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AVEC LE MONDE – RÉGIONALES ET DÉPARTEMENTALES : LA MÊME CRAINTE DE L’ABSTENTION – « DÉMOCRATIE MALADE ET DÉSILLUSION POLITIQUE »


Les électeurs sont appelés aux urnes, ce dimanche, pour les premiers tours des deux élections. La participation risque d’être faible et les résultats difficiles à décrypter.

Par Patrick Roger. LE MONDE

ARTICLE

RÉGIONALES ET DÉPARTEMENTALES  2021 : DEUX SCRUTINS ET LA MÊME CRAINTE DE L’ABSTENTION

Dimanche, on vote. Et plutôt deux fois qu’une. Dimanche 20 juin, quelque 47,7 millions d’électeurs inscrits sur les listes électorales sont appelés à voter au premier tour des élections régionales ou territoriales et des élections départementales. Combien répondront à l’appel ? La crainte est forte d’une abstention massive qui dépasse les records de 2010 au premier tour des élections régionales (53,67 %), et de 2011 à ce qui s’appelait alors les élections cantonales (55,68 %).

Cette désertion des électeurs est bien le signe d’une démocratie malade, d’une désillusion politique où s’installe durablement le sentiment que « le vote ne sert à rien ». Et elle n’épargne personne. Les effets de la crise sanitaire ou la proximité des vacances ne sauraient servir d’explications à la crise démocratique, confirmée au fil des scrutins malgré d’épisodiques sursauts.

Pour ce premier couplage entre les deux scrutins à l’échelle nationale – mais les électeurs se rendant aux urnes ne sont pas tenus de voter à chacun d’entre eux –, il sera cependant intéressant d’observer dans le détail le taux de participation. Quel sera-t-il pour chacun des scrutins ? La participation sera-t-elle plus forte – ou moins faible – aux départementales qu’aux régionales dans les zones rurales, où les conseillers départementaux sont encore identifiés, à l’inverse des zones urbaines ?

Des exceptions

Aux départementales, on vote au scrutin majoritaire pour élire un binôme composé d’une femme et d’un homme, tandis que pour les élections régionales, il s’agit d’un scrutin de liste à la proportionnelle. Pour être élu au premier tour des élections départementales, le binôme doit recueillir la majorité absolue (au moins 50 %) des suffrages exprimés, et il faut que cela corresponde à au moins 25 % des électeurs inscrits. En cas de second tour, sont qualifiés les binômes ayant obtenu au moins 12,5 % des voix des électeurs inscrits et, sinon, les deux binômes arrivés en tête.

Aux élections régionales, si aucune liste ne recueille la majorité absolue au premier tour, peuvent participer au second tour les listes ayant obtenu au moins 10 % des suffrages exprimés – excepté en Corse, où ce seuil est de 7 %. Les listes ayant recueilli au moins 5 % peuvent fusionner avec une liste en capacité de se maintenir au second tour ; la liste déposée au second tour peut être différente de celle du premier tour. Les déclarations de candidature ou de retrait pour le second tour devront être déposées lundi 21 juin à 18 heures au plus tard pour les départementales, et mardi 22 juin pour les régionales.


Dans la plupart des départements et collectivités, on vote à la fois pour les départementales et pour les régionales, mais ce n’est pas la règle générale. Il n’y a pas d’élections départementales à Paris ni sur la métropole de Lyon, collectivités à statut unique. Les collectivités d’outre-mer de Polynésie française, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna, Saint-Martin et Saint-Barthélemy et la Nouvelle-Calédonie ne sont pas concernées par ces élections.

La Collectivité européenne d’Alsace, issue de la fusion des départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin par la loi entrée en vigueur le 1er janvier 2021, constitue désormais une seule circonscription départementale. Dans les trois collectivités uniques de Corse, de Guyane et de Martinique, il n’y a pas d’élections départementales. A Mayotte, collectivité rassemblant les compétences du département et de la région, le seul scrutin sera celui des élections départementales.


Au total, ce sont donc 17 conseils régionaux ou assemblées territoriales qui seront élus à l’issue des deux tours de scrutins – le second tour est fixé au dimanche 27 juin –, et 95 conseils départementaux, ce qui représente 1 757 conseillers régionaux, 169 conseillers territoriaux (Corse, Guyane, Martinique) et 4 056 conseillers départementaux à élire. En 2015, 171 listes avaient été déposées aux élections régionales et 18 194 candidats s’étaient présentés aux départementales ; ils sont respectivement 155 et 15 788.

Les frontières se sont estompées

Les résultats du premier tour ne seront pas évidents à décrypter, compte tenu des différentes configurations, tant aux régionales qu’aux départementales. Néanmoins, dans ces dernières, à l’inverse des élections régionales, la gauche a fait le choix de l’union dans une grande majorité des départements. La majorité présidentielle, elle, comme lors des élections municipales de 2020, a opté pour une stratégie à géométrie variable, ce qui ne lui avait pas particulièrement réussi. Par sûr qu’elle se révèle plus efficace.

A l’issue de cette dernière mandature, la droite préside 7 conseils régionaux ou territoriaux (outre-mer compris), la gauche 6, les nationalistes 2 (la Corse avec Gilles Simeoni et la Martinique avec Alfred Marie-Jeanne), deux autres se classant au centre, en Guadeloupe, avec Ary Chalus, et en Guyane avec Rodolphe Alexandre, bien que celui-ci ne se revendique pas de la majorité présidentielle.

En 2015, la gauche avait obtenu 582 sièges de conseillers régionaux, la droite 853, le Front national (devenu Rassemblement national, RN) 358. Depuis l’élection présidentielle de 2017, les frontières se sont estompées : la droite a éclaté, la gauche s’est décomposée, les divers droite et divers gauche se sont multipliés, la majorité présidentielle n’a pas réussi à faire émerger, à l’échelle des régions pas plus qu’à celle des départements, des forces significatives qui puissent être des relais locaux. Les familles se sont scindées, les repères politiques se sont estompés.


Le RN semble prospérer sur ce terreau. Pourtant, même s’il se présente comme l’alternative, il est loin d’être épargné par les miasmes d’une vie politique interne pour le moins tourmentée. En 2015, avec un score de près de 28 % au premier comme au second tour des élections régionales, la formation d’extrême droite s’était alors montrée incapable d’agréger des électorats exogènes. Arrivée en tête au premier tour dans six régions (Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val-de-Loire, Hauts-de-France, Grand-Est, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur), elle n’était pas parvenue à en gagner une au second. Néanmoins, le Front national avait conquis 358 sièges de conseillers régionaux.

Six ans après, le nombre de conseillers régionaux rattachés au RN a chuté à 257 : 101 de ses élus s’en sont éloignés, au gré des scissions, des désaccords, des excommunications. Un signe de la fragilité politique et des ressources humaines de cette formation qui prétend à l’exercice des plus hautes responsabilités.

1 réponse »

  1. Encore bonjour, Thierry,Pour faire une foi de plus très court; il serait utile de changer dans la constitution le niveau d’éligibilité : à moins de 51% de suffrages exprimés, l’élection est annulée et l’on procède à un tirage au sort parmi tous les citoyens-électeurs. La vie politique ne peut plus continuer sans les citoyens.Bien amicalementJean-Marc

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