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L’avenir des démocraties occidentales : «Comment transformer les maux de l’Occident en projets politiques ?»

Conversations Tocqueville: l’avenir des démocraties occidentales

À l’occasion de la troisième édition des Conversations Tocqueville, qui ont lieu les 17 et 18 septembre et qui sont organisés par Le Figaro,, intellectuels, politiques et journalistes débattent sur l’avenir des démocraties occidentales.

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Conversations Tocqueville : «Comment transformer les maux de l’Occident en projets politiques ?»

Par Aziliz Le Corre Publié le 19 09 21

Le 6 janvier 2021, les partisans de Donald Trump sont rassemblés par milliers à Washington pour la manifestation «Save America»Exaltés par les accusations du président républicain, qui n’a cessé de répéter que «l’élection lui a été volée» par Joe Biden, des manifestants s’introduisent dans le Capitole pour tenter de bloquer la fin du processus électoral. Symbole du climat de violence qui règne aux États-Unis, cet événement constitue une «fracture majeure dans l’histoire de la démocratie américaine», estime Laure Mandeville. Grand reporter au Figaro, elle coordonne les Conversations Tocqueville, organisée par l’avocat Jean-Guillaume de Tocqueville, où sont présents intellectuels, chefs d’entreprise et hommes politiques, venus débattre de l’avenir des démocraties libérales, notamment ébranlées par les populismes.

Alors qu’une majorité d’électeurs républicains refusent encore de reconnaître la légitimité de l’élection de Joe Biden, survenue le 3 novembre 2020, la tension est palpable sur la table ronde qui réunit Uriel Epshtein, directeur exécutif de la Renew Democracy Initiative, une organisation américaine qui promeut et défend la démocratie libérale aux États-Unis et à l’étranger et Jason Miller, porte-parole du président Trump et fondateur de Gettr, un réseau social conservateur qui refuse toute modération de propos politiques. Le premier croit en l’idéal de la démocratie libérale, le second veut rendre visible les aspirations et la colère d’un peuple qu’on n’entend jamais.

Présent à leur côté, le politologue et directeur de la Fondation pour l’Innovation politique (Fondapol), Dominique Reynié, estime que si Donald Trump a parfaitement incarné le phénomène populiste, il a seulement répondu à une demande profonde du peuple. Ce populisme qui opère de part et d’autre de l’Atlantique est le symptôme de l’échec des politiques des premières décennies du XXIe siècle, développe le philosophe Yascha Mounk. Ainsi, l’élection de Donald Trump, le Brexit, le durcissement des positions des gouvernements hongrois et polonais, ou encore l’accession de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle française en 2017, nous oblige à nous interroger sur les bouleversements qui touchent le monde occidental.

À VOIR  – Jason Miller : «L’assaut du Capitole est une date sombre dans l’Histoire des États-Unis» https://video.lefigaro.fr/figaro/video/jason-miller-lassaut-du-capitole-est-une-date-sombre-dans-lhistoire-des-etats-unis/

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La gestion des flux migratoires

D’abord, la montée du phénomène populiste, s’explique par la préoccupation des populations concernant l’immigration et la sécurité, analyse le directeur de la Fondapol.

En 2016, le candidat républicain à l’élection présidentielle Donald Trump fait de la construction d’un «grand et beau mur en béton» pour séparer «physiquement» le Mexique des États-Unis sa mesure phare. Il promet de protéger les Américains de «violents criminels», de l’afflux de drogues et du déferlement des caravanes de migrants. «Donald Trump répondait à une véritable inquiétude des populations du sud des États-Unis, où la frontière avec le Mexique était extrêmement poreuse», témoigne Laure Mandeville, alors correspondante pour Le Figaro à Washington.

Si le débat public européen a mis du temps à admettre le rôle joué par les questions d’immigration et d’intégration dans le délitement politique de nos sociétés, les attentats de 2015 ont renforcé la peur et alimenté la colère d’une partie des populations. «La crainte qui saisit les Européens fonde les succès d’un populisme qui, par sa puissance potentielle, peut emporter nos démocraties et l’Europe si ses causes demeurent ignorées de la décision publique», alerte Dominique Reynié.

Les réseaux sociaux, des médias à part entière ?

La numérisation du monde et l’émergence des réseaux sociaux, constituent un nouveau rapport aux autres et à la société. Ces nouveaux médias, grâce auxquels tout un chacun peut exprimer ses opinions, sont souvent violents et la nuance s’y énonce rarement, développe la philosophe Chantal Delsol, présente pour animer un débat lors de la seconde journée de discussions. «Ce sont des personnes sans pourvoir qui mettent en cause les élites qui le détiennent», estime-t-elle.

À VOIR  – Jacob Siegel: «Les réseaux sociaux imposent ce que les journalistes doivent traiter»https://video.lefigaro.fr/figaro/video/jacob-siegel-les-reseaux-sociaux-imposent-ce-que-les-journalistes-doivent-traiter/

Les plateformes renversent en effet les logiques de pouvoir et de gouvernance traditionnelles. Du bannissement numérique de Donald Trump de Twitter à la suite des événements au Capitole, en passant par la protestation de Mark Zukerberg contre une loi australienne visant à contraindre Facebook et Google à nouer des accords de licence avec les groupes médias du pays, jusqu’à la création d’une «Cour suprême» par Facebook pour recevoir les plaintes des utilisateurs, les exemples ne manquent pas. Le numérique devient une nouvelle géopolitique, permettant d’imposer subrepticement sa norme. À l’échelle française, la révolte des Gilets jaunes a également montré qu’un «événement» Facebook pouvait réunir des milliers de manifestants dans les rues de Paris, pendant plusieurs semaines consécutives. Ce renversement du rapport au pouvoir affecte plus que jamais les institutions et les citoyens.

Certes, une société ouverte comporte plus de failles qu’un régime autoritaire. Mais si elle légitime par principe toute contestation et accepte les critiques, au prix même de sa cohésion interne, sa force réside dans sa capacité à absorber les contradictions, argumentent de concert Jacob Siegel, rédacteur en chef de Tablet et Richard Miniter, directeur de Zenger Press. Convaincu que les médias traditionnels n’ont pas dit leur dernier mot, Fabrice Fries, directeur de l’Agence France Presse (AFP), œuvre à restaurer la confiance du public. Il promet de «dire les faits en présentant tous les points de vue» pour convaincre «ceux qui doutent encore».

Face à ces enjeux primordiaux, les orateurs de ces deux jours de débats espèrent que les démocraties libérales tiendront compte des malaises qui parcourent l’Occident pour les transformer en projets politiques. Les années à venir seront décisives. Si Joe Biden ne parvient pas à rétablir la paix sociale, en écoutant les préoccupations de ses concitoyens, qui sait quel avenir politique attend l’Occident ?

À VOIR  Fabrice Fries: «Les réseaux sociaux dictent le débat public» https://video.lefigaro.fr/figaro/video/fabrice-fries-les-reseaux-sociaux-dictent-le-debat-public/

2 réponses »

  1. Bonjour, Thierry,Il arrive bien souvent que les « idéologies » ne font que porter, justifier, des chemins vers des intérêts… C’est, me semble-t-il, le propre de celles agitées dans le néolibéralisme.Bien cordialement,Jean-Marc

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