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LE METAVERS POUR EVINCER PETIT A PETIT FACEBOOK ?

PRESENTATION – NOUVELLE LUBIE DE Zuckerberg

Metahodos a édité deux publications récemment :

https://metahodos.fr/2021/12/07/metavers-facebook/

https://metahodos.fr/2021/12/05/dossier-de-the-conversation-facebook-le-metavers-avenir-dinternet-ou-prison-numerique/

Alors que la plupart des gens ne comprennent pas et n’ont pas nécessairement envie de comprendre ce qu’est cette nouvelle lubie de Sir Zuckerberg, force est de constater que ce sujet est important, ne serait-ce que parce qu’il révèle, une fois de plus et comme c’est souvent le cas avec les nouvelles technologies, le fossé qui se creuse entre les géants de la tech, nichés au sommet de la Silicon Valley, et le petit peuple soumis à son train-train quotidien.

Voici une tribune d’Amélie Maquiaba, lectrice d’Usbek & Rica

Article

« Le but du Métavers est clair : évincer petit à petit Facebook des projets de l’entreprise de Mark Zuckerberg »

Usbek & Rica – Amélie MAQUIABA– 29 novembre 2021

Qui n’a pas déjà rêvé de vivre dans un monde virtuel, où l’on peut être qui l’on veut, faire ce que l’on veut, dans des mondes futuristes, féeriques ou juste hors du réel ? Cette promesse de s’extraire du monde réel à travers le virtuel n’est pas nouvelle. La popularité des jeux de simulation comme les Sims, ou Second Life, démontrent bien cette envie de l’individu de recréer virtuellement des mondes qu’il peut entièrement contrôler.

Dans les jeux vidéo ou les films de science-fiction, le futur fait fantasmer. L’hoverboard de Marty dans Retour vers le futur, de Robert Zemeckis, en a fait rêver plus d’un (hoverboard que j’attends toujours, soit-dit en passant. Et le vrai, celui qui vole). Plus récemment, dans le film Ready Player One, de Steven Spielberg, c’est clairement un Métavers qui est présenté, et qui fait rêver les protagonistes du film.

En effet, l’Oasis, tel que se nomme le Métavers dans l’œuvre de Spielberg représente cet eldorado virtuel qui permet de faire tomber toutes les barrières du réel. Pour le héros, le Métavers lui permet de s’extraire d’une réalité moribonde, pour lui ouvrir les portes d’un monde unique, excitant, où l’on réalise ses rêves les plus fous. Comme il le dit si bien dans la bande-annonce du film, « les gens vont dans l’Oasis pour faire ce qu’ils veulent, mais ils y restent pour pouvoir être ce qu’ils veulent ». Certes, on peut également citer nombre de films qui, au contraire, nous dépeignent un futur où les technologies nous ont rendu la vie plutôt infernale (Matrix, Blade Runner). Mais, de manière générale, l’imaginaire des œuvres de science-fiction vante plutôt les mérites d’une vie améliorée, augmentée par les nouvelles technologies.

Les jeux-vidéos, quant à eux, ont bercé l’enfance de millions d’individus à travers le monde (y compris moi). Le fait d’explorer des mondes imaginaires, souvent très beaux, d’avoir la possibilité de jouer un rôle dans une histoire que l’on contrôle par l’interactivité, propre à cet art, est ce qui fait l’engouement du jeu vidéo, jusqu’à l’âge adulte pour bon nombre d’entre nous.

Et c’est dans la droite ligne de cette promesse vendue depuis des décennies que Mark Zuckerberg nous présente son concept du Métavers. Pour lui, d’ailleurs, comme il l’indique dans sa vidéo d’annonce : « N’est-ce pas là l’ultime promesse que nous offre la technologie ? Rester connecté avec qui l’on veut, se téléporter où bon nous semble, créer des mondes et en profiter sans limites ? » Dans sa longue keynote dévoilant toutes les possibilités du Métavers, le fondateur de Facebook nous présente en effet tour à tour des univers colorés, très esthétiques, dans lesquels il est possible, par exemple, d’y pratiquer sa séance de sport et de boxer un monstre digne du jeu Little Big Planet, le tout en ne bougeant pas de chez soi.

Il est également possible de rejoindre, d’un claquement de doigt, son amie dans une salle de concert, en se « téléportant », c’est-à-dire en projetant son hologramme dans ladite salle de concert. Il sera possible ensuite de créer un avatar et rejoindre l’after-party du concert, dans un monde ressemblant fortement à celui des Sims 4, par ailleurs.

En clair, l’objectif est de faire fusionner le réel et le virtuel, de briser les limites de distance ou de temps. C’est d’ailleurs exactement de cette manière que Mark Zuckerberg décrit sa vision du Métavers : « Grâce au Métavers, nous dépassons (…) les contraintes de l’écran, les limites de la physique et de la distance ».

Le Métavers dans l’open-space

Sans surprise, cette fusion entre le réel et le virtuel qu’offre le Métavers s’appliquerait également dans le monde du travail. Une avancée qui suit la logique de son évolution actuelle, qui tend à se digitaliser et à démocratiser le télétravail. De cette manière, il serait possible de retrouver ses collègues à la machine à café, sans bouger de chez soi. Un mélange d’hologrammes, d’avatars et de personnes réelles pourraient donc échanger, quel que soit leur emplacement. Pratique, si des périodes de confinement viennent à se présenter à nouveau…

Est-ce que vos réunions auraient plus d’intérêt si votre responsable débarquait en salle de réunion avec un avatar de personnage de dessin animé ? Avec le Métavers, c’est possible.

Enfin, le Métavers offre des champs de possibilités infinies pour les créateurs et les développeurs. C’est d’ailleurs eux qui sont mis à l’honneur, Mark Zuckerberg mettant très régulièrement en avant la créativité de chaque individu comme l’essence qui fera tourner le moteur de ce Métavers. Et je ne peux que m’en réjouir, la créativité étant selon moi l’élément le plus essentiel au développement de chaque individu, et à l’évolution d’une société plus collaborative et innovante.

Entre autres, le Métavers permettra aux créateurs de contenus d’imaginer des espaces d’échanges et de créer un univers dédié à leur communauté. Il permettra aussi de fabriquer et commercialiser des produits virtuels, notamment par le biais des NFT, des jetons permettant notamment d’accéder à la propriété d’une œuvre.

Cette terre promise par le Métavers fait donc rêver, c’est certain. Pour autant, pas sûre qu’elle remporte l’adhésion de tous, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, parce que nous ne sommes pas tous des fans de jeux-vidéo ou de science-fiction, et que l’idée de s’échapper dans un monde virtuel n’a pas forcément d’intérêt pour tout le monde. Mais il n’y a pas que ça.

Dans la keynote du Métavers, les intervenants ainsi que Mark Zuckerberg n’ont cessé d’employer le mot « cool » pour désigner chacune des différentes composantes du Métavers. Et c’est là toute l’idée de la firme : insister sur le caractère cool et tendance du Métavers, pour attirer le plus de monde. Mais dans les faits, est-ce que le Métavers est si cool qu’il n’y paraît ? Pas sûr…

La Silicon Valley nous propose donc un futur désirable… Mais désirable pour qui ?

Nous avons donc passé en revue toutes les possibilités qu’offre, en surface, la création d’un Métavers. Mais, si l’on creuse davantage, on peut y voir d’autres bénéfices qui répondent à une stratégie bien ficelée de Mark Zuckerberg.

Premièrement, des bénéfices pour la firme elle-même. Dans sa vidéo d’annonce, un élément du discours du père de Facebook m’a en effet frappée. Il semble vouloir insister sur le fait que Facebook ne représente plus les projets de la firme au global. Selon lui, « notre marque est si fortement liée à un seul de nos produits (Facebook, ndlr), qu’elle ne peut plus représenter l’ensemble de nos projets ».  A terme, Mark Zuckerberg espère « que nous serons considérés comme une entreprise du Métavers ». Dernier coup de grâce pour le réseau social : « Nous fonctionnerons avec le Métavers, et non Facebook. Vous n’aurez donc pas à utiliser Facebook pour utiliser nos autres services », explique-t-il à la fin de vidéo.

La démarche est donc claire : évincer petit à petit Facebook des projets de l’entreprise jusqu’à, pourquoi pas, en faire disparaître le nom. Et cela se comprend, au vu de toutes les casseroles qui lui sont liées.Du scandale Cambridge Analytica, où le réseau social est suspecté d’avoir influencé le résultat de la campagne présidentielle américaine de 2016, jusqu’aux récentes révélations des employés du réseau social accusant ce dernier de faire passer les profits avant la modération de contenus, la côte de popularité de Facebook est clairement en berne. Lancer le Métavers est donc un moyen d’enterrer progressivement un réseau social qui devient peu à peu dérangeant pour la firme et qui vit ses dernières années de règne.

 Mais est-ce que les travers dont est accusé Mark Zuckerberg s’arrêteront pour autant ? On sait aujourd’hui que Facebook, malgré son apparente gratuité, ne l’est pas vraiment. Pour le moment, aucune information n’a été divulguée sur le modèle économique du Métavers, mais il y a fort à parier qu’une monétisation du même type soit appliquée, c’est-à-dire une utilisation de nos données comme monnaie d’échange, à des fins plus ou moins orthodoxes.

Éric Sadin, dans son ouvrage La Siliconisation du monde, définit cette nouvelle économie comme une « industrie de la vie ». Selon lui, l’industrie de la vie se définit comme le fait de « capitaliser sur les moindres manifestations de la vie, faisant émerger une économie adossée aux flux ininterrompus de la vie et du monde ». Avec, comme objectif, à terme, « que la quasi-totalité des gestes individuels et collectifs génère des données (…) faisant l’objet de multiples exploitations, d’ordre prioritairement commercial ».

Le Métavers : un futur à réinventer, dans toute sa complexité

Mark Zuckerberg espère que dans 10 ans, le Métavers et toutes ses applications deviennent « mainstream », entendre accessible à tous  et largement répandues. Il y a 10 ans, les imprimantes 3D devaient aussi devenir un « must-have » dans toutes les habitations… Pour éviter un énième échec, il est selon moi important que nos Jedi de la tech redescendent sur Terre et nous rejoignent, nous autres Padawan, dans nos tribulations du quotidien. Il est évident que le Métavers ne s’inscrit pas dans les considérations de la majeure partie de la population, ainsi que dans les enjeux auxquels fait face notre société actuelle.

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