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« LE TRAITRE ET LE NEANT » DONNE(NT) CORPS A UN FATUM SINGULIER. #DOSSIER EN 10 ARTICLES# POUR FAIRE LA LUMIERE ? (à noter: Réunion Metahodos, jeudi 9 décembre)

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CE QU’UN PRESIDENT NE DEVRAIT PAS …

Dans le prolongement de notre publication d’avant-hier ( NEANT ET TRAITRISE. AMBIGUITES ET HYPOCRISIES. COMMUNICATION ET DEGRADATION DU POLITIQUE. A. BENEDETTI. https://metahodos.fr/2021/11/10/arnaud-benedetti/ )

nous vous livrons un dossier composé de 10 articles ou émissions relatifs au livre  » Le traitre et le néant  » réalisé avec l’appui de Jeanne Gutentahl. Qu’elle en soit remerciée, de même pour l’appui qu’elle apporte régulièrement à Metahodos.

Traitre et néant, est-ce à dire : carence éthique et VACENCE DU sens ? Bonne lecture

1. Article À la sulfateuse

2. Article LE TRAÎTRE, LE NÉANT ET LA VERTU D’UN SYMBOLE

3. Article Davet et Lhomme, auteurs du « Traître et le Néant » sur Macron: enquête sur une PME journalistique

4. Emission POUR DAVET ET LHOMME, « LA TRAHISON ET LE NÉANT SONT L’ASPECT PRIMORDIAL DE MACRON »

5. Emission Fabrice Lhomme sur le titre du livre « Le traître et le néant »: « Ce sont les deux aspects primordiaux dans ce qu’est Macron et le macronisme »

6. Emission « Le couple Macron n’a pas d’amis »: isolé, le couple présidentiel gouverne à l’instinct assurent Gérard Davet et Fabrice Lhomme

7. Article « Le traître et le néant » : quatre choses à retenir du livre de Davet et Lhomme sur Emmanuel Macron

8. Article Selon les journalistes Davet et Lhomme, Emmanuel Macron aurait « trahi » François Bayrou en 2017

9. Emission LE GRAND DÉBAT / Les Français de plus en plus radicaux ? / Davet et Lhomme : Macron dans le collimateur !

10. Article “Le Traître et le néant” : Macron est-il un héros sartrien ?

METAHODOS VA PROCHAINEMENT FORMALISER LES PISTES D’ACTION ELABOREES ET SE REUNIRA LE 9 DECEMBRE PROCHAIN POUR EVOQUER , en lien avec Infrastructure France, l’enjeu énergétique et la croissance.

En première partie de la réunion les pistes d’action relatives à la démocratie et l’action publique seront débattues.

Inscriptions : en nous écrivant par la rubrique CONTACT du Site ou par mail : metahodos.lem@gmail.com – la réunion aura lieu à 16 h 30 Avenue Marceau Paris.

Une confirmation avec l’adresse précise vous sera adressée, en retour. Le programme précis sera communiqué très prochainement .

1. Article

À la sulfateuse

Par Alain DUSART – 13 oct. 2021 Est Républicain

Quel réquisitoire ! Dans « Le traître et le néant », les deux journalistes qui avaient dispersé façon puzzle Nicolas Sarkozy puis François Hollande, dressent un portrait à la sulfateuse d’Emmanuel Macron. Les auteurs ont confessé plus de 110 personnes qui ont approché ce jeune président Ovni. Il est vrai que l’astre a irradié bien des acteurs et observateurs de la vie politique française. Des pionniers séduits dès le début de son ascension aux opportunistes professionnels ankylosés par leurs illusions perdues.

Macron incarnait une hypothétique ou chimérique troisième voie. Depuis, l’homme reste nimbé de mystères quant à ses desseins. Rêve-t-il d’un nouveau destin pour la France ou n’est-il qu’une comète égotique ? La vérité est sans doute entre les deux, mais cette enquête événement dans son sillage, éclaire ce Président d’une lueur cruelle et lugubre.

Le livre commence par un réquisitoire ahurissant dressé par Pierre Moscovici, ex-commissaire européen jamais avare d’une vacherie sur Macron. Ce dernier le nomma néanmoins à la Cour des Comptes. Il s’essuie les pieds dessus, l’assimilant à la technocratie, au libéralisme fait président, intellectuellement « pas exceptionnel ». C’est assez savoureux pour un énarque socialiste parachuté voilà 30 ans à Montbéliard à qui une ouvrière reprocha ses préventions face à ses mains sales de prolo.

Le reste du bouquin égrène sa « politique de gribouille », avec un défilé de grands chambellans qui tinrent l’ostensoir sous Mitterand, Chirac, Sarkozy et même Hollande. Chacun aura reconnu les Attali, Minc et autres adorateurs de leurs propres cerveaux si bien faits qu’ils s’en confondraient avec leurs nombrils. La charge est sévère et cela fera forcément du bien. Emmanuel Macron en tirera-t-il profit pour s’abreuver à la fontaine de jouvence de la modestie, ou en traître patenté, fera-t-il preuve de cynisme et d’arrogance ?

À ce stade, il n’est pas interdit d’être pessimiste, en se remémorant que Macron l’artisan de la vente d’Alstom à General Electric, décerna la Légion d’honneur à son ex-directrice générale en récompense de la saignée de 1000 emplois à Belfort. Le tout au moment où l’Américain recrutait pour mettre en musique ce plan social cynique l’ex-conseiller aux affaires industrielles d’un certain… Macron, ministre de l’Économie !

2. Article

LE TRAÎTRE, LE NÉANT ET LA VERTU D’UN SYMBOLE

 Jean-Louis HERVOIS 17 octobre 2021 Charente Libre

L’évènement politique de cette semaine s’étale sur 636 pages et coûte 24,50 euros. Les morceaux choisis de « Le traître et le néant » nous annoncent un pavé lourdement à charge contre l’actuel président de la République, très loin des grigris du gentil footballeur en short qu’on nous a présenté en long et en large la semaine dernière.

Le traître en question y est décrit comme un vil dissimulateur capable d’ériger ses déguisements successifs en art de gouverner. Faute d’avoir pu confesser le coupable entre la poire et le fromage comme ils l’avaient fait avec Hollande, les deux journalistes du Monde ont ouvert les micros à tous ceux que Macron a doublés pour en arriver jusque-là. Ce qui fait beaucoup de pages, beaucoup de monde, d’aigris et de jaloux.

Que les marches du pouvoir soient pavées d’intentions malignes n’étonne plus personne depuis longtemps. Il faut reconnaître une habileté particulière au titulaire de la charge suprême. Alors que fleurissent de droite et de gauche des candidatures pour le déboulonner, c’est encore lui qui fait les titres et dicte l’agenda. Si on pousse la référence sartrienne un peu plus loin, disons que Macron est le traître, le néant c’est les autres.

Le socle de popularité qu’il entretient avec tant d’ardeur invite à lui faire crédit de quelques bons points. La longue traversée de la crise sanitaire a restauré une image bien écornée. Avant la flambée du gaz et des carburants, il pouvait se prévaloir d’avoir servi le pouvoir d’achat et pas seulement celui des très riches.

Mais la vertu première du chef de l’État sera d’avoir ouvert aussi franchement qu’il était possible le chantier mémoriel de la guerre d’Algérie, source de tant de souffrances et d’injustices. Sa présence symbolique samedi sur le bord de Seine où des dizaines de manifestants ont été massacrés par les forces de police le 17 octobre 1961, permet de transcender l’histoire quand d’autres voudraient l’enfermer dans la haine et le ressentiment. Alors que volent en escadrilles les gadgets en tous genres, il est réconfortant de penser que la politique permet encore d’ouvrir la voie à l’apaisement des consciences et des hommes.

3. Article

Davet et Lhomme, auteurs du « Traître et le Néant » sur Macron: enquête sur une PME journalistique

17 octobre 2021 JDD, Cyril Lacarrière

Comment travaillent les deux auteurs de « Le Traître et le Néant« , un livre de témoignages sur Emmanuel Macron sorti mercredi. Au sein de leur journal, « Le Monde« , ils ont acquis un surnom, « Melon et Melon », et leur entreprise individuelle dérange. 

Septembre 2011, Sarko m’a tuer sort en librairie ; huit mois plus tard, Nicolas Sarkozy échoue dans sa tentative de réélection. Octobre 2016, parution d’Un président ne devrait pas dire ça…, qui se vendra à 300.000 exemplaires ; deux mois après, François ­Hollande annonce qu’il ne se représente pas. Cette semaine, c’est au tour ­d’Emmanuel Macron d’avoir droit à son « Davet-Lhomme », un livre du duo de journalistes devenu une marque insécable. Le titre est évocateur : Le Traître et le Néant (Fayard, 638 pages, 24,50 euros).

72.000 exemplaires

Du point de vue des révélations – ou de leur absence –, l’ouvrage ne devrait a priori pas avoir de grandes conséquences pour le président en exercice, mais les lecteurs sont au rendez-vous et de nombreux libraires sont en rupture de stock. Sorti mercredi, il a déjà été réimprimé cinq fois pour atteindre les 72.000 exemplaires. 

Durant plus de 600 pages, Gérard Davet et Fabrice Lhomme décortiquent le macronisme, mais sans jamais interroger celui qui en est à l’origine. Un choix assumé : ils ont préféré tourner autour de leur sujet avec un récit de sa victoire (le traître), de sa présidence (le néant), et une galerie de portraits, le tout nourri de 110 témoignages, tous enregistrés, selon leur marque de fabrique.

En bout de course, ­Emmanuel Macron a reçu un questionnaire contradictoire l’interrogeant sur des sujets légers – quand a-t-il couru un marathon et en combien de temps? – ou très sérieux – n’a-t-il pas trop attendu avant de décider d’un nouveau confinement? L’Elysée a pris acte.

4. Emission

POUR DAVET ET LHOMME, « LA TRAHISON ET LE NÉANT SONT L’ASPECT PRIMORDIAL DE MACRON »

Marie-Pierre Bourgeois Le 12/10/2021 BFM

Les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme publient Le traître et le néant, un bilan critique du quinquennat Macron.

Interviewés ce mardi matin sur BFMTV-RMC, Gérard Davet et Fabrice Lhomme sont revenus sur Le traître et le néant (Editions Fayard), leur nouvel ouvrage, qui raconte les cinq années du mandat du président de la République.

Si Emmanuel Macron et ses proches n’ont pas répondu aux questions des journalistes du Monde, le livre laisse une grande place aux déçus du macronisme.

Trahisons et vide

Les deux auteurs d’Un président ne devrait pas dire ça, leur précédent livre, qui avait pesé dans la décision de François Hollande de ne pas se représenter, sont d’abord revenus sur leur vision du quinquennat Macron.

« Après plusieurs années d’enquête, ce titre, Le traître et le néant, s’est imposé. Ce sont les deux aspects primordiaux de ce qu’est Macron et le macronisme. Sa conquête du pouvoir s’est faite par des trahisons, qui ont ensuite continué à l’Élysée. Mais aussi parce qu’il y a le néant de la République en Marche et de la situation politique avec la candidature d’un polémiste d’extrême droite et des partis politiques traditionnels totalement effacés », a jugé Fabrice Lhomme.

« Politique de gribouille »

Si les deux journalistes ne se sont pas entretenus avec Emmanuel Macron, ils détaillent avoir rencontré plus de 110 personnes pour cette enquête, comme Jacques Attali, qui jette un regard sévère sur le quinquennat.Play Video

« Il nous a dit que quelqu’un qui se dit ni de droite ni de gauche est en fait de droite. (…) Il vient encore de dire que Macron, c’est la politique du vide. Et c’est bien là tout le problème. De cette politique faite de godilles et de zigzags, on se retrouve dans le néant. Il s’est construit avec une politique de gribouille. (…) Ca lui permet de ne pas être une cible: un coup à gauche, un coup à droite, un coup au centre. C’est la godille permanente », regrette Gérard Davet.

Philippe marche dans les pas de Macron

Alors qu’Edouard Philippe a lancé son parti au Havre samedi dernier et que certains, au sein de la macronie s’en inquiètent, le chef de l’État, lui, reste très serein.

« François Hollande dit que Macron aussi sera trahi, comme il l’a trahi lui-même. Macron répond qu’Edouard Philippe lui doit tout, qu’il n’osera jamais. Ce week-end, Edouard Philippe a lancé son parti et dit qu’il pourra y avoir une double appartenance à Horizons et à un autre parti. C’est exactement ce qu’avait dit Macron à Hollande en 2016. Alain Minc, l’un des très proches conseillers de Macron nous dit qu’Edouard Philippe est beaucoup moins intelligent que le président, mais aussi beaucoup plus moral, ce qui explique qu’il ne l’a pas trahi », estime Gérard Davet.

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La trahison du MoDem

Enfin, les deux journalistes reviennent sur les relations entre Richard Ferrand et François Bayrou. Si ces derniers appellent aujourd’hui de leurs voeux la création d’une maison commune, leurs relations ont commencé sous de mauvais auspices.Play Video

« Un accord verbal avait été conclu entre la République en Marche et le MoDem pour leur réserver 144 circonscriptions. Au dernier moment, il y a eu un arbitrage entre Ferrand et Macron et le MoDem en obtient finalement 16. Quand Bayrou a appris ça, il a failli en venir aux mains avec Ferrand, le jour de l’investiture de Macron. (…). Pour le dédommager, les macronistes lui proposent alors 4 millions d’euros. Un député rapporte 40000 euros par an à son parti donc ils ont multiplié cette somme par 100 », explique Fabrice Lhomme.

Marie-Pierre Bourgeois

5. Emission

Fabrice Lhomme sur le titre du livre « Le traître et le néant »: « Ce sont les deux aspects primordiaux dans ce qu’est Macron et le macronisme »

par BFMTV

Ce mardi 12 octobre 2021 sur BFMTV, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, journalistes du Monde étaient les invités du Bourdin Direct pour présenter leur nouveau livre: Le Traître et le Néant (éditions Fayard). Il publient un livre-enquête sur le président en exercice. Emmanuel Macron et son quinquennat : sur la fin politique de François Hollande, sa relation avec Philippe de Villiers et les déçus dans son camp. Un ouvrage sans grande révélation d’après France Inter mais sur le plateau de BFMTV/RMC, les auteurs ont voulu néanmoins mettre l’accent sur une anecdote qui aurait pu mal tourner, avec François Bayrou.

« François Bayrou a permis la victoire d’Emmanuel Macron, car son ralliement, tout le monde le sait, a été totalement décisif dans la victoire de Macron. Il y a un accord, qui était un accord verbal, entre les macronistes et les gens du Modem pour réserver 144 circonscriptions pour le Modem. Or, au dernier moment il y a eu un arbitrage qui a été fait entre Richard Ferrand et Emmanuel Macron, qui a fait qu’on a voulu donner au Modem, au lieu des 144 circonscriptions, 16 circonscriptions. François Bayrou est devenu fou, nous révélons qu’il a failli en venir aux mains avec Richard Ferrand, le jour de l’investiture de Macron, il voulait vraiment lui taper dessus, » raconte Fabrice Lhomme au micro de Jean-Jacques Bourdin.

LIEN ; https://dai.ly/x84sv9t

6. Emission

« Le couple Macron n’a pas d’amis »: isolé, le couple présidentiel gouverne à l’instinct assurent Gérard Davet et Fabrice Lhomme

 18/10/2021 BFM

Trop isolé Emmanuel Macron? c’est ce qu’assurent Gérard Davet et Fabrice Lhomme, auteurs d’une enquête sur le président de la République et son entourage. Une solitude qui le pousse à gouverner à l’instinct.

A chaque président, un livre de Fabrice Lhomme et Gérard Davet. Après « Sarko m’a tuer » et « Un Président ne doit pas dire ça« , les deux journalistes du Monde ont enquêté sur Emmanuel Macron et son entourage dans leur nouvel ouvrage, « Le traître et le néant« .

Au cours de leur enquête, les deux journalistes d’investigation ont découvert que le chef de l’Etat et la Première dame gouvernaient seuls. Selon eux, c’est ce qu’assure Mimi Marchand, la reine de la communication et de la gestion d’images des « people » mais également désormais des politiques, interrogée dans le cadre de leur enquête sur Emmanuel Macron: « Les Macron n’ont pas d’amis, ils se suffisent à eux-mêmes », assure Gérard Davet ce lundi sur le plateau des « Grandes Gueules ».

« Il y a une cohorte de déçus autour de lui »

« Ils sont allés chercher Mimi Marchand qui n’est pas de leur monde pour gérer leur image et plutôt même les dégâts d’image. Elle nous a montré des échanges de SMS avec Emmanuel Macron et s’est approché si près du cercle qu’elle assure qu’ils n’ont pas d’amis. Ils se sont construits eux-mêmes. C’est une destinée extrêmement singulière, qui fait qu’ils gouvernent la France à eux deux », détaille Gérard Davet.

Sans amis, presque pas de famille, et des plus proches collaborateurs, le Premier ministre Jean Castex et Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Elysée qui restent mutiques. Ces derniers n’ont pas répondu aux sollicitations de Gérard Davet et Fabrice Lhomme.

Cette solitude pousse Emmanuel Macron à gouverner à l’instinct et l’intuition: « Dans la gestion du Covid-19 et dans d’autres affaires, ils ont parfois eu des intuitions formidables et parfois des beaucoup moins bonnes », ajoute Gérard Davet.

Est-ce le mode de fonctionnement initial du président de la République ou la conséquence de « trahisons » qu’évoquent les deux journalistes? Car ils l’assurent, Emmanuel macron a « trahi tout le monde »: « Si on qualifie le Macronisme d’opportunisme, c’est la définition la plus proche », assure Fabrice Lhomme. « Il a trahi François Hollande, il a trahi le Parti socialiste et il y a une cohorte de déçus autour de lui, bien plus importante qu’avec d’autres présidents. Il s’est revendiqué de la bienveillance mais il ne l’est pas, la bienveillance en politique, ça n’existe pas. Tout ça c’est de la trahison envers les Français et l’électorat de gauche », renchérit Gérard Davet. 

7. Article

« Le traître et le néant » : quatre choses à retenir du livre de Davet et Lhomme sur Emmanuel Macron

par Adrien Toffolet 11 octobre 2021 France inter

Les journalistes Fabrice Lhomme et Gérard Davet publient un livre-enquête sur le président en exercice. Emmanuel Macron et son quinquennat, ou « Le traître et le néant », abreuve de détails sur la fin politique de François Hollande, sa relation avec Philippe de Villiers, les déçus dans son camp. Sans grande révélation.

C’est désormais un classique de la fin d’un quinquennat : après « Sarko m’a tuer » en 2011, « Un président ne devrait pas dire ça » en 2016, les journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme publient un nouveau livre-enquête publié chez Fayard, « Le traître et le néant ». 620 pages (quand même !) d’un bilan critique mais sans grande révélation, de l’ascension et de l’exercice du pouvoir d’Emmanuel Macron.

Si la plupart des proches du président de la République, conseillers, ministres, soutiens affichés, anciens collaborateurs, se sont bien abstenus de répondre aux questions et demandes d’entretiens des deux journalistes (consigne de l’Elysée, peut-on lire), le livre laisse une grande place aux opposants (socialistes), aux trahis du gouvernement Hollande (dont l’ancien président) et aux déçus du macronisme. 

La naissance politique d’Emmanuel Macron, la trahison « avec méthode » au dépend de François Hollande et du PS, la création du « nouveau monde » et les presque cinq années sans partage à la tête de l’État bousculées par les crises sociales et sanitaires, tout cela est de nouveau raconté, sans apporter nouvelles informations majeures mais à travers une multitude de regards, des alliés aux ennemis.

La (courte) amitié Macron-de Villiers

Elle a causé des remous, certains au PS voyant cette rencontre contre-nature comme une ligne rouge franchie par Emmanuel Macron. Philippe de Villiers, ex-président du Conseil général de Vendée et l’un des représentants de la droite identitaire, détaille à Davet et Lhomme sa vision de sa relation avec celui qui n’est encore qu’un ministre séducteur. Une relation racontée certainement à l’avantage du créateur du Puy du Fou, mais qui ne manque pas d’humour. Les deux hommes se rencontrent au restaurant La Rotonde, où Philippe de Villiers a ses habitudes, tout comme le couple Macron. Plusieurs soirs, Emmanuel Macron fait savoir qu’il souhaite rencontrer le souverainiste à sa table. Ce dernier, « d’abord gêné » et perplexe, fini par accepter. Le vicomte explique alors assister à un numéro de charme : Brigitte et Emmanuel Macron rêveraient de venir visiter le Puy du Fou. De Villiers assure ne pas être dupe et analyse ainsi les intentions du ministre :

« C’est tout bénéfice pour Macron, car après avoir rendu hommage à Jeanne d’Arc quelques semaines avant, avec le Puy du Fou, il envoie un message à la droite conservatrice, souverainiste, pour pas cher. » 

Autrement dit, Philippe de Villiers comprend aujourd’hui qu’il assistait là aux prémices du ni « de gauche, ni de droite », mais un peu des deux, poussé plus tard comme argument de campagne. C’est lors de cette visite au Puy du Fou, le 19 août 2016, que le ministre Macron lance sa provocation au gouvernement devant la presse : « L’honnêteté m’oblige à vous dire que je ne suis pas socialiste« . Ce doit être la provocation de trop, qui doit pousser François Hollande à le virer du gouvernement pour qu’il puisse capitaliser sur son statut de victime en vue de lancer dans la présidentielle. 

La rupture est actée 11 jours plus tard. Lorsque le couple Macron est en visite dans le parc d’attraction, Philippe de Villiers n’est pas encore certain de l’honnêteté de ses invités. Et pour cause : « La première question de Macron, à peine attablé face à lui : ‘Comment vous sentez la France, vous ?’ Le Vendéen n’en est toujours pas revenu. Il narre la suite : ‘Je me retourne vers Nico [son fils, président du parc], surpris par la question. On échange un regard pour dire : attends, il se fout de ma gueule, là. » Les échanges amicaux se poursuivront pendant la campagne présidentielle. Le soir de la victoire, dit-il, il envoie un SMS de félicitations à Brigitte et reçoit un appel d’Emmanuel Macron qui le remercie. « C’est surréaliste…« , commente aujourd’hui le vicomte. Ce n’est que la crise sanitaire, avec le confinement et la fermeture du Puy du Fou, qui semble avoir mis un terme à leur amitié, faite de respect pour l’entrepreneur culturel d’un côté, pour la fonction présidentielle de l’autre, avec un soupçon de calcul politique.

Trahison du Hollandisme, une histoire orale

François Hollande, Manuel Valls, Stéphane Le Foll, Gaspard Gantzer (ancien conseiller presse de François Hollande), Olivier Faure (à l’époque député et porte-parole du PS), reviennent en détails sur les mois qui ont précédé ce que les auteurs appellent la « trahison » du 16 novembre 2016 : la déclaration officielle de candidature d’Emmanuel Macron à la présidentielle. La transformation du ministre de l’Economie en candidat à la présidence de la République s’est faite par le non-dit et la duperie, écrivent sans réserve les deux journalistes.

Les anciens membres du gouvernement et alliés socialistes racontent les conversations, nombreuses, avec Emmanuel Macron, sur sa prise de distance avec la ligne de François Hollande (ses critiques des politiques du gouvernement), sur le mouvement qu’il lance de son côté, En Marche, et qu’il présente comme une sorte de laboratoire d’idées qui soutiendra quoiqu’il arrive une candidature de François Hollande, sur les rumeurs persistances qu’il est sur le point de s’émanciper, voire même de se présenter à la présidentielle. Emmanuel Macron, pendant des mois, lance des signaux faibles, mais dès lors qu’il est sommé de s’expliquer, noie le poisson. A l’image de ces échanges rapportés, juste avant son départ de Bercy :

« Le lundi 29 août, décrit Gantzer, Macron va voir Hollande dans son bureau et lui dit : ‘Oui mais non… non mais oui… je ne suis pas bien, je n’ai pas d’espace.’ Mais il ne lui dit pas : ‘Je pars’. Et donc Hollande lui dit : ‘Eh bien, réfléchis, voilà, et on se reparle…’ Et le lendemain, Macron fait le coup de la rupture par SMS : ‘Écoute, je pars.’« . À ce moment-là, François Hollande perd son ministre de l’Économie, qui part former un mouvement politique. « Je te soutiendrai à la présidentielle« , aurait-il également dit, selon Gaspard Gantzer.

Tout cela participe à pousser François Hollande hors du jeu politique (ce qu’il fera le 1er décembre en annonçant qu’il ne se représentera pas devant les Français). Le président en exercice, déjà impopulaire, voit celui qui incarne le dynamisme (et un potentiel héritier) quitter le navire avec l’ambition de s’imposer comme la seule solution d’avenir pour la France. Trahi par son ministre, mais aussi par tous ceux qui avouent avoir été séduits par Emmanuel Macron, chez les socialistes notamment.

Christophe Castaner, l’un des premiers macronistes, le dit sans détour, en 2016 « on a un seul objectif, c’est l’empêchement de Hollande. » Objectif atteint. Aujourd’hui, la parole toujours libre, François Hollande fait le bilan du macronisme et de la désintégration du paysage gauche-droite habituel. Et comme toujours, il ne retient pas ses mots : « Il y a un mécontentement sourd qui est là ; mais comme il n’y a pas de débouché politique… on est dans le néant.« 

Le dur bilan du fidèle Pierre Person

Pierre Person est pourtant l’un des fidèles du départ. Il fonde avec d’autres (dont Sacha Houlié, devenu député) en 2015 les Jeunes avec Macron, avant même la création d’En Marche. Il participe ensuite aux campagnes présidentielles et législatives comme conseiller politique, puis membre du bureau exécutif du parti. Bref, il est une pièce maîtresse de la macronie, jusqu’en septembre 2020 : le numéro 2 de LREM et député de Paris quitte la direction du parti. Il déplore que le mouvement ne produise plus d’idées nouvelles, et que le parti délaisse les marcheurs. Face à Davet et Lhomme, il se veut plus dur encore.

« On arrive à l’Assemblée, raconte Person, on était absolument arrogants, on considérait que l’Assemblée était une chambre d’enregistrement », reconnaît-il notamment, donnant ainsi raison aux critiques des différentes oppositions tout au long du mandat. Et d’ajouter : 

« Parce que je pense qu’il y a un réflexe de sur-loyauté à l’égard du président (…) Penser, à certains égards, peut être considéré comme étant déloyal.« 

Il pourfend également le « en même temps » qu’il a pourtant défendu publiquement. En réalité, semble-t-il avouer aujourd’hui, dès la présentation du programme présidentiel, il a eu des divergences sur le fond : « On a choisi la ligne la plus conservatrice à la ligne plus allante qui était la nôtre. » Lui était pour une mouture du programme plus « disruptive » encore, avec refonte des institutions ou encore des positions sociales plus progressistes, sur la dépénalisation du cannabis notamment. Des ambitions abandonnées pour assurer la victoire du candidat. Son honnêteté est bien rare au sein de LREM, parti qu’il n’a pas quitté, pour défendre aujourd’hui une posture de « constructif ».

Pas de parti, pas de survie

Aujourd’hui, les macronistes rejoignent l’opposition sur un point : l’effervescence de la campagne et l’exercice du pouvoir par Emmanuel Macron n’auront pas permis de créer un véritable parti derrière lui. Une fois les élections législatives de 2017 passées, la vie de La République en Marche a été parcourue de départs, de défaites électorales et d’un soutien aveugle à la ligne dictée par Emmanuel Macron. Le sénateur LREM et l’un des plus fidèles soutiens du président, François Patriat, l’explique très simplement : « Emmanuel n’aime pas les partis, il ne voulait pas de parti. Moi je lui dis : il faut en faire un. Mais la vision d’Emmanuel c’est : pas de parti, et une équipe autour de lui. Donc on a un mouvement qui n’a pas de réalité. (…) Pour les gens LREM c’est quoi ? C’est rien« . 

François Bayrou y va également de son analyse, sans retenue envers son allié : « Un parti politique, c’est quatre choses. Un, c’est une doctrine, une philosophie, une vision du monde, une idéologie. (…) Deuxièmement, c’est une affectio societatis : ‘Il est des nôtres’, ça veut dire un goût pour être ensemble. Troisièmement, c’est un enracinement, un réseau. Dans chaque région, une présence, légitimée par les élections. Et, quatrièmement, c’est un leader. Si vous n’avez pas les quatre, vous tombez. » Le président du Modem s’attend-t-il à une chute ?

« On n’a pas cherché à développer une matrice idéologique« , reconnaît dans le livre la députée des Yvelines Aurore Bergé. Elle poursuit : « Je sais bien qu’il n’y a pas de parti, c’est pour ça, d’ailleurs, que j’en ai quitté la direction à la rentrée 2020, parce que j’ai considéré que ça n’avait plus vraiment de sens« . Impossible de créer une idéologie avec une formation constituée de personnes venant de différents courants de gauche et de droite. Encore moins quand la consigne est de soutenir aveuglément la ligne du président. Un parti, selon Pierre Person doit « ériger des sensibilités qui permettent en fait de s’affronter et de tracer une ligne » commune, « mais ça n’a jamais été une volonté » de la part du parti majoritaire. Un véritable problème à moins d’un an d’une présidentielle. « On va arriver en 2022 et idéologiquement, je pense qu’on est à poil« , concède-t-il. Et Marlène Schiappa de conclure également avec lucidité sur l’avenir du macronisme : « Il n’y a personne derrière, c’est-à-dire que le jour où le président décide qu’il fait sa petite valise et qu’il va prendre une petite pause et faire le tour du monde avec sa femme… le jour où le président s’en va, il n’y a personne pour être président à sa place.« 

8. Article

Selon les journalistes Davet et Lhomme, Emmanuel Macron aurait « trahi » François Bayrou en 2017

Ouest-France  16/10/2021 

« Trahi » par l’équipe d’Emmanuel Macron sur la place du Modem à l’assemblée en 2017, son allié François Bayrou s’est vu proposer un dédommagement financier qu’il a refusé, affirment les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme dans leur livre Le traître et le néant.PUBLICITÉ

Les auteurs, qui précisent avoir prévenu la centaine d’interlocuteurs qu’ils enregistraient leurs entretiens, citent François Bayrou expliquant qu’il a passé un accord avec Emmanuel Macron peu de temps après son élection en mai 2017 pour se répartir les 577 circonscriptions, dont 144 pour le Modem.

Lire aussi : ENTRETIEN. Gérard Davet et Fabrice Lhomme : « Nous avons cherché à démasquer Emmanuel Macron »

Le Modem obligé de « grappiller » des circonscriptions

Mais le lendemain le secrétaire général du parti LREM Richard Ferrand n’annonce que 16 circonscriptions pour le Modem. François Bayrou voit rouge mais Emmanuel Macron reste silencieux. François Bayrou « est revenu à la charge et puis finalement il a grappillé » des circonscriptions et obtenu une cinquantaine de sièges de députés, résument les auteurs.

Surtout, certains macronistes ont « sous-entendu qu’ils pouvaient payer, nous donner de l’argent pour compenser », écrivent Gérard Davet et Fabrice Lhomme en citant François Bayrou qui calcule, selon eux, la somme de « quatre millions d’euros ».

Interrogé l’entourage de Richard Ferrand, devenu depuis président de l’Assemblée nationale, dit qu’il n’est « pas au courant » qu’un tel marché ait pu être proposé.

François Bayrou reconnaît des « tensions »

« Il y a eu ce moment de tension autour du nombre de députés que nous allions avoir et en effet des mots malheureux ont été prononcés en disant : si vous n’avez le nombre de députés on peut vous garantir des ressources », a de son côté expliqué mercredi François Bayrou, interrogé sur Europe 1.

« Mais ce sont des pratiques que nous n’avalisons pas », a-t-il ajouté, précisant que pour lui, Emmanuel Macron « n’est pas dans les petites manœuvres » et qu’il revotera « évidemment » pour lui s’il se présente en 2022.PUBLICITÉCetelem vous accompagne dans vos nouveaux projetsJe découvreEt en ce moment, découvrez notre Prêt Personnel et bénéficiez de la souscription 100% en ligne.Inspired by

« Toute proposition de compensation financière, bien que commune et légale entre partis politiques, a été repoussée par nous sans discussion », a complété ce dimanche François Bayrou dans une interview au Journal du Dimanche.

Au-delà de cet épisode, les auteurs ont rencontré de nombreux interlocuteurs qui se sont sentis « trahis » par le chef de l’État, dont en premier lieu l’ex-président socialiste François Hollande, mais ils n’ont pas eu accès à Emmanuel Macron ni à sa garde rapprochée.

Dans leur enquête, ils soulignent les procédures judiciaires qui semblent « enterrées » sur la vente contestée d’Alstom à General Electric quand Emmanuel Macron était ministre de l’Économie (2014-2016). Ils s’interrogent sur la nomination d’Éric Dupond-Moretti à la tête du ministère de la Justice sur fond d’« intérêts conjoints » de l’ex-président Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron, un « opportuniste », selon Davet et Lhomme

Ils retiennent de leur enquête sur Emmanuel Macron « un opportuniste habité par son destin, comme dit Alain Minc » avec « une conception du pouvoir qui décrédibilise les contre-pouvoirs » et qui « atomise les oppositions ».

Une conception qui accentue le phénomène « d’un pays déboussolé » qui n’a « plus qu’un choix qui sera entre l’extrême droite et un homme raisonnable », résument les deux journalistes.

Selon eux, il y a les pro-Macron, comme Benjamin Griveaux qui sont convaincus que cette stratégie est « brillantissime » car les électeurs « choisiront toujours le raisonnable ». « Et puis vous avez tous les autres qui sont nombreux, qui nous disent : mais c’est hyper dangereux » parce que « si les gens en ont marre de toi, c’est le chaos ».

9. Emission

LE GRAND DÉBAT / Les Français de plus en plus radicaux ? / Davet et Lhomme : Macron dans le collimateur !

LCP

A six mois de la présidentielle, le suspense reste entier. Une grande enquête électorale a été dévoilée cette après-midi par le journal Le Monde. Le sondage décrit un morcellement du paysage politique, accentué par les rivalités au sein du bloc d’extrême droite renforcée. La gauche fragmentée, la France droitisée, et la radicalité augmentée, voilà ce que révèlent les résultats du sondage. Alors qu’une précédente enquête prévoyait un duel Macron-Le Pen pour 2022, ces nouveaux résultats qualifient Eric Zemmour à la finale de la campagne présidentielle. Pourtant les 16 000 personnes interrogées placent le pouvoir d’achat et la transition écologique devant l’immigration et la délinquance dans leurs priorités. N’est-ce pas un paradoxe ?

Invités :
– Erwan Lecoeur, sociologue, spécialiste de l’extrême droite
– Géraldine Woessner, journaliste politique au Point
– Stéphane Zumsteeg, Directeur du département Opinion de l’Institut Ipsos
– Frédéric Potier, préfet, codirecteur de l’Observatoire des radicalités politiques de la fondation Jean-Jaurès

LE GRAND ENTRETIEN / Davet et Lhomme : Macron dans le collimateur !

Gérard Davet et Fabrice Lhomme, grands reporters au Monde, signent un nouveau livre intitulé « Le traître et le néant », (Fayard). Le traître fait référence à la trahison d’Emmanuel Macron envers François Hollande en 2016, tandis que le néant évoque la macronie et la difficulté de définir cet univers pour les personnes qui en font partie.

De nombreuses personnalités plus ou moins proches du chef de l’Etat livrent leurs impressions sur la sphère du président, la personnalité d’Emmanuel Macron, tout cela « on the record », seule méthode utilisée par les journalistes.

Les auteurs relatent les coulisses de la conquête de l’Élysée, la solitude du pouvoir d’un homme, fin stratège mais ovni politique, et l’exercice de son pouvoir.

LES AFFRANCHIS
– Camille Saféris, comédien
– Thibault Hénocque, journaliste à LCP, rédacteur en chef adjoint

LIEN VERS L’EMISSION :

https://lcp.fr/programmes/ca-vous-regarde/davet-et-lhomme-macron-dans-le-collimateur-82100

10. Article

“Le Traître et le néant” : Macron est-il un héros sartrien ?

Arthur Hannoun  25 octobre 2021  Philosophie Magazine

« Comme il n’y a pas de débouché politique, on est dans le néant. » La formule est de François Hollande. La cible de l’ex-président de la République ? le macronisme. Les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, eux, viennent de publier unouvrage intitulé Le Traître et le Néant(Fayard). Il s’agit d’un bilan critique du parcours d’Emmanuel Macron depuis son passage au ministère de l’Économie et des Finances… sous la présidence de François Hollande. L’actuel chef de l’État y est présenté comme un « traître », et son parti La République en marche comme un « néant ». Bigre ! 

Les témoignages et confidences de plusieurs grandes figures de la classe politique française constituent le cœur de cet ouvrage. La référence à L’Être et le Néant (1943), l’ouvrage majeur de Jean-Paul Sartre, est-elle plus qu’un jeu de mot ? Sans doute, car l’existentialisme de Sartre a quelque chose à nous dire sur la politique aujourd’hui… Décryptage.

Ambivalente liberté

L’existentialisme est ce courant qu’incarne Jean-Paul Sartre en France au milieu du XXe siècle. Il repose sur deux idées fondamentales : l’être humain n’est pas prédéterminé, et sa liberté est inconditionnelle. Sur le premier point, Sartre distingue ce qu’il appelle « l’être-en-soi » et « l’être-pour-soi ». L’être-en-soi, c’est l’objet inanimé, dont l’essence est définie avant que celui-ci n’existe : on sait ce que sera un taille-crayon avant de le fabriquer. L’être-pour-soi, à l’inverse, c’est l’individu humain. Il n’est déterminé par aucune essence, si bien que tous les instants de sa vie sont marqués par une potentialité d’action qui peut aller dans des sens très différents. Mais qui dit absence d’essence dit entière liberté. Et c’est là, pour Sartre, que les choses se corsent. Cette liberté infinie, sans chemin ni repère, peut d’abord faire l’effet d’un vertige. Le trop-plein de choix effraie, désoriente, perd. C’est le sens de son roman La Nausée (1938), dont le titre décrit le sentiment d’angoisse qui accompagne ce vertige : 

« Tout est gratuit, ce jardin, cette ville et moi-même. Quand il arrive qu’on s’en rende compte, ça vous tourne le cœur et tout se met à flotter, comme l’autre soir… Voilà la nausée. » 

Le néant se présente ainsi dans toute son ambivalence, tour à tour abîme et promontoire, source de lâcheté et d’héroïsme. Ce qui caractérise le lâche, le traître, c’est ce que Sartre appelle la « mauvaise foi ». Celui qui refuse de concevoir la pleine potentialité de son être se cache derrière une prétendue essence, comme s’il n’avait pas le choix. Comme s’il n’était pas libre.

Emmanuel Macron en panne d’essence ?

Pour Fabrice Lhomme et Gérard Davet, il existe bien un lien entre cette philosophie et le président Emmanuel Macron. Ce dernier serait lui-même un « traître », et son parti politique un « néant ». Les deux journalistes déclarent dès la préface : « Après des années d’investigations, il nous a paru résumer à la perfection la trajectoire foudroyante de cet animal politique non identifié. » Ils évoquent un homme ayant « trahi son mentor, puis ses idéaux », « fait exploser le décor politique hexagonal » et fait aboutir la France à un « désert idéologique inédit sous la Ve République ». L’actuel président français est présenté comme un caméléon, capable de prendre position en fonction de la situation du moment plutôt qu’en vertu d’une conviction véritable. 

François Hollande déclare à propos de son ancien ministre :

« Il n’est rien ! C’est un déguisement successif. Il est tout à la fois, successivement. Un transformiste ! À court terme, c’est une habileté, et un tempérament. Mais à long terme c’est destructeur, car, qu’on soutienne ou s’oppose, on a besoin de compréhension, d’avoir un cadre de référence. » 

Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat et ancien ministre de Hollande, est peut-être celui qui résume le mieux cette critique : 

« Quand il n’y aura plus Macron, il n’y aura plus de macronisme. Il n’y a pas de colonne vertébrale idéologique, pas de passé, c’est du coup par coup. » 

Et les deux journalistes de conclure : 

« La plupart de nos interlocuteurs le jureraient, le macronisme ne saurait survivre à son créateur, puisqu’il se confond avec lui. »

« En marche » ou « en situation » ?

Mais alors Macron serait-il vraiment un traître au sens où l’exprime Sartre ? La question, comme le concept de néant du philosophe française, est plus délicate qu’il n’y paraît. D’un côté, et dans la lignée des deux journalistes et des propos cités, on pourrait voir dans l’absence d’engagement clair et de colonne vertébrale idéologique du président une forme de lâcheté. Le président ferait preuve de « mauvaise foi » en ce sens qu’il se complairait dans un néant auquel il donnerait tour à tour les visages de la nécessité immédiate. Mais peut-on vraiment ramener la politique macroniste à ce seul jugement ? Et puis, cette posture du président français ne pourrait-elle pas, paradoxalement, s’inscrire dans la tradition sartrienne ? 

En effet, l’idée de se réinventer sans cesse en fonction des situations et des choix à faire est la définition même de l’existentialisme qu’il défend. Si le macronisme n’a pas d’essence, il est toujours « en situation », selon l’expression de Sartre, en marche : faudrait-il donc y voir un symbole de liberté pleinement assumée ou la marque d’un travestissement coupable ? Le néant idéologique supposé pourrait bien apparaître comme la conséquence d’une réalité nouvelle : dans un domaine aussi fragile, désordonné et instable que la politique, le pouvoir pourrait-il faire de ses représentants autre chose que des opportunistes réfractaires à l’idée de sublimer leur vertige ?

1 réponse »

  1. Bonjour, Thierry,S’il fallait résumer le portrait de ce président, on pourrait dire aussi qu’il est le bébé monstrueux, vorace et pervers du néolibéralisme « cac-quaranté », peut-être le monstre fragile de l’apocalypse…Bien amicalementJean-Marc

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