
L’absence de débat de fond et la « fatigue démocratique «
Le Monde avait déjà alerté dans un éditorial et une chronique, voir notre publication sur metahodos.fr :
LE JOURNAL « LE MONDE » S’ENGAGE POUR LA DÉMOCRATIE ET LE DÉBAT ENTRE CANDIDATS. https://metahodos.fr/2022/03/10/editorial-le-monde-sengage-pour-la-democratie-et-le-debat-entre-candidats/
Extraits de l’éditorial du Monde du 9 mars :
« Ses adversaires sont actuellement si distancés qu’ils donnent l’impression de n’être que des figurants condamnés à parler dans le vide.
« Cette situation est doublement malsaine. «
« D’abord, parce qu’elle fausse la représentation démocratique. «
« Ensuite, parce qu’elle prive les électeurs d’un débat clair et approfondi sur tous les grands enjeux du moment. «
« cinq thèmes cruciaux : la défense du pays, l’état de la construction européenne, la dépendance aux énergies fossiles, le pouvoir d’achat, la capacité de financer notre besoin massif d’investissements. «
« …un débat de fond est impératif si l’on veut éviter à l’avenir les blocages, les tensions et les mauvaises surprises »
« …ce n’est pas la guerre en Ukraine qui écrase le débat, mais la façon dont chacun s’en est servi à des fins politiciennes. Le président de la République, d’abord, pour gérer aussi longtemps que possible sa position de favori en surplomb de ses concurrents »
Extraits de la Chronique du Monde de Solenn de Royer du 8 mars 2022.
« Emmanuel Macron, président “liquide” au cœur d’une campagne fantôme »
« Cette « non-campagne » présidentielle est le point d’orgue d’une dépolitisation à l’œuvre depuis cinq ans. Si ce contexte sert le président sortant, il vient fragiliser encore une démocratie épuisée. »
« Avec la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron, par une lettre aux Français agrémentée d’une vidéo postée sur les réseaux sociaux, la campagne peut enfin démarrer. Et, pourtant, elle semble terminée avant même d’avoir commencé. «
« Déjà largement éclipsée par la crise sanitaire, celle-ci est désormais écrasée par la guerre en Ukraine et ses répercussions en Europe. »
« …les autres candidats se voient relégués au second plan, en grande difficulté pour développer leurs projets.
Voir également la décision brutale de TF 1 évoquée par Le Monde et dans notre publication d’hier:
TF1, MEDIAS ET DEMOCRATIE : NOUVEL ACCROC ? https://metahodos.fr/2022/03/27/les-medias-et-la-democratie-nouvelle-illustration-dun-malaise-avec-tf1/
Editorial du « Monde » du 28 mars 2022
Election présidentielle 2022 : surmonter la fatigue démocratique

Selon l’enquête d’Ipsos Sopra Steria pour « Le Monde », à moins de deux semaines du premier tour de la présidentielle, seuls 67 % des Français se disent certains d’aller voter. Les enjeux importants du moment devraient pourtant inciter à la mobilisation. Candidats, médias et citoyens ont leur responsabilité dans cette dangereuse apathie.
Au moment où les Ukrainiens se battent avec courage, ferveur, et au péril de leur vie pour défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le spectacle que renvoie la campagne électorale française suscite, par contraste, un malaise. Notre pays présente tous les symptômes d’une démocratie fatiguée alors qu’il devrait entretenir et chérir la liberté de débat et de choix qu’il a conquise au prix de son histoire mouvementée.
A moins de deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle, nombre d’électeurs ne parviennent toujours pas à s’y intéresser. Les principaux acteurs peinent à les y aider. Selon la huitième vague de l’enquête électorale réalisée par Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde, seuls 67 % d’entre eux se disent certains d’aller voter, alors qu’ils étaient 78 % il y a cinq ans. Parmi les motifs du désintérêt sont notamment avancés l’impression « qu’il n’y a rien de nouveau » ou encore le sentiment que « les jeux sont déjà faits ».Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Présidentielle 2022 : Le Pen, Mélenchon, Macron, les trois votes utiles qui pourraient influencer le premier tour
Cette lassitude est d’autant plus surprenante que l’actualité, passablement dramatique, se charge d’établir une hiérarchie des urgences qui n’était pas celle de 2017 et autour de laquelle un débat de fond est impératif si l’on veut éviter à l’avenir les blocages, les tensions et les mauvaises surprises. Le réchauffement climatique, la reprise de l’inflation, la réapparition des épidémies, le retour de la guerre en Europe, les craintes qu’elle fait naître autour de l’approvisionnement énergétique et alimentaire montrent à quel point tout ce qui nous paraissait définitivement acquis, il y a encore quelques années, est brusquement remis en cause.
Cercle vicieux
L’impossibilité de structurer des échanges de qualité autour de ces grandes mutations laisse pantois, tout comme la facilité avec laquelle certains acteurs impliqués dans le débat public tirent les conséquences de la dépolitisation ambiante. La semaine dernière, TF1, qui avait coutume, comme ses confrères du service public, d’organiser de longues soirées électorales à l’occasion de la présidentielle, a annoncé qu’elle programmerait, dimanche 10 avril, le film Les Visiteurs dès 21 h 30. Un symptôme parmi d’autres du cercle vicieux qui menace la vie politique : puisque l’audience manque, réduisons la voilure.Lire aussi : Election présidentielle : sur TF1, « Les Visiteurs » vont vite chasser la soirée électorale du premier tour
Contrairement à ce que plaident la plupart des candidats, ce n’est pas la guerre en Ukraine qui écrase le débat, mais la façon dont chacun s’en est servi à des fins politiciennes. Le président de la République, d’abord, pour gérer aussi longtemps que possible sa position de favori en surplomb de ses concurrents. La droite et la gauche, ensuite, pour masquer la faiblesse de leur campagne qui avait pris l’eau bien avant le déclenchement du conflit. Face à la recomposition en cours du paysage politique, leur logiciel s’est révélé complètement usé. L’extrême droite, enfin, qui, par la voix de Marine Le Pen, exploite jusqu’à la corde le thème porteur du pouvoir d’achat en tentant de faire oublier sa complaisance à l’égard de Vladimir Poutine.Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Pour Emmanuel Macron, les risques d’une campagne présidentielle sans élan
Les ratés de la campagne n’exonèrent cependant pas les citoyens de leur propre responsabilité. Le plus inquiétant dans ce qu’il se passe aujourd’hui est l’apathie boudeuse dans laquelle se retranchent nombre d’électeurs, sous prétexte que les politiques ne pourraient rien pour eux. Gageons que s’ils s’étaient mobilisés en nombre suffisant pour bousculer les positions acquises, exiger une confrontation des idées et des réponses précises à leurs questions, ils auraient fini par l’obtenir. La démocratie n’est ni un luxe ni une évidence. En ces temps troublés, chacun a malheureusement tendance à l’oublier.
Le Monde
Bonjour, Thierry,La force du néolibéralisme est bien d’avoir transformé le citoyen en consommateur : il lui « vend » un président comme un bonbon, au « feeling »… D’où ce total désordre et ce totalitarisme qui s’installe durablement. Il nous faut sortir de là et l’une des réponses est bien « la révolution communautaire » ( https://jmsauret-managerconseil.blogspot.com/2022/03/la-revolution-communautaire-29-03-c.html )Bien amicalementJean-Marc
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