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ENQUÊTE SUR LE « SYSTÈME AMAZON »

LIRE « Le système Amazon, une histoire de notre futur »

Après avoir refermé Le système Amazon, une histoire de notre futur (Seuil, éditions du sous-sol, 2021), la longue enquête d’Alec MacGillis, journaliste au New Yorker et pour la fondation Pro Publica, on se dit que l’entreprise incarne plus que toute autre l’adage selon lequel le pire n’est jamais certain. Depuis la crise sanitaire, elle continue d’exacerber les inégalités entre, d’une part, les territoires reculés et pauvres où poussent ses entrepôts, et de l’autre les villes prospères qui accueillent ses cols blancs.

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Article

« Le système Amazon » : enquête implacable sur le futur selon Jeff Bezos

Vincent Edin- 14 juin 2021 usBEK & Rica

À celles et ceux qui pensent que tout a déjà été écrit sur Amazon, un rappel : la croissance de cette entreprise-monde est tellement hors normes que ce que vous avez pu lire ou voir à son sujet il y a seulement deux ou trois ans est déjà dépassé. Pour prendre la mesure de ce constat, parlons chiffres : « À la fin de l’année 2019, Amazon avait plus de 750 000 employés à travers le monde, et 400 000 rien qu’aux États-Unis, l’écrasante majorité d’entre eux dans ses plus de 200 centres de distribution, centres de tri et autres lieux de livraison. Rien qu’en 2017, l’entreprise s’agrandit de 130 000 travailleurs ; durant l’été 2019, elle en embaucha 97 000, soit quasiment l’équivalent de toute la main-d’œuvre de Google. Et c’était avant la frénésie d’embauches qui allait arriver avec la pandémie du printemps 2020 », écrit le journaliste Alec MacGillis.

Longtemps détentrice du titre de plus grosse entreprise américaine, Walmart comptait 400 000 salariés à son climax avant d’entamer son déclin, ceci pour prendre la mesure de l’avance d’Amazon sur toute autre entreprise en Occident (seuls les géants chinois peuvent rivaliser). Une marche en avant qui n’est pas censée s’arrêter si l’entreprise veut être fidèle à la promesse de son nom : « Après cadabra.com, awake.com, browse.com et relentless.com Bezos (le fondateur et CEO d’Amazon Jeff Bezos, ndlr) arrête son choix sur amazon.com car non seulement l’Amazone est le plus long fleuve du monde, mais il est infiniment plus imposant que le second plus long fleuve du monde. Il pulvérise tous les autres fleuves ».

Priorité aux territoires en crise

Cette croissance folle se fait au détriment de territoires entiers, ravagés par la fermeture des commerces locaux, un effondrement du marché immobilier et une hausse spectaculaire des morts dues à la consommation d’opioïdes… 

« Il faut choisir entre le champagne pour quelques-uns et l’eau potable pour tous », disait le révolutionnaire burkinabé Thomas Sankara. Jeff Bezos, lui, a choisi… Le livre montre comment la montée en puissance d’Amazon, régulière mais raisonnable jusqu’en 2008, va exploser après la crise des subprimes. Comment le CEO de l’entreprise vise les territoires en crise (le long passage sur la ville de Baltimore, « popularisée » par la série The Wire, sont à ce titre éloquentes), en proie à la récession immobilière et aux expulsions, notamment au début de la crise des opioïdes, pour installer ses entrepôts là où les damnés des subprimes se battent pour des contrats qu’ils finissent par quitter à cause des cadences infernales, des accidents et du stress. Le taux de renouvellement des chauffeurs avoisine ainsi les 100 % par an, le nombre de candidats contrôlés positifs aux tests antidrogues explose et, fait moins connu, le métier de livreur devient l’un des plus risqués des États-Unis : statistiquement, un camionneur a huit fois plus de chance qu’un policier d’être tué dans l’exercice de ces fonctions…

Dans son livre, Alex MacGillis narre par le détail et avec force anecdotes la face cachée du « système Amazon » : ce salarié de 69 ans qui ne peut se retenir et qui, n’ayant pas le temps de traverser les 4 000 m2 de l’entrepôt sur le temps de sa pause, urine régulièrement à l’ombre du transpalette ; ces employés qui se shootent au tramadol car les colis qu’ils manipulent à longueur de journée pèsent entre 2 et 22 kilos ; ces salariés licenciés parce qu’ils se sont réunis pour tenter de se syndiquer. On lit aussi des histoires d’enfants tués par un fourgon banalisé, mais qui livraient à toute berzingue des colis pour Amazon. La famille refuse de s’exprimer pour respecter la clause conclue dans le cadre d’un généreux dédommagement, le Moloch de la livraison achetant le silence de ses victimes.Pour Jeff Bezos, « le gouvernement n’est pas seulement un obstacle, il est inopérant »Alec MacGillis, journaliste et auteur du livre « Le système Amazon »Partager sur TwitterPartager sur Facebook

Amazon recherche les influences privées et refuse toute solidarité par l’impôt, même minimal. En pur et authentique libertarien, Jeff Bezos a la haine des impôts : « Pendant des années, Amazon était resté remarquablement à l’écart des questions politiques et citoyennes de Seattle, un silence d’autant plus étrange à mesure que l’entreprise grandissait. C’était le reflet des opinions libertariennes de son fondateur : le gouvernement n’était pas seulement un obstacle, il était inopérant. Mike McGinn, maire de Seattle de 2010 à 2013 n’a jamais rencontré Bezos durant son mandat ».

Son mépris des communs locaux pousse le boss d’Amazon à s’opposer vertement à l’adoption d’une taxe – de l’ordre de 1% par salarié – visant à financer les transports en commun à Seattle et à adapter le réseau à la croissance démographique de la ville. Jeff Bezos préfère verser plusieurs millions de dollars pour faciliter la construction d’une autoroute urbaine.« En 2017, l’entreprise avait même crée une mission interne secrète consistant à obtenir 1 milliard de dollars par an de réduction d’impôts »Alec MacGillis, journaliste et auteur du livre « Le système Amazon »Partager sur TwitterPartager sur Facebook

À l’étranger, Amazon refuse de déclarer ses résultats par aire géographique pour contourner les impôts locaux. Mais la stratégie est la même aux États-Unis : pour éviter les taxes locales, le patron d’Amazon n’hésite pas à menacer les États qui réclament leur dû : « Les employés d’Amazon éparpillés dans tout le pays avaient des cartes de visite trompeuses, de sorte que l’entreprise ne puisse être accusée d’opérer dans un État donné, et donc forcée d’y payer des impôts. En 2010, l’entreprise alla jusqu’à fermer son unique entrepôt au Texas et à abandonner ses futurs projets de centres de distribution lorsque les élus de l’État la poussèrent à payer 270 millions de dollars d’arriérés, ce qui obligea le Texas à renoncer à cet impôt. En 2017, l’entreprise avait même crée une mission interne secrète consistant à obtenir 1 milliard par an de réduction d’impôts ». Partout, tout le temps, de plus en plus fort : là où Amazon passe, le commun trépasse.

Libertarien, Bezos croit malgré tout au pouvoir politique. Le système Amazon narre ainsi dans le détail sa stratégie de conquête de la Maison Blanche. Désormais plume du New Yorker, Alec MacGillis a travaillé pour le Washington Post jusqu’à ce que le journal soit racheté par Jeff Bezos en 2014. Cette acquisition lui donne une assise très importante dans la capitale fédérale, dans laquelle il passe plus de temps qu’à Seattle. En 2012, il a ainsi versé 2,5 millions de dollars pour soutenir le mariage entre personnes du même sexe dans la ville. Il pousse ses pions et trouve des alliés pour se rapprocher de la Maison Blanche. Après tout, la commande publique est un marché comme un autre – et même plus gros que les autres. Jeff Bezos surveille notamment de près Ann Rung, cost-killeuse publique qui se vantait d’avoir fait économiser 200 millions de dollars en fournitures de bureau à l’État de Pennsylvanie. De tels états de service lui valurent l’attention de Barack Obama qui, en 2014, la nomma directrice en chef des acquisitions des États-Unis. Dès sa prise de poste, elle encouragea les acheteurs publics à casser les règles et innover. Et en 2016, elle annonçait 2 milliards d’économies pour les comptes publics non sans une certaine fierté… avant de démissionner pour devenir directrice de la division « marché public » d’Amazon Business : « En d’autres termes, la personne qui supervisait l’intégralité des 450 milliards de dépenses gouvernementales en approvisionnement rejoignait une entreprise déterminée à se tailler la plus grosse part de ce gâteau ».

Amazon prospère aussi grâce au chantage à l’emploi et à l’achat tacite de baronnies locales, puisque les villes où le géant s’installe (Seattle puis New York) voient les prix de l’immobilier flamber et de riches cadres arriver en masse. Ce tableau déjà apocalyptique a été considérablement aggravé par la crise du Covid-19 et ses conséquences pour l’emploi : « Au niveau national, ceux qui gagnaient plus de 28 dollars de l’heure étaient revenus à leur niveau d’emploi d’avant la pandémie dès l’automne 2020, tandis que ceux qui gagnaient moins de 16 dollars de l’heure virent un quart de leurs emplois disparaître ».

En somme, le lumpenprolétariat n’a quasiment pas d’autre choix que d’accepter les dangereuses conditions de travail d’Amazon. Des femmes et des hommes qui doivent batailler en plus avec les « réfugiés économiques » : « Un ancien ingénieur industriel, un ancien plaideur, un ancien patron d’agence immobilier. Nombre d’encadrants leur disaient : sortez d’ici tant que vous le pourrez encore et que vous serez encore libres de le décider ». Un appel qui résonne comme une alarme à l’ensemble des décideurs politiques occidentaux.

Vincent Edin– 14 juin 2021

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