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« APOCALYPSE DE LA DÉMOCRATIE » Point de vue

A PROPOS DE « P.R.O.T.O.C.O.L. », de Stéphane Vanderhaeghe

Roman très ambitieux qui relève à peine de la dystopie, P.R.O.T.O.C.O.L., de Stéphane Vanderhaeghe, est placé sous le signe de la résistance à une tyrannie utilisant la manipulation douce. Les prémices en ont été édifiées à la suite d’une salve d’attentats terroristes, d’une part, et des manifestations frondeuses d’un peuple décrété décérébré, d’autre part.

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«P.R.O.T.O.C.O.L.», de Stéphane Vanderhaeghe : une apocalypse de la démocratie

Par Bertrand Leclair Publié le 06 mai 2022 LE MONDE

Depuis, le couvre-feu est accepté par le plus grand nombre au nom de la sauvegarde des libertés démocratiques, et la censure distillée jusque dans les cerveaux individuels. Les caméras de surveillance sont désormais partout, à l’exception de rares quartiers de plaisirs (l’ombre demeure nécessaire aux affaires…). Dans les souterrains de cette société de contrôle, quelques réfractaires persistent pourtant à croire « au pouvoir de la langue, à la justesse des mots et à la justice que portait en soi le langage dès lors qu’on arrêtait de le galvauder ».

A la manière de plusieurs grandes machines romanesques du XXe siècle, neuf récits centrés chacun sur un personnage principal alternent et suivent longtemps leur propre chemin, avant de se recouper au nœud tragique de l’histoire collective. La fin relativement ouverte laisse au lecteur le plaisir de terminer un puzzle dont plusieurs pièces étranges prennent enfin tout leur éclat à s’adjoindre aux autres – ainsi de l’étonnante plasticité mentale d’Angèle, veuve d’un enseignant mort accidentellement aux premières pages, qui étonnait tant son amie Cécile : « Ça lui faisait même un peu peur, à Cécile, cette façade imperturbable qu’Angèle affichait en permanence. »

Dérive d’un individu à capuche noire dans la ville

Relativement brefs, les chapitres alternent avant que le lecteur ait le temps de jamais se lasser, lancé sur les traces tantôt de Mel, clocharde gouailleuse au grand cœur, tantôt de Katya, reine du marketing en matière de prostitution de luxe, d’Oumar, agent de sécurité miné par la disparition de son fils devenu révolutionnaire, ou de « Raton », chef de meute incontesté dont les aventures, dans les égouts, rappellent irrésistiblement les si saisissants Mémoires d’un ratd’Andrzej Zaniewski (Belfond, 1994).

Par ailleurs et de manière longtemps énigmatique, chaque grande partie du roman s’ouvre avec la description minute par minute de la dérive d’un individu à capuche noire dans la ville, à laquelle semblent répondre le verbatim d’un interrogatoire musclé et les souvenirs d’un jeune homme qui se souvient de ses amis d’adolescence, et plus particulièrement d’Amin qui a disparu pour s’enfoncer dans les sous-sols de l’action politique.

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