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PANDEMIE : FABRICATION STATISTIQUE ET VERIDICTION POLITIQUE

Manipulation des chiffres et dramatisation du discours ?

Il est impossible de tirer une image adéquate de la situation sanitaire du covid sans chercher d’abord à savoir ce que les chiffres officiellement affichés à grand bruit signifient réellement.

Nathalie MP Meyer développe cette approche indispensable pour évaluer tant la fabrication de la statistique que l’ampleur de la dramatisation par l’exécutif ; Au moment même où le rapport Bronner devait nous donner une analyse et des solutions pour objectiver l’information utile au débat public ( voir nos publications récentes sur ce point )

Un taux d’occupation des lits en soins critiques affiché de 76,16 %, une réalité de 19,7 % ? Demonstration

L’auteure de l’article, que l’une de nos lectrices nous propose de partager, est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient « Le Blog de Nathalie MP » avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.

Désorganisation et manque de personnels

Remarquons toutefois que la statistique concernant les lits – qui montre la fabrication de biais au service d’un discours – n’est pas suffisante pour évaluer la gravité de la situation dans les hôpitaux. Il y règne une désorganisation à laquelle le manque de personnels contribue pour une part essentielle.

Article

Covid : les chiffres, l’analyse des chiffres et le discours officiel

19 janvier 2022. Contrepoints Nathalie MP Meyer

Il en va des chiffres du covid comme de ceux du chômage ou des comptes publics. Non seulement il est impossible de se fier au discours gouvernemental qui accompagne les différentes publications – mais cela, on le savait ; c’est une donnée pour ainsi dire structurelle du discours politique. Mais surtout, impossible d’en tirer une image adéquate de la situation sanitaire sans chercher d’abord à savoir ce que les chiffres indiqués signifient réellement.

On se rappellera par exemple que le ministre de l’Économie Bruno Le Maire qualifiait de véritable « exploit » le fait que notre taux de chômage soit revenu à son niveau de fin 2019 au troisième trimestre 2021, c’est-à-dire 8,1 %, preuve irréfutable selon lui que la politique économique du gouvernement portait ses fruits. Que ce taux soit l’un des plus médiocres de l’Union européenne n’est évidemment pas une chose à dire. Qu’il soit soutenu par un « quoi qu’il en coûte » des moins productifs non plus.

Plus récemment, le ravissement officiel consistait à faire savoir que l’année 2021 se terminerait sur un déficit public inférieur à celui qui était envisagé quelques semaines auparavant. Il n’empêche que le déficit devrait quand même se situer entre 7 et 8 % du PIB. Une note de 5/20 est certes meilleure qu’une note de 3/20, mais est-ce un bon résultat pour autant ?

La seule différence avec le traitement statistique du covid, c’est que le discours économique de Bercy nous badigeonne de « tout va très bien » là où il y aurait largement de quoi s’inquiéter devant la dérive de nos comptes publics (et le retour pas fortuit du tout de l’inflation) tandis que le discours sanitaire d’Olivier Véran et Cie cherche à nous faire entrer dans le crâne que « tout ira très mal sans soumission aveugle et solidaire aux consignes éclairées du gouvernement » là où il y aurait largement de quoi apaiser les angoisses de la population.

La rhétorique est connue : virus diabolique, vague fulgurante, hôpital submergé, reprogrammation de certaines interventions et tri des patients d’un côté ; injonction vaccinale devenue folle voire obsessionnelle de l’autre, alors que 91,6 % de la population majeure est aujourd’hui complètement vaccinée.

Une rhétorique dont l’épouse du président de la République s’est faite elle-même la porte-parole comme s’il s’agissait de l’explication la plus naturelle du monde. De passage dans les médias la semaine dernière pour le lancement de l’opération Pièces Jaunes 2022 qu’elle préside, voici comment Mme Macron a répondu aux questions sur  la furieuse « envie »de son mari « d’emmerder les non-vaccinés » :

Je regarde toujours ce qu’il y a derrière cette phrase. Et derrière, c’est la situation actuelle à l’hôpital. Ils vont tenir, il faut qu’ils tiennent, et on n’a pas d’autres moyens. 

L’hôpital, ce grand malade qu’il faut sauver à tout prix, même au prix de quelques libertés essentielles… La personne qui parle comme les propos qu’elle tient n’ont certes rien de très officiel, mais on imagine mal la première dame se répandre en prime time en déclarations non-validées sur le pass vaccinal. On comprend au contraire que le sauvetage pour ainsi dire « citoyen » de l’hôpital doit devenir chez les Français le lieu commun automatique justifiant toutes les mesures coercitives qui ont été prises, sont prises et pourraient être prises contre la pandémie.

À regarder les chiffres cependant, la chose semble loin d’être parfaitement évidente.

Le rapport de l’ATIH sur les hospitalisations en 2020 publié en novembre dernier soulignait déjà combien notre système hospitalier avait le don de se noyer lui-même dans ses propres carences d’organisation. Aujourd’hui, alors qu’Emmanuel Macron a entrepris de durcir les rétorsions vis-à-vis des non-vaccinés, il me semble indispensable de prendre conscience de trois réalités statistiques.

Tout d’abord, comme je l’ai déjà dit en d’autres articles, le nombre de « cas », aussi « fulgurant » soit-il, n’est pas un indicateur fiable de la gravité de la pandémie, comme on le voit très bien sur le graphique ci-dessous, extrait du bulletin Santé publique France du 13 janvier 2022.

Plaçant en regard l’un de l’autre le nombre de nouveaux cas et le nombre de nouvelles hospitalisations, il montre clairement combien, entre la moindre dangerosité du variant et la couverture vaccinale élevée de la population, la vague Omicron est devenue pour l’essentiel une simple affaire de tests et de médecine de ville :

Covid chiffres

De ce fait, égrener tous les jours les nombres à six chiffres des nouvelles contaminations, 250 000, 300 000, 350 000 etc., n’apporte pas grand-chose, ni sur la situation pandémique ni sur la situation réelle de l’hôpital.

Si l’on veut maintenir la population dans l’angoisse en revanche…

Peut-être, me direz-vous, mais il n’en demeure pas moins que le « taux d’occupation » des patients covid dépasse les 76 %. Difficile de prendre cela pour une situation normale ! L’apocalypse peut surgir à tout moment.

Eh bien, il se trouve que ce chiffre fait justement partie de ceux qui demandent à être analysés avant d’être utilisés pour soutenir des interprétations forcément dramatiques de la situation hospitalière.

Il s’agit en l’occurrence du taux d’occupation des services dits de soins critiques qui comprennent non seulement les réanimations, mais également les soins intensifs et les services de surveillance continue. Selon le Tableau de bord covid du gouvernement, il y avait 3852 personnes en soins critiques au 16 janvier 2022, soit en effet un taux d’occupation affiché de 76,16 % :

    

Or comme vous pouvez le lire au bas du graphe de droite, le taux d’occupation est défini de la façon suivante :

Proportion de patients atteints de la Covid-19 actuellement en réanimation, en soins intensifs, ou en unité de surveillance continue rapportée au nombre total de lits en capacité initiale. 

Les deux chiffres publiés nous permettent de calculer par simple division que le « nombre total de lits en capacité initiale » retenu est de 3852/0,7616 = 5058 lits.

Pourtant, d’après un rapport sur les soins critiques publié par la Cour des comptes en juillet 2021, la France disposait au 31 décembre 2019 de 19 580 lits de soins critiques se répartissant en 5433 lits en réanimation, 8192 en surveillance continue et 5955 en soins intensifs.

Autrement dit, si l’on veut éviter de mélanger les torchons et les serviettes pour calculer le taux d’occupation covid en soins critiques, il convient de rapporter les 3852 patients covid de ces trois variétés de services au nombre de lits dans ces mêmes trois services. Ce calcul nous amène à un taux de 3852/19 580 = 19,7 %.

Si l’on souhaite connaître également la situation particulière des services de réanimation (où l’on peut intuber les malades – utile en cas de détresse respiratoire), il conviendrait de ne compter que les patients covid en réanimation puis de les rapporter aux lits de réanimation. D’après l’équipe CheckNews de Libération, qui s’est renseignée auprès de la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), il y avait 2853 patients Covid en réanimation au 11 janvier 2022, ce qui nous conduit à un taux d’occupation en réa de 2853/5 433 = 52,5 %.

Ces taux souffrent néanmoins d’un autre biais. Pourquoi en revenir à la situation initiale de décembre 2019 ? On sait que le niveau de 12 000 lits en réanimation promis par Olivier Véran à l’été 2020 n’a jamais vu le jour, mais les capacités ont néanmoins augmenté. Toujours d’après CheckNews et la DGOS, les services de réanimation disposent aujourd’hui de 6722 lits, ce qui porte leur taux d’occupation Covid à 42,4 %.

Conclusion : qu’on parle des soins critiques dans leur ensemble ou des services de réa uniquement, force est de constater que nous sommes loin des terribles 76 % annoncés.

Nous en sommes d’autant plus loin qu’une autre subtilité est apparue récemment dans le décompte des patients hospitalisés pour Covid-19. Certains, les plus nombreux, entrent à l’hôpital, voire en soins critiques, en raison de leur contamination par le Sars-Cov-2. D’autres, cependant, sont hospitalisés pour d’autres raisons – pour une autogreffe myélome par exemple – tout en étant porteurs du virus.

Or ces derniers, qui auraient été hospitalisés même sans être contaminés, sont comptés parmi les effectifs covid. Selon le dernier bulletin de Santé publique France, qui a recalculé les nouvelles hospitalisations et les entrées en soins critiques en scindant les deux populations, ils représentent actuellement 20 % des hospitalisations covid et 8 % des soins critiques Covid, en légère augmentation sur les semaines précédentes :

Covid chiffres

Il va de soi que si l’on retire ces patients des effectifs directement covid, les taux d’occupation induits par la pandémie baissent encore un peu plus.

Notons en outre que le nombre de patients en soins critiques semble amorcer sa décrue. C’est pourtant le moment qu’Emmanuel Macron a choisi pour instaurer à toute force un pass vaccinal qui sera à l’évidence tout aussi inutile pour la protection de notre santé que le pass sanitaire avant lui.

À moins qu’il ne s’agisse d’une opération purement politique visant à ressusciter une contestation de type Gilets jaunes qui pourrait bénéficier aux candidats extrêmes les moins susceptibles de lui faire de l’ombre au second tour de la prochaine, très prochaine élection présidentielle. Dans tous les cas, ça promet…

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