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FAUT-IL UN MINISTÈRE DU NUMÉRIQUE?

80 acteurs du numérique réclament au chef de l’Etat la création d’un ministère du Numérique

Plus de 80 acteurs du numérique (députés, entrepreneurs, ingénieurs, développeurs, associatifs…) réclament au chef de l’Etat la création d’un ministère du Numérique de plein exercice dans le nouveau gouvernement.  Le numérique est profondément transformateur, d’une grande complexité, et exige la capacité à comprendre, déployer et défendre une vision technologique, sociale, écologique, économique, géostratégique et politique de long terme.

Il requiert des moyens et des expertises que seul un ou une ministre de plein exercice peut convoquer et employer à la hauteur des enjeux, estime un collectif de plus de 80 élus, entrepreneurs, ingénieurs, développeurs, associatifs et acteurs du numérique. Parmi eux, Quentin Adam (Clever Cloud, Open Internet Project), Gilles Babinet (CNNum), Tariq Krim (Polite), Philippe Latombe (député Modem), Michel Paulin (OVHCloud), Arno Pons (Digital New Deal) ou encore Alexandre Zapolsky (Linagora).

Collectif

Pour un ministère du numérique de plein exercice

 Par Collectif  |  05/05/2022,

Alors que s’ouvre un nouveau quinquennat et que les élections législatives se présentent bientôt devant les électeurs, nous, acteurs du monde numérique, demandons au Président de la République et au futur gouvernement de doter le pays des moyens institutionnels d’une politique stratégique forte en matière de numérique.

En trente ans, la nouvelle révolution industrielle permise par Internet a bouleversé nos sociétés, accéléré les échanges et la transformation de la société, de nos entreprises et de nos administrations, rebattu les cartes géopolitiques et sociétales. Le numérique s’est imposé dans toutes les composantes de nos vies et les effets d’un changement si rapide et profond n’ont pas d’équivalent dans l’histoire de l’humanité. La crise sanitaire n’a fait que l’accélérer encore.

Pourtant, nous n’en sommes encore qu’aux prémices de cette révolution, alors que monte en puissance l’intelligence artificielle, qu’arrive l’informatique quantique, et que déjà les métavers et crypto-actifs promettent de bouleverser encore nos usages, nos économies et nos sociétés. Des menaces nouvelles naissent du numérique, comme la manipulation de l’information à grande échelle ou les cyberguerres. Qui sait ce que l’avenir inventera encore. Bien plus qu’une évolution technologique, le numérique génère des transformations sociétales par les réseaux sociaux et la communication instantanée, bouscule le droit du travail par l’apparition des plateformes d’intermédiation, oblige à repenser l’industrie par l’intégration systématique d’intelligence et de connectivité, ou à réaménager nos territoires avec une analyse fine de leurs dynamiques. Ces bouleversements sont soudains, enthousiasmants, assourdissants, troublants tout à la fois. Qu’on le veuille ou non, ils sont inéluctables. Mais là où certains n’y voient qu’une fatalité, nous y voyons d’abord une opportunité que tout le monde doit être en capacité d’embrasser, et une exigence de maîtrise de nos technologies pour rester maîtres de notre avenir.

Pour accompagner ces changements, des secrétaires d’État au numérique ont été nommés et ont successivement acquis une importance croissante dans les gouvernements, dans l’opinion publique, et auprès des instances de l’Union européenne. Ces pionniers ont efficacement ouvert le chemin pour aider le pays à tirer profit de cette révolution et pour apporter des réponses politiques aux problèmes nouveaux causés par Internet et par le numérique. Il faut leur reconnaître d’avoir su le faire avec des moyens bien trop limités par rapport aux défis à affronter.

Sous le seul axe économique, le numérique en France représente déjà 6% du produit intérieur brut avec plus de 150 milliards d’euros de dépenses annuelles et près d’un million d’emplois salariés. Mais le numérique c’est surtout bien plus que de l’économie, à l’image de l’agriculture qui revêt une extrême importance à la fois pour notre souveraineté alimentaire, notre tissu territorial, notre santé, notre rayonnement international, notre culture, notre politique écologique et notre balance commerciale. Le numérique est tout cela, et pose des questions nouvelles de cybersécurité, d’empreinte environnementale et d’autonomie stratégique. Pourtant, alors que personne aujourd’hui n’aurait l’idée saugrenue de placer l’agriculture sous la tutelle du ministère de l’économie et des finances, c’est toujours le sort bien peu visionnaire et ambitieux que l’État réserve au numérique.

Or si nous nous réjouissons du nombre de licornes françaises qui enchaînent les records de levées de fonds, et de l’influence de la France dans l’élaboration des prometteurs textes européens Digital Services Act (DSA) et Digital Markets Act (DMA), ces succès démontrent qu’un puissant ministère français du numérique pourra d’autant mieux conduire le gouvernement et l’Union européenne vers des ambitions enfin à la hauteur des enjeux, avec une vue stratégique transversale et à longue portée.

Nous l’avons dit, le numérique n’est pas une activité comme les autres. Il est profondément transformateur, d’une grande complexité, et exige la capacité à comprendre, déployer et défendre une vision technologique, sociale, écologique, économique, géostratégique et politique de long terme, tout en s’adaptant avec agilité aux inévitables changements qu’il subit et qu’il nous fait subir. Il requiert des moyens et des expertises que seul un ou une ministre de plein exercice peut convoquer et employer à la hauteur des enjeux. La numérisation en cours de notre économie est comparable à la première révolution industrielle qui a remplacé le muscle humain par la machine. Le logiciel alimenté par d’innombrables données et par une puissance de calcul exponentielle remplace et perfectionne nombre de prestations intellectuelles humaines, promettant de changer durablement notre modèle de société. Il est un outil formidable qu’il faut savoir manœuvrer et anticiper.

Nous, élus, entrepreneurs, ingénieurs, développeurs, associatifs, et acteurs du numérique, demandons donc au Président de la République et au futur gouvernement, comme d’autres pays l’ont fait, la création d’un ministère du numérique de plein exercice et doté de tous les moyens nécessaires à la définition et la mise en œuvre d’une stratégie ambitieuse. Ce ministère doit être doté des moyens humains, financiers et institutionnels qui lui permettront d’aborder de façon cohérente les facettes multiples du numérique, qui puisse faire rayonner tout notre savoir-faire, protéger nos intérêts, et faire du numérique une chance indiscutable pour toutes les composantes de notre nation.

Conscient des problématiques fortes et nouvelles que le numérique engendre, le ministère du numérique aura une vue transversale sur les questions éthiques, géostratégiques, énergétiques, d’emploi, de formation et d’inclusion liées au numérique, et réduira la fracture numérique. Il favorisera le déploiement cohérent et rapide des réseaux et des infrastructures de nouvelles générations, accélérera et accompagnera la transformation numérique de l’État, fera du numérique un atout majeur dans une politique renouvelée d’aménagement des territoires, grâce aux apports du télétravail et des nouvelles proximités. Il explorera les droits nouveaux du citoyen connecté, et les devoirs que le numérique implique d’imaginer. Il veillera à faire de l’amplification de la transition numérique un objectif ambitieux et heureux du quinquennat. Le ministère du numérique assurera le déploiement d’un écosystème de formations modernes et agiles capable d’orienter les travailleurs vers les métiers actuels et futurs du numérique, en favorisant reconversions et formations continues. Il accompagnera la (ré)-industrialisation 4.0 des nouveaux modes de production, et créera les ponts entre les industries anciennes et celles du logiciel et de la microélectronique.

Dans la continuité du secrétariat d’État, le ministère du numérique aura aussi évidemment pour mission de soutenir la croissance de nos jeunes entreprises du numérique. Mais avec ses moyens nouveaux, il veillera aussi à déployer une stratégie volontariste assurant que nos belles startups qui dynamisent notre économie ne soient plus à ce point technologiquement et commercialement dépendantes d’entreprises extra-européennes dont elles se trouvent à la merci. Porteur et accélérateur d’une vision industrielle, le ministère pourra s’inspirer de la stratégie déployée par les USA, qui ont fait de la conception et de la maîtrise de leurs propres logiciels la valeur ajoutée première pour conquérir huit des dix premières capitalisations boursières mondiales, alors que la création de logiciels n’est la spécialité première d’aucune des dix premières capitalisations françaises. Il fera travailler ensemble chercheurs et acteurs privés pour identifier et développer les technologies qui assureront notre autonomie stratégique et nous aideront à conquérir de nouveaux marchés.

Souvenons-nous qu’il y a un demi-siècle, le choix visionnaire de George Pompidou de créer le premier ministère de l’environnement n’avait pas été compris, alors qu’il est aujourd’hui incontestable. Assurément, celui de créer le premier ministère du numérique de plein exercice s’imposera comme une évidence historique aussi certaine. Souvenons-nous aussi que Charles de Gaulle, conscient de l’absolue nécessité de doter la France d’une autonomie stratégique en matière d’informatique, avait lancé le Plan Calcul dont on n’a compris que trop tardivement l’impact tragique de son abandon. Avec un ministère du numérique, le Président de la République et le gouvernement auront l’opportunité de remettre sur pied une ambition à la hauteur du pays et de l’Europe.

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Signataires :

  • Quentin ADAM, CEO de Clever Cloud, président de l’Open Internet Project
  • Alexandre ARCHAMBAULT, Avocat
  • Gilles BABINET, Co-président du Conseil national du numérique
  • Gilles BARBIER, Entrepreneur
  • Pierre BAUDRACO, Président de Bluemind
  • Marc BEYER, Co-fondateur de Kiubi
  • Guillaume CHAMPEAU, Directeur juridique de Clever Cloud, fondateur de Numerama
  • Paul BENOIT, Co-fondateur et Président de Qarnot
  • Fabienne BILLAT, Consultante stratégie numérique
  • Stéphane BELLANGER, Consultant
  • Christophe BOUTET, Président de Bourgogne Franche-Comté Numérique
  • Loic BOUQUET, Expert Cloud
  • Stéphane BOUKRIS, Président de Excelsior
  • Emmanuel CARLI, Directeur général EPITECH
  • Damien CAVAILLES, Président de WeLoveDevs.com
  • Pierre CHAPUIS, Ingénieur logiciel
  • Laurent CHEMLA,Fondateur de Caliopen
  • Antoine CHEUL, CEO de Shopopop
  • Ophélie COEHLO, Spécialiste en géopolitique du numérique, Institut Rousseau
  • René COTTON, Directeur général Wizishop
  • Franck DECLOQUEMENT, Expert en intelligence stratégique, enseignant-chercheur, membre du conseil scientifique
  • Fabrice DEVELAY, Fondateur de Gcollect
  • Laurence DEVILLERS, Professeur en informatique
  • Félix DROUET, Architecte
  • Ludovic DUBOST, PDG de Xwiki
  • Fabrice EPELBOIN, Enseignant et entrepreneur
  • Stéphane FERMIGIER, Fondateur et CEO d’Abilian
  • Christophe FROCHE, Informaticien
  • Alain GARNIER, CEO de Jamespot
  • Pierre DE GEYER, CEO de Rocket School
  • Mathieu GIRARD, Développeur Web
  • Thomas GOURITIN, Co-fondateur de ASISPO
  • Nicolas GUILLAUME, Président de Netalis
  • Mathias HERBERTS, Co-fondateur et CTO de SenX
  • Vincent HEUSCHLING, Fondateur d’Affini-Tech et de DataTask
  • Rand HINDI, CEO de Zarma
  • Vladimir KOLLA, Directeur général de Patrowl
  • Tariq KRIM, Entrepreneur, fondateur de Polite
  • Baptiste JAMIN, CEO de Crisp
  • Jean-Baptiste KEMPF, Président de VideoLAN
  • Bernard LAMON, Avocat
  • Bertrand LEBLANC-BARBEDIENNE, Directeur de publication Souveraine Tech
  • Stéphanie LAPORTE, Dirigeante de l’agence OTTA
  • Philippe LATOMBE, Député
  • Quentin LAURENS, Directeur des relations extérieures de Qarnot
  • Yann LECHELLE, CEO de Scaleway
  • Mathieu LE GAC, Président de Startup Palace
  • Cédric LEVIEUX, Porte-parole du Parti Pirate
  • Samuel LIARD, Président de Apptom
  • Wolfgang MAHLE, Ingénieur aéronautique
  • Florie MARIE, Porte-parole du Parti Pirate
  • Michël MARINETTI, Développeur
  • Alexandre MANDIL, Avocat
  • Florian MERY, Etudiant en sciences politiques
  • Arnaud MULLER, Directeur général de Cleyrop
  • Tristan NITOT, Entrepreneur et hacktiviste
  • Michel PAULIN, Directeur général de OVHCloud
  • Yann PERSON, CEO de EP
  • Julien PETIT, CEO de Mighty Nine
  • Philippe PLANTIVE, Président de Proginov
  • Arno PONS, Secrétaire général de Digital New Deal
  • Quentin PUGEAT, Etudiant en ingénierie du logiciel
  • Clément SAUVAGE, Ingénieur et entrepreneur
  • Hervé RANNOU, CEO de SenX
  • Pierre-Alain RAPHAN, Député
  • Robin REDA, Député
  • Jean-Paul SMETS, Président de Rapid.Space
  • Mathieu SANTOSTEFANO, Développeur
  • Olivier SAUVAGE, Expert UX
  • Florian RICHOUX, Chercheur en informatique
  • Bruno SOULEZ, Entrepreneur
  • Rayna STAMBOLIYSKA, CEO de RS Strategy
  • Valerian SALIOU, Co-fondateur de Crisp
  • Alexandre ZAPOLSKY, Président de Linagora

Ainsi que les entreprises et organisations suivantes :

  • Abilian
  • ADN Ouest
  • Clever Cloud
  • Union des entreprises du logiciel libre et du numérique ouvert (CNLL)
  • Datatask
  • EP
  • EUCLIDIA
  • Fondation Internet Nouvelle Génération (FING)
  • Linagora
  • Open Internet Project

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