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L’ EXÉCUTIF ET LES GAFAM : « UNE RELATION AMBIGUË » ?

Emmanuel Macron en 2018 lors du premier sommet Tech for good organisé par l'Elysée. Ici aux côtés de certains des géants de la tech, dont Satya Nadella (Microsoft) et Mark Zuckerberg (Facebook), tous deux à sa gauche.

EN PROLONGEMENT DE NOS PUBLICATIONS PRÉCÉDENTES :

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https://metahodos.fr/2022/05/16/pour-un-ministere-du-numerique-de-plein-exercice/

«SURTOUT PAS DE MINISTRE DU NUMERIQUE» https://metahodos.fr/2022/05/31/il-ne-faut-surtout-pas-de-ministre-du-numerique-la-tribune-de-giuseppe-de-martino/

PRÉSENTATION DE L’ARTICLE PAR « LA TRIBUNE » :

« Le candidat de la « startup nation » en 2017 a été pendant cinq ans le président des startups et des investisseurs, développant l’attractivité et les performances de la French Tech à un rythme inédit. Sensible aux enjeux numériques quitte à les porter lui-même, Emmanuel Macron n’a cessé de soutenir le secteur, toujours richement doté en argent public, dans le but de renforcer la souveraineté numérique de la France et de l’Europe. « 

« Mais l’ambivalence et les contradictions du président et de son secrétaire d’Etat au Numérique, Cédric O, vis-à-vis des Gafam américains, font peser une épée de Damoclès sur le nouveau quinquennat. « 

« Leurs incohérences sont à l’origine de la plupart de leurs échecs dans le domaine du numérique, de la stratégie « cloud de confiance » à TousAntiCovid, en passant par le Health Data Hub, la « taxe Gafa » ou la loi Avia. La souveraineté numérique, inscrite pour la première fois au gouvernement au même niveau que l’Economie et les Finances, est-elle atteignable sans détricoter une partie de la politique menée jusqu’à présent ? « 

ARTICLE

Macron et les Gafam : enquête sur une relation ambiguë

Sylvain Rolland 27 Mai 2022 la Tribune

En 2017, Emmanuel Macron le technophile se désignait lui-même comme le candidat de la « startup nation », et plaçait le numérique au cœur des enjeux des vingt prochaines années. Un quinquennat plus tard, le bilan du chef de l’Etat est foisonnant dans ce domaine, et mérite qu’on s’y attarde à l’heure où la souveraineté numérique fait, pour la première fois, une entrée triomphale au gouvernement. En plaçant cet enjeu au cœur des prérogatives de Bercy, au même niveau que l’Economie et les Finances, Emmanuel Macron fixe un nouveau cap à l’action du gouvernement dans le domaine du numérique.  Celui-ci devient un instrument de souveraineté pour la France dans une Europe chamboulée par la guerre en Ukraine et le choc mondial entre les blocs américain et chinois.

Mais Emmanuel Macron est-il en capacité de mener une véritable politique de souveraineté numérique ? L’analyse de son premier mandat fait apparaître de nombreuses contradictions entre les paroles et les actes. Le président réélu peut, bien sûr, revendiquer d’indéniables réussites dans le numérique, telles que l’explosion de la French Tech, le déploiement rapide de la fibre dans les territoires –au prix de nombreuses tensions-, la mise en place de plans sectoriels en général cohérents et ambitieux sur les technologies pour développer des filières nationales, ou encore un activisme efficace à Bruxelles pour créer une Europe de la tech. Mais son premier quinquennat est également entaché par des échecs cuisants, notamment TousAntiCovid, la stratégie cloud de confiance, le Health Data Hub, la « taxe Gafa » ou encore la loi Avia. Le point commun à tous ces échecs ? Les Gafam, c’est-à-dire les géants du Net américains [Google, Apple, Facebook devenu Meta, Amazon et Microsoft, Ndlr], avec qui le pouvoir aura entretenu un rapport ambigu, contradictoire et incohérent pendant tout le mandat.

Le président des startups et des investisseurs avant tout

Fidèle à son étiquette, Emmanuel Macron a bien été le président de la « startup nation ». Sous son quinquennat, la French Tech a explosé : le nombre de startups est passé de moins de 10.000 à plus de 20.000 en cinq ans, le montant des levées de fonds a quintuplé (de 2,2 milliards d’euros en 2016 à 11,6 milliards d’euros en 2021) et le compteur des licornes [ces startups non cotées et valorisées plus d’un milliard de dollars, Ndlr], est passé de 2 en 2017 -BlaBlaCar et OVHCloud- à 25 depuis janvier 2022. OVHCloud n’en est même plus une : le fleuron de l’écosystème a signé en 2021 la première introduction en Bourse réussie de la French Tech, sur Euronext, depuis Dassault Systèmes en 1996. La création en 2020 du Next 40 -l’indice établi par l’Etat des startups les plus performantes-, et son extension le French Tech 120, tous deux largement inspirés du CAC40 et du SBF120, a contribué à renforcer la visibilité et l’attractivité de la tech tricolore à l’international.

Rendons toutefois à César ce qui lui appartient : la plupart des graines de l’explosion de la French Tech ont été plantées lors du mandat de son prédécesseur, François Hollande. C’est le président socialiste, dont Emmanuel Macron a été le ministre de l’Economie et des finances entre 2014 et 2016, qui a massivement mobilisé la banque publique d’investissement, Bpifrance, pour combler, un à un, tous les « trous » du secteur privé en matière de financement des startups, afin de créer un effet de levier. C’est également le Corrézien, via sa ministre déléguée à l’économie numérique, Fleur Pellerin, qui a créé fin 2012 la Mission French Tech, avec l’objectif de structurer et d’amplifier le mouvement des startups partout en France et de le faire rayonner à l’international.

En revanche, Emmanuel Macron et son gouvernement ont poursuivi et surtout amplifié le mouvement. « Il y a eu une double stratégie. Le premier levier est sectoriel –développer les deeptech, les greentech, l’intelligence artificielle, la e-santé…- et le deuxième est le financement de chaque étape de la croissance des startups, jusqu’à l’entrée en Bourse », explique à La Tribune Eric Bothorel, député LREM des Côtes d’Armor, membre de l’équipe de campagne du candidat Macron en charge des sujets numériques, et prétendant à la succession de Cédric O. L’Etat s’est encore plus appuyé sur Bpifrance pour stimuler l’écosystème. Mais la grande force de Macron aura été de réussir à embarquer les investisseurs institutionnels, notamment les bancassureurs, pour orienter leurs liquidités vers le financement de l’innovation : c’est le fameux plan Tibi, doté de 6 milliards d’euros. Celui-ci a contribué à débloquer le financement des étapes d’hyper-croissance, ou « late stage », en France, qui était l’une des dernières grandes faiblesses de la French Tech. Reste désormais l’épineuse question des « sorties » (les entrées en Bourse des startups et fusions/acquisitions) qui seront au menu du prochain quinquennat.

Macron Station F

Déluge d’argent public sur la tech

Au-delà des actes, l’écosystème de la tech se reconnaît en Emmanuel Macron, ce qui explique en bonne partie sa popularité auprès des entrepreneurs et des chefs d’entreprise.

« Ce qui était vraiment nouveau avec Macron, c’était de voir le Président de la République porter lui-même de nombreux sujets numériques, et incarner la jeunesse, le dynamisme et l’entrepreneuriat. Cela a fait un bien fou à l’écosystème et il est indéniable que l’image et la personnalité de Macron ont beaucoup joué pour améliorer l’attractivité de la France à l’international », se réjouit Loïc Rivière, directeur général de Hindsight et ancien directeur général de l’association professionnelle Tech in France.

Effectivement, à peine entré en fonction, Emmanuel Macron prenait un bain de foule au salon VivaTech puis inaugurait lui-même, le 29 juin 2017, le plus grand campus de startups de France, Station F. C’est aussi lui qui a tenu à présenter la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle en 2018, ou encore celle concernant les technologies quantiques en 2021, des domaines pourtant loin des préoccupations du grand public. « Il a régulièrement envoyé le message de suivre personnellement les sujets numériques, et que le secteur est majeur pour l’avenir de la France », confirme Maya Noël, la directrice générale de France Digitale, le principal lobby des startups et des investisseurs de la tech.

Le numérique n’a effectivement pas été oublié lors de la crise du Covid-19. Dès le 25 mars 2020, au début du premier confinement, Cédric O (*), le secrétaire d’Etat au Numérique et membre du cercle proche de Macron depuis les débuts d’En Marche en 2016, annonçait un plan de soutien de 4 milliards d’euros pour aider les startups, abondé début juin 2020 par une rallonge de 1,2 milliard d’euros. La tech a également été bien servie lors du plan de relance de septembre 2020 : plus de 7 milliards d’euros ont été alloués pour accélérer la transformation numérique des entreprises et de l’Etat. Enfin, plus de 5 milliards d’euros ont été mobilisés dans le cadre de France 2030, à l’automne 2021, pour que la technologie et l’innovation contribuent à la relocalisation de l’industrie dans les territoires.

Macron a donc mobilisé post-Covid une enveloppe globale de plus de 17 milliards d’euros pour le numérique. Mais il ne faut pas oublier la pluie de milliards déversés par l’Etat via les différents plans sectoriels qui ont rythmé le quinquennat : 3 milliards d’euros pour développer les deeptech depuis 2019, 1,5 milliard d’euros pour l’intelligence artificielle annoncés en 2018, 1,7 milliard d’euros pour les technologies quantiques, 1 milliard d’euros pour lutter contre les cyberattaques7,5 milliards d’euros pour le plan Innovation Santé lancé en 2021…

Une approche néo-libérale assumée, dans laquelle l’Etat n’hésite pas à déverser une grande quantité d’argent public sur le secteur privé tout en libéralisant (ou « simplifiant ») au maximum le marché, dans l’espoir de développer des nouvelles filières et les emplois qui vont avec. La loi Pacte pour la croissance et la transformation des entreprises, votée en 2019, comprenait par exemple plusieurs grandes mesures pour aider le développement de la tech. Parmi elles, la création d’un Fonds pour l’innovation et l’industrie (FII) de 10 milliards d’euros, dont les rendements de 200 à 250 millions d’euros par an servent à financer les innovations de rupture.

« Une mentalité de startuppers »

« Macron et Cédric O ont une vision très financière et pragmatique de la tech, une mentalité de startuppeurs en fait », nous confie une source proche du pouvoir:

« Pour chaque secteur de la tech la démarche est la même : identification du problème, tour d’horizon des solutions possibles, chiffrage et annonce d’un plan, et on passe au problème suivant, décline-t-il. Macron et Cédric O sont des « solutionnistes », obsédés par l’efficacité, mais ils veulent aussi un gain politique immédiat et visible, sans froisser les grands groupes du CAC 40. Or, tout ceci est parfois contradictoire, voire inconciliable, et c’est là toute la limite de la méthode », décrit ce fin connaisseur de Cédric O et de son entourage.

Cette approche s’est révélée globalement adaptée à la tech, un secteur stratégique par excellence et grand pourvoyeur d’emplois qualifiés -150.000 emplois ont été créés dans le numérique en dix ans. L’irruption du numérique dans chaque secteur d’activité, avec des enjeux différents pour chacun, rend possible cette forme de silotage sectoriel de

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