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APPAUVRISSEMENT DE L’EUROPE – UNE RÉINVENTION INDUSTRIELLE? – SUITE 6

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L’EUROPE : VERS UN APPAUVRISSEMENT RAPIDE ? L’EUROPE : VERS UN APPAUVRISSEMENT RAPIDE ?

ARTICLE :

« L’Europe doit se réinventer sur le plan industriel »

STEPHANIE DE SMEDT-  L’ECHO – Ilham Kadri (Solvay)

23 décembre 2022 17:21

En cette fin d’année, Ilham Kadri fêtera son quatrième Noël à la tête de Solvay. Sous le sapin du groupe chimique, des chiffres record et des ambitions à 10 milliards d’euros. Mais également la ferme intention de scinder l’entreprise l’année prochaine. Ce que lui réservera le prochain Noël? Selon ses dires, elle l’ignore encore. « Vous pensez que nous en aurons fini après cela? Nous aurons à peine commencé. »

« On ne se réveille pas tous les jours en pensant: nous allons scinder une entreprise qui affiche plusieurs milliards au compteur et près de 160 ans. » Ilham Kadri (53 ans) se souvient donc très bien de ce moment: c’était le 15 mars 2022. Le jour où Solvay, le géant chimique belge qu’elle dirige depuis 2019, a annoncé son intention de scinder la société en deux. Sauf accident majeur, la naissance de deux nouveaux acteurs mondiaux cotés en bourse interviendra dans le courant du second semestre de 2023. « Ce sera un grand jour », se réjouit-elle.

Lequel de ces deux groupes héritera de la dénomination de Solvay, un nom chargé d’histoire? La décision n’est pas encore prise, affirme-t-elle la main sur le cœur. « Nous prenons notre temps pour cela. D’abord les décisions factuelles, ensuite les émotionnelles. Solvay est le nom de notre fondateur, l’étendard qui colle à notre expertise, à nos conférences, à notre patrimoine. Nous n’allons pas prendre la décision à la légère. »

Ilham Kadri est assise au bout d’une immense table de réunion dans l’ancienne demeure d’Ernest Solvay, un lieu symbolique à Ixelles. « C’est ici que le conseil d’administration a choisi l’option de la scission. » C’est ici aussi que se trouvent les racines de l’entreprise. Le chimiste bruxellois Ernest a fait breveter en 1861 un nouveau procédé de synthèse du carbonate de sodium (de soude), un produit chimique à tout faire qui sert notamment à produire du verre et de la peinture. Fort de ce procédé industriel,  Solvay a créé en 1863, avec sa famille et ses amis, une société qui pèse aujourd’hui plus de dix milliards d’euros de chiffre d’affaires (au terme des neuf premiers mois de l’exercice 2022, le compteur affiche déjà 10,1 milliards d’euros).« Avec le nouveau procédé Solvay, ‘Ernest 2.0’, les émissions de CO2 sont réduites de moitié et il n’est plus nécessaire d’évacuer les résidus de calcaire. »Partager surTwitter

ILHAM KADRI

CEO DE SOLVAY

Ce qui nous amène d’emblée au deuxième temps fort de 2022: l’amélioration, après dix ans de recherches émaillées de nombreuses déconvenues et de vains espoirs, de ce fameux procédé Solvay: Ernest 2.0. « A big deal » s’enthousiasme Ilham Kadri. « Les émissions de CO2 sont réduites de moitié et il n’est plus nécessaire d’évacuer les résidus de calcaire. » L’an dernier, ces rejets étaient au centre d’un douloureux dossier environnemental: un investisseur activiste voulait le scalp de la patronne de Solvay parce que les rejets d’une usine italienne Rosignano rendent les plages blanc perle. Un litige inédit pour une entreprise qui se targue de prôner un avenir vert. « Même si elle rejetait des pétales de rose, ce serait problématique »,  plaidait l’activiste. « On ne balance pas des déchets dans la nature. »

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L’innovation  Ernest 2.0 est arrivée à la rescousse, ce qui a permis d’aboutir à un accord avec l’activiste. « Nous ne pouvons pas nier qu’une entreprise chimique comme la nôtre fait partie du problème », concède Ilham Kadri. « Mais nous faisons également partie de la solution. Il n’existerait ni semi-conducteurs, ni shampoings bio, ni batteries, ni voitures électriques, ni hydrogène vert, ni même de vanilline naturelle sur votre gâteau d’anniversaire sans notre chimie. Nous devons tout simplement trouver de nouvelles formules. C’est également ce que dit la chimiste en moi. Mais nous avons écouté. Le feedback nous est très précieux. Nous ne nous reposons pas sur nos lauriers. »« Vous pouvez réduire les coûts et investir. Vous pouvez être durable et rentable. »Partager surTwitter

ILHAM KADRI

La CEO la plus puissante de la Bourse de Bruxelles – la seule dans le Bel20 – sourit avec de la gravité dans les yeux. « Je crois que l’on peut avoir les deux à la fois. Les gens pensent souvent que l’on doit choisir. Que c’est l’un ou l’autre. Je ne le crois pas. L’on peut être assertif et empathique. Vous pouvez réduire les coûts et investir. Vous pouvez être durable et rentable. » Et nous y ajoutons: gérer l’une des périodes de crise les plus graves et mettre en œuvre l’un des changements les plus radicaux dans l’histoire de l’entreprise.Vue en plein écran

©Christophe De Muynck

Pourquoi Solvay ne pouvait pas rester une seule et même entreprise?

Elle le pouvait. C’était d’ailleurs également une option sérieuse. À l’été de 2021, nous avons tout simplement constaté les objectifs que nous avions formulés en 2019 seraient atteints trois ans plus tôt que prévu. Nous avions réduit l’endettement, assaini le bilan et sommes devenus une meilleure machine de cash. Chaque division peut désormais financer sa propre croissance.« La pandémie nous a aidés à opérer des choix drastiques: couper dans les coûts improductifs et mettre fin au gaspillage. »Partager surTwitter

ILHAM KADRI

La pandémie nous a aidés à opérer des choix drastiques: couper dans les coûts improductifs et mettre fin au gaspillage. La question était donc: et maintenant ? Tout bien considéré, nous avions devant nous deux blocs bien définis dans l’entreprise.

Une activité traditionnelle, à savoir des produits chimiques tels que le carbonate de sodium pour fabriquer du verre, le peroxyde d’hydrogène pour les gels désinfectants, du dioxyde de silicium pour les pneus. Là, l’innovation vise à améliorer les processus, comme Ernest 2.0.

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Et une seconde activité constituée de produits d’avenir. Comme les produits chimiques destinés à produire de meilleures batteries, de l’hydrogène vert, des plastiques légers pour voitures et avions. Ici, l’innovation se niche dans de nouveaux produits. Sur le plan industriel, les deux n’ont rien à voir. Cela implique une autre logique d’investissement, d’autres clients et d’autres processus. Ces deux activités ne sont reliées que par les actionnaires. Sur la base de faits et de chiffres, je crois donc qu’une scission crée plus de valeur.  Notre taille s’y prête d’ailleurs très bien. Les deux entreprises auront respectivement 4 et 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Toutes les deux au top mondial dans leur champ d’activités

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Vous aviez d’abord autonomisé la division du carbonate de sodium. L’on s’attendait à ce que vous la vendiez. Est-ce parce que vous ne pouviez pas en obtenir un bon prix que l’option de la scission est venue sur la table?

Pas du tout. La division n’a jamais été à vendre. Elle s’inscrivait dans un processus. J’ai toujours estimé que chaque division devait être autonome. Le carbonate de sodium est notre activité la plus ancienne et celle qui imprègne le plus tous les rouages de la société. En la rendant autonome, nous avons pris conscience que d’autres divisions avaient ce profil. Dès lors, pourquoi ne pas les regrouper? Ces dix dernières années, Solvay a géré 53 fusions et rachats. J’ai bouclé la cession de la branche polyamide (qui a levé 1,2 milliard d’euros, NDLR) et nous avons cédé encore 300 millions d’euros d’activité.

Est-il inscrit dans les étoiles que vous allez diriger la plus grande entité, le business du futur?

« Solvay a été baptisée la Belle au bois dormant. C’est une mission formidable que de la réveiller. »Partager surTwitter

ILHAM KADRI

Ce n’est pas encore à l’ordre du jour. Je suis plus intéressée par le voyage que par la destination. C’est le meilleur job du monde. Solvay a été baptisée la Belle au bois dormant. C’est une mission formidable que de la réveiller.

Il paraît tout de même très improbable que vous n’en ayez pas discuté avec le conseil d’administration…

Pourquoi donc personne ne veut le croire? Actuellement, aucun de nos 30 top managers ne sait où il atterrira. Et c’est bien ainsi. Je dois pouvoir être un arbitre neutre et critique dans ce processus.Vue en plein écran

©Christophe De Muynck

Quand le saurez-vous?

Lorsque nous nous rapprocherons de la scission effective. Nous visons toujours le second semestre de l’an prochain. Nous n’allons pas commettre l’erreur de nous précipiter. Nous prenons sans doute plus de temps que la moyenne sur le marché, mais je préfère la qualité à la vitesse. Je comprends très bien que certaines personnes soient impatientes. Le marché veut connaître les détails de ce qui va advenir. Et nos travailleurs veulent savoir ce qui les attend. C’est très humain. D’ailleurs, moins de 2.000 personnes sur les 21.000 salariés de Solvay ignorent encore l’entreprise où ils atterriront. La grande majorité le sait donc. Celles et ceux qui travaillent en usine y resteront.

Consacrer deux ans de votre temps et de votre énergie de CEO à une telle opération ne doit pas être évident lorsqu’on dirige une entreprise dans le contexte économique actuel. Sans parler de l’inflation ou de la récession, l’année 2022 s’est déroulée sous le signe de la crise énergétique. Pour une entreprise industrielle comme Solvay, le défi est considérable.

Comme je le dis toujours: vous devez avoir un œil sur le microscope et l’autre sur le télescope. Il s’agit là aussi de faire les deux à la fois. Prenez la crise du Covid-19. Nous en sommes sortis beaucoup plus forts. Nous avons réussi, en deux semaines à peine, à instaurer le télétravail pour 40% de notre personnel. Cela n’aurait jamais été possible auparavant. Je peux difficilement le prouver, mais je suis sûre que notre productivité est plus élevée aujourd’hui. En période de crise, les gens se surpassent, je le constate à chaque fois. Y compris maintenant.

Oui, j’ai besoin d’énergie pour faire tourner mes usines ici. Elles fonctionnent encore en grande partie au gaz et au charbon. Actuellement, l’énergie nous coûte quatre fois plus qu’en 2019, et le double par rapport à l’an dernier. Nous ne pouvons pas faire autrement que verduriser notre activité. Les entreprises qui ne s’y engagent pas disparaîtront. Devenir neutre en carbone nous coûtera 2 milliards, sur un chiffre d’affaires de 10 milliards.

So be it. La bonne nouvelle est que Solvay a commencé dès 2019 à se désengager du charbon. Il nous reste à présent à accélérer la transition. Pour ce faire, il faudra bien entendu s’appuyer sur des infrastructures. Le développement de l’énergie solaire, de l’éolien, de l’hydrogène vert, de la biomasse demande du temps. Ne fût-ce que pour l’obtention de permis. Mais c’est une piqûre de rappel. L’Europe doit se réinventer sur le plan industriel. Nous avons pu compter pendant trop longtemps sur du gaz russe bon marché.

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L’industrie européenne n’est-elle pas vouée à disparaître? Il y a un mois, le patron de votre division carbonate de sodium déclarait: « Les nouvelles usines seront installées aux États-Unis. » Cela vaut-il encore le coût d’investir ici?

Nous investissons encore en Europe, mais sans plus. Dans nos usines et en recherche. Mais le risque est présent. D’abord et avant tout en raison de cette énergie chère.« Comment allons-nous passer les prochains hivers? Les autorités doivent éclairer notre lanterne. »Partager surTwitter

ILHAM KADRI

Comment allons-nous passer les prochains hivers? Les autorités doivent éclairer notre lanterne. Et deux: sur quelles aides les entreprises pourront-elles compter? L’ampleur des mesures d’aide américaines à leur industrie – pas moins de 369 milliards d’euros, notamment pour accroître leurs investissements verts, NDLR – a surpris tout le monde. Solvay a d’importantes activités aux États-Unis. Il serait donc idiot de notre part de ne pas en profiter: grâce à cette aide, nous y avons annoncé sans doute le plus gros investissement de notre histoire (aux côtés d’un partenaire mexicain, Solvay va investir 850 millions de dollars dans une nouvelle production de matériaux pour batteries, en recevant à cet effet 178 millions de subsides américains, NDLR). Aujourd’hui, il serait tentant de se dire: les États-Unis ont tous les atouts en main, non? Mais, en tant qu’Européenne de cœur et de nationalité, j’espère que nous tiendrons bon.

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Vous craignez un appauvrissement de l’Europe?

Si nous ne faisons rien, absolument. Certaines entreprises ont déjà gelé leurs investissements, d’autres ont déclaré qu’elles quitteraient l’Europe. Chez Solvay, nous ne prenons pas une telle décision sur la base d’un seul hiver. C’est également dans notre intérêt: un tiers de nos activités est situé ici, avec un tiers aux États-Unis et un autre en Asie. J’aime cet équilibre, c’est notre force. Mais sans leadership visionnaire, cela ne marchera pas. Nous devons pouvoir opérer à armes égales. Et cela exige une politique claire.

Vous le voyez, vous, ce leadership visionnaire?

(Haussement d’épaules.) En temps de crise, les leaders restent sur le pont et les managers quittent le navire. On l’observe tant en politique que dans l’industrie.

Mais je ne vois aucune raison de ne pas être optimiste. L’Europe a une tradition d’innovation et d’industrie. Nous avons connu deux guerres mondiales et avons réussi chaque fois à nous réinventer. C’est dans notre ADN. Nous avons besoin à présent d’une véritable renaissance industrielle. Solvay veut y contribuer. Regardez nos projets récents pour les terres rares (métaux) en France.Vue en plein écran

©Christophe De Muynck

Pour un acteur mondial comme Solvay, quelles sont les conséquences du mouvement actuel de repli sur elles-mêmes des grandes puissances économiques?

Je crois fermement aux vertus du commerce global. Mais le monde connaît une polarisation. Lorsque j’étais à Davos en mai dernier, plus personne ne parlait encore de globalisation. La Chine roule pour la Chine, les États-Unis pour les États-Unis et l’Europe doit en faire davantage pour l’Europe. Mais les accords transatlantiques gardent toute leur pertinence. Nous ne pouvons toujours pas nous passer d’aimants en provenance de Chine ou de puces électroniques de Taïwan.« Solvay est bien placé dans un monde qui se régionalise et où les échanges commerciaux sont sous pression. »Partager surTwitter

ILHAM KADRI

Depuis la guerre en Ukraine, l’Europe importe plus de produits chimiques qu’elle n’en exporte. Au premier semestre, le déficit commercial s’élevait à 5,6 milliards d’euros. Pour autant que je sache, cela ne s’est encore jamais produit. Il faut y réfléchir. L’Europe a raison de vouloir relocaliser chez elle la production de batteries. Mais cela doit concerner toute la chaîne et pas uniquement les méga-usines où elles sont assemblées. Et, en tant que producteur de nombreux composants invisibles, nous pouvons y exploiter des opportunités. Solvay est bien placé dans un monde qui se régionalise et où les échanges commerciaux sont sous pression.

Vu votre position sur le cycle économique, les analystes prévoient une année 2023 difficile pour Solvay, après un bon cru 2022…

Le contexte macroéconomique est ce qu’il est. Bien entendu, nous écoutons les économistes, examinons l’inflation et les chiffres sur la croissance économique. Mais nous ne pouvons rien y faire. Si les consommateurs décident de ne pas acheter de voitures électriques, de ne pas repeindre leur maison ou de ne pas placer du triple vitrage, nous devrons faire avec. Je préfère me concentrer sur les facteurs que nous pouvons contrôler.

Comme les hausses de prix. En 2022, malgré des volumes de vente stables, Solvay réussira à enregistrer un chiffre d’affaires en nette augmentation, en vendant ses produits plus cher. Sera-ce également le cas en 2023?

Nous mettrons tout en œuvre pour croître et faire mieux que le marché. Ces dernières années, nous avons réussi à mieux valoriser notre portefeuille. Pour plusieurs produits, comme le carbonate de sodium pour le verre, la pénurie sera de mise encore quelques années. Cela soutiendra les prix. C’est aussi pour cela que nous investissons dans de nouvelles capacités. Je table aussi sur une « prime verte » pour les produits qui aident nos clients à devenir plus durables et plus efficients. Mais, naturellement, l’élasticité des prix a ses limites. À un certain moment, ce n’est plus payable.

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Depuis votre nomination comme CEO, en 2019, vous devez gérer une crise après l’autre…

Vous pourriez très bien m’appeler Chief Crisis Officer! J’aimerais que ce soit une promenade de santé. Mais le monde n’est pas ainsi fait. Depuis le 11 septembre jusqu’à la guerre en Ukraine, en passant par la crise financière, il nous réserve chaque fois de nouveaux défis.« Chaque crise finit par passer. Tout l’art consiste à en sortir plus fort. »Partager surTwitter

ILHAM KADRI

Le Covid-19 nous a montré – ce qui a constitué pour moi la mère de toutes les crises – l’importance de la résilience. Nous devons sans cesse nous réinventer, repenser nos modèles, désapprendre des choses, en apprendre de nouvelles. Chaque crise finit par passer. Tout l’art consiste à en sortir plus fort. « Never waste a good crisis », comme disait Winston Churchill. J’y vois aussi la force du « en même temps ». Dans de tels moments, un leader doit prendre des décisions difficiles tout en étant empathique. C’est essentiel en des temps difficiles. Un leader qui manque d’intelligence émotionnelle et n’est ni vulnérable ou empathique est voué à l’échec.

À ce propos, dans un podcast avec Paul Polman, ex-patron d’Unilever qui milite à présent pour le développement durable, vous dites que la plus grande frustration ressentie dans votre carrière a trait à la diversité et à l’inclusion.

Je ne suis pas fière de mes réalisations en la matière dans mes précédentes fonctions. En tant que femme au sommet de la hiérarchie, j’aurais pu faire mieux. Mais c’est difficile, surtout pour changer les choses durablement.« La diversité est ce que vous voyez, l’inclusion est ce que vous faites. »Partager surTwitter

ILHAM KADRI

À Solvay, j’essaie donc de faire autrement. Nous menons notre stratégie, non pas à partir de statistiques, mais sur la base d’une culture de l’inclusion. Il s’agit de se débarrasser des préjugés, d’avoir assez de talents dans le pipeline qui croient également en leurs propres capacités. La diversité est ce que vous voyez, l’inclusion est ce que vous faites. Il faut y aller pas à pas. Et, cette fois, j’espère que nous sommes sur la bonne voie. Pour que mes successeurs puissent en récolter les fruits.

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Parlons précisément de vos successeurs. Vous qui aimez conduire de grandes transformations, aurez-vous encore la motivation suffisante une fois que le groupe aura accompli la sienne, après 2023?

Vous pensez que nous en aurons fini? Nous aurons à peine commencé! C’est comme pour une maison, nous en sommes aux fondations, pas encore à la décoration des murs. Nous devions en premier lieu nous affûter. Auparavant, nous avions tous l’habitude de faire des projets tous azimuts. Presque anecdotiques, je dirais. Mais vous n’écrivez pas de grandes histoires business avec ça. Où va le monde? De quoi les clients ont-ils besoin? Tout tourne autour de cela.« Nous sommes au-devant d’une nouvelle vague de croissance. Au total, nous croyons qu’elle recèle des opportunités pour 10 milliards d’euros. »Partager surTwitter

ILHAM KADRI

Nous avons donc lancé des plateformes de croissance, pour des marchés où nous voyons un potentiel d’au moins 1 milliard d’euros. Par exemple, les batteries. Les gens qui y travaillent se réveillent et vont dormir avec des batteries. Idem pour l’hydrogène vert, les biomatériaux ou les thermoplastiques. Nous sommes au-devant d’une nouvelle vague de croissance. Au total, nous croyons qu’elle recèle des opportunités pour 10 milliards d’euros, soit autant que notre chiffre d’affaires actuel. The best is yet to come. Ilham Kadri est encore jeune et je n’en ai pas encore fini.

Bio

  • La Franco-marocaine (53 ans) Ilham Kadri est ingénieure et docteure en chimie.
  • Depuis mars 2019, elle dirige le géant chimique belge Solvay. En 2021, Solvay a enregistré un chiffre d’affaires de 10,1 milliards d’euros et un bénéfice net de 1 milliard d’euros, avec des effectifs de 21.000 personnes.
  • Auparavant, Ilham Kadri a travaillé pour plusieurs entreprises (pétro)chimiques (Shell, UCB, Huntsman, Dowl) et, en qualité de CEO, pour le groupe américain de produits de nettoyage Diversey.
  • Elle est mariée à un Belge et a un fils.

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