se présentent à lui : développement économique, aménagement du territoire, transition écologique, sur chacune de ces questions vitales, les régions détiennent une partie de notre réponse collective.

L’enjeu régional de la politique industrielle 

Les réformes de 2015 ont renforcé le rôle des régions dans le développement économique et l’accompagnement des entreprises, une évolution logique liée à la prise de conscience des enjeux de la société hyper industrielle, si bien décrite par Pierre Veltz : une économie où la valeur est à la fois localisée et globalisée, et où les écosystèmes territoriaux, basés sur la confiance et la proximité, peuvent faire émerger des noeuds qui s’inscrivent dans l’espace de la mondialisation. La diminution drastique des effectifs dépendant de Bercy dans les services déconcentrés, et le transfert aux conseils régionaux de la responsabilité des Pôles de compétitivité, acté en 2019, ont semblé refléter ce choix assumé de laisser les régions conduire la structuration d’écosystèmes territoriaux où se croisent la recherche, l’innovation, et le développement économique. 

En réalité, la prise de conscience grandissante des enjeux de la politique industrielle à Bercy n’a pas conduit à un véritable renforcement de cette ambition régionale.

Les réformes de 2015 ont renforcé le rôle des régions dans le développement économique et l’accompagnement des entreprises.

En même temps qu’il renouait avec une ambition industrielle forte, marquée par le lancement du « pacte productif » à la fin de l’année 2019, l’État s’est éloigné d’une vision territorialisée et transversale du développement économique, pour privilégier d’autres points d’entrée, et notamment une structuration par filières. Le lancement en novembre 2018, de l’initiative « Territoires d’industrie » illustre l’ambition de l’État de déployer une politique industrielle à l’échelle du pays tout entier, jusqu’à la maille la plus fine, parfois au détriment d’une articulation avec les ambitions régionales elles-mêmes.

La crise pandémique, et la course mondiale aux vaccins, a confirmé avec éclat que ce sont ces grands clusters qui sont aujourd’hui la clé de la réussite technologique et économique. Qu’il s’agisse de Moderna à Boston, d’Astrazeneca à Oxford ou de BioNtech à Mayence, c’est la même recette que l’on retrouve : une innovation de rupture née d’échanges directs entre l’université et l’industrie au sein de clusters territorialisés, une alliance entre une startup capables de réaliser l’impossible, et un grand groupe permettant le passage à l’échelle industrielle, et un soutien massif de la part d’États capables d’identifier rapidement les projets industriels portés par les acteurs privés. 

En France, les regards de l’État sont longtemps restés fixés sur les projets portés dans les centres de décisions parisiens, plus que sur les écosystèmes d’innovation. Or c’est au sein de l’un des six pôles de compétitivité des technologies de santé, Atlanpôle Biothérapies, dans l’ouest du pays, que se trouvaient les deux entreprises françaises les plus en pointes sur les vaccins contre le Covid-19, Valneva et Ose Immunotherapeutics. On connaît la suite, les difficultés pour Valneva de nouer un dialogue avec l’État, malgré la mobilisation des acteurs régionaux, et le partenariat finalement noué avec la Grande-Bretagne. Une occasion manquée, mais qui doit nous conduire à repenser en profondeur nos politiques de développement industrielle, pour retrouver l’articulation entre nos ambitions nationales et régionales.

Aménager les territoires

Le deuxième enjeu est étroitement lié au premier : c’est celui de la manière dont nous pensons notre territoire, son développement et son aménagement. Deux ans et demi après le début du mouvement des Gilets jaunes, la campagne régionale aurait dû être l’occasion d’une réflexion collective sur ces enjeux. Les régions peuvent-elles prendre le relai de l’État, après que celui-ci a largement abandonné sa capacité à penser les grands enjeux du développement territorial ? Peuvent-elles contribuer à redonner aux citoyens le sentiment d’avoir une prise collective sur le devenir de leur espace, et donc de leur vie ? 

C’était l’autre grande ambition de la fusion des régions décidée en 2015 : que chaque région soit assez grande pour pouvoir accompagner sa ou ses métropoles dans leur développement propre, tout en jouant un rôle d’équilibre avec le reste du territoire régional. Comme l’a bien montré en 2019 le baromètre des territoires Institut Montaigne / Elabe, les fractures sociales et spatiales se situent désormais bien plus à l’intérieur de chaque région qu’entre elles. Elles peuvent donc jouer un rôle majeur pour les résorber.

Depuis 2016, elles ont commencé à agir concrètement sur ce terrain que l’État, depuis la fin de la DATAR, puis du CGET (commissariat général à l’égalité des territoires), a peu à peu abandonné. Pour établir des diagnostics, d’abord, comme l’a fait l’Occitanie, avec un travail engagé sur les indicateurs de bien-être, en collaboration avec l’INSEE, qui a permis de dégager des typologies de territoires qui prendront tout leur sens avec le mouvement des Gilets jaunes. Pour agir ensuite, avec une priorité clairement donnée à l’équilibre entre les différents îlots de l’archipel français, comme en Île-de-France.

Les fractures sociales et spatiales se situent désormais bien plus à l’intérieur de chaque région qu’entre elles. Elles peuvent donc jouer un rôle majeur pour les résorber.

Cette émergence des régions comme actrices de l’aménagement du territoire est encore lente et difficile : relations de concurrence ou d’ignorance avec les métropoles, faiblesse relative des moyens à disposition, rôle ambigu de l’État qui, après le choc des Gilets jaunes et avec l’argent du plan de relance, renoue avec le rêve de l’ubiquité, en décalage avec la réalité politique et administrative du pays. La multiplication des appels à projets du plan de relance porte en son sein le risque d’un saupoudrage dépourvu d’une véritable vision stratégique du territoire. 

Nous avons besoin, de toute urgence, d’une nouvelle vision de l’aménagement du territoire de notre pays, et les régions ont aujourd’hui un rôle majeur à jouer, en lien étroit avec les acteurs de leur territoire, et avec l’État dont le rôle stratégique est plus essentiel que jamais. Si l’ANCT (Agence nationale de la cohésion des territoires) aide utilement les acteurs territoriaux à définir leurs propres projets, ce serait sans doute le rôle du nouveau Commissariat au plan de reprendre cette grande ambition, en lien étroit avec les acteurs régionaux.

Un échelon pivot pour réussir les transitions écologiques

Enfin, les régions ont un rôle majeur à jouer face aux grands défis climatiques et environnementaux qui se posent à nous. Dans son rapport annuel de 2020 intitulé « Redresser le cap, relancer la transition », le Haut Conseil pour le Climat souligne le rôle pivot de l’échelon régional, dans la prise de conscience des enjeux, mais aussi dans la mobilisation de l’ensemble des acteurs économiques, sociaux et politiques. Suffisamment proche du terrain pour permettre un dialogue direct avec les citoyens, suffisamment grande pour porter des projets structurants et se confronter aux enjeux politiques de la transition, la région est le lieu par excellence de ce travail de chaînage et de frottement entre la société civile et l’administration qu’évoque Bruno Latour. 

Parmi d’autres, la région Aquitaine, puis Nouvelle-Aquitaine, a entrepris un immense travail, allant de la création en 2013 d’un groupe de scientifiques pour travailler sur l’impact du changement climatique sur la région, jusqu’aux groupes de travail mis en place ces derniers mois autour des enjeux de la biodiversité dans la sylviculture des Landes, ce sont les bases concrètes de la transition écologique qui sont ainsi posées au niveau régional. 

Développement économique, aménagement du territoire, transitions écologiques : face aux grandes urgences de notre temps, les régions ont un rôle majeur à jouer. Il nous reste donc quelques jours pour relire les professions de foi à la lumière de ces enjeux, et mettre nos bulletins dans l’urne pour donner aux régions la force politique dont elles ont besoin pour jouer ce rôle nouveau. 

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