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LE FMI ALERTE SUR LA DÉRIVE DES COMPTES PUBLICS FRANÇAIS : DÉFICIT, DETTE, FISCALITÉ

Lestée par des finances publiques à la dérive,

la France doit réduire ses dépenses pour limiter son déficit public, faute de quoi, elle finira sous surveillance du FMI, qui lui a envoyé un avertissement, dénonce notre chroniqueur Marc Touati.

ARTICLE

« Le FMI pourrait bientôt passer la France à la loupe, le déficit public est à la dérive »

Par Marc Touati Publié le 26/11/2022 CAPITAL FR

La nouvelle est quasiment passée inaperçue, méthode Coué oblige, mais elle est pourtant incroyable et dramatique : le FMI vient de lancer un avertissement non pas à l’Italie ou à la Grèce, mais à la France pour le dérapage incontrôlé de ses comptes publics. Il faut dire qu’après le “quoi qu’il en coûte” de 2020-2021, puis le bouclier tarifaire de 2022, la dette publique française a explosé de près de 550 milliards d’euros. Et ce, alors que la France est en train de replonger en récession et doit faire face à une inflation de plus en plus forte.

Mais bien loin de se calmer et de stopper sa fuite en avant, la puissance publique française a décidé de continuer sa gabegie de dépenses et de dette… Les prévisions du FMI sont très claires : en matière de maîtrise de ses dépenses publiques et de déficit public, la France sera le cancre de l’Europe et ce jusqu’en 2027. En effet, selon lui, le déficit public atteindra au moins 5,4% en 2023 et se stabilisera ensuite autour des 5% au moins jusqu’en 2027. A titre de comparaison, d’ici quatre ans, l’Allemagne réduira son déficit public à 0,5% du PIB, l’Italie à 3% et l’ensemble de la Zone Euro à 2,5%. Face à ces dérapages incontrôlés et très coûteux pour les contribuables français (qui, comme d’habitude, seront les « dindons de la farce »), quatre grandes questions se posent.

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1. Les craintes et l’avertissement du FMI sont-ils justifiés ? Malheureusement oui ! Certes, les prévisions du FMI sont souvent très loin de la réalité, notamment en termes de croissance. Elles doivent donc évidemment être prises avec des pincettes. Pour autant, il est clair qu’au regard de la politique budgétaire française passée, actuelle et à venir, le déficit public français va inévitablement se creuser. Selon nos prévisions, il pourrait même atteindre les 6% en 2023.

Dans ce cadre, il est inévitable que la dette publique de la France dépassera très rapidement les 120% du PIB. Et ce d’autant que la récession est en train de s’installer dans l’Hexagone, comme le confirme la baisse des indices des directeurs d’achat en novembre, sous la barre fatidique des 50, ce qui montre que la baisse de l’activité a déjà commencé.

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2. Comment en est-on arrivé là ? La réponse est malheureusement simple : le dernier excédent des comptes publics français remonte à… 1974. Depuis, que des déficits ! C’est d’ailleurs sur ce point que la théorie keynésienne de relance a été complètement bafouée en France. En effet, la politique de relance budgétaire est justifiée lorsque la récession menace ou s’installe. Dès lors, elle permet de redresser la barre. En revanche, et c’est ce qu’ont oublié les dirigeants du pays, mais aussi la très grande majorité des économistes français, une fois que la croissance est de retour et que les moteurs privés ont pris le relais, l’Etat doit réduire la voilure, en diminuant ses dépenses, retrouvant ainsi un équilibre, voire un excédent budgétaire, ce qui lui permettra de relancer la machine lors de la crise suivante.

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Bien loin de cette démarche de bon sens, tous les gouvernements français depuis les années 1980 ont continué d’augmenter les dépenses publiques quelle que soit l’évolution de l’activité économique. Le sommet de l’absurde a été atteint en 1998-2000, lorsque malgré une croissance économique de plus de 3,5% par an, le gouvernement Jospin a décidé de dilapider une “cagnotte” conjoncturelle et de la transformer en dépenses structurelles.

ACDEFI (Sources : INSEE, Estimations 2022 et Prévisions 2023 : ACDEFI)

Depuis, rien ou presque n’a changé et la fuite en avant n’a cessé de continuer. Elle a simplement changé de nom, devenant le fameux “quoi qu’il en coûte”. Seulement voilà, si de 2020 à 2022, ce dernier a été financé par la “planche à billets” de la BCE, l’arrêt de cette dangereuse stratégie monétaire va désormais imposer à la France de payer la facture, notamment au travers de l’augmentation des taux d’intérêt des obligations d’Etat. Et même si ces derniers ont dernièrement reculé, la facture sera très salée. Au moins 110 milliards d’euros de surcharge d’intérêts de la dette pour les dix années à venir.

3. Quels seront les résultats de l’économie française en matière de croissance, d’inflation et de déficits en 2023 ? Le problème est que si, à la rigueur, les dérapages budgétaires français avaient permis de susciter une croissance forte et durable, nous aurions pu crier “au diable l’avarice !” Mais, malheureusement, tel n’a pas été le cas. Loin s’en faut. Et pour cause : après avoir augmenté de seulement 0,7% par an en moyenne entre 2007 et 2021, le PIB français devrait reculer fin 2022 et début 2023. Dans ce cadre, et même si un rebond technique paraît encore possible par la suite, la variation annuelle du PIB français sera d’au mieux 0,2% en 2023.À LIRE AUSSI La dette publique de la France ralentit sa progression au deuxième trimestre

Nous serons donc très loin des prévisions gouvernementales, ce qui se traduira par un déficit public bien plus élevé qu’annoncé. D’où une nouvelle augmentation des taux d’intérêt des obligations d’Etat, ce qui ne manquera évidemment pas d’aggraver la récession, donc le chômage et les déficits publics… et le cercle pernicieux continuera. Piètre consolation, cette rechute de l’activité permettra de faire reculer l’inflation qui, après avoir atteint les 8 à 10% fin 2022-début 2023, devrait ensuite revenir vers les 4% à partir la mi-2023, ce qui restera cependant toujours très élevé et pèsera à la baisse sur la consommation et l’activité globale.

4. Dans ce contexte, peut-on encore sauver l’économie française ? Bien sûr, mais, pour y arriver, il faudra avoir le courage d’engager une “thérapie de choc bienveillante”. Cette dernière devra notamment se traduire par une forte baisse de la pression fiscale pour tous (entreprises et ménages), mais aussi par une réduction des dépenses publiques, notamment de fonctionnement. Le problème est qu’après quarante ans de déni de réalité et de fuite en avant budgétaire, il sera difficile de convaincre les Français. Mais, soyons lucides, si nous n’y parvenons pas, la France finira bien sous surveillance du FMI.

Marc Touati, économiste, président du cabinet ACDEFI et auteur de 7 best sellers économiques

Son nouveau livre, RESET II – Bienvenue dans le monde d’après, sorti le 1er septembre 2022, est en tête des ventes des essais économiques sur Amazon.

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