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TROP TARD POUR CONTRER LE SÉPARATISME : LĀCHETÉ ET TROMPERIE DU « EN MÊME TEMPS » MACRONIEN

ARTICLE – Séparatisme : « Sans une prise de conscience en forme d’électrochoc, il est à craindre qu’il soit bientôt trop tard »

Par  Guylain Chevrier  07/04/2026 MARIANNE

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, vient d’annoncer qu’il préparait une nouvelle loi de lutte contre le séparatisme pour compléter celle de 2021. Ex-membre de la mission laïcité du Haut conseil à l’intégration, Guylain Chevrier craint que ce nouveau texte soit encore insuffisant.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, vient d’annoncer qu’une nouvelle loi de lutte contre le séparatisme doit venir compléter celle de 2021. Une promesse d’Emmanuel Macron avec pour ambition de mieux lutter, notamment, contre la progression des Frères musulmans. Un projet de loi transmis au Conseil d’État pour validation. Il sera présenté en Conseil des ministres « fin avril » selon le ministre de l’Intérieur, sans calendrier législatif précis. Mais envisager une telle loi nouvelle implique l’évaluation des effets de celle de 2021. 

Celle-ci contenait une batterie de mesures : sur la neutralité du service public, la lutte contre la haine en ligne, la protection des fonctionnaires et des enseignants, l’encadrement de l’instruction en famille, le contrôle renforcé des associations, une meilleure transparence des cultes et de leur financement, ou encore la lutte contre les certificats de virginité, la polygamie ou les mariages forcés…

LOI CONTRE LE SÉPARATISME SANS MIRACLE

Une évaluation en a été faite en janvier 2025, dévoilant bien des limites : 17 000 référents laïcité ont été désignés dans la fonction publique d’État et la fonction publique hospitalière (FPH) ; d’un autre côté, 730 000 agents publics de l’État et de la FPH sur 5,67 millions ont été formés à la laïcité au 1er juin 2024, soit 13 % des effectifs, loin de l’objectif des 100 %. La loi avait élargi les motifs permettant la dissolution d‘associations, ainsi 23 en ont été l’objet. Concernant la signature d’un contrat d’engagement républicain (CER) par toute association sollicitant une subvention publique, elle n’a pas pu être évaluée. Les mesures de la loi portant réforme du régime des cultes, pas mieux.

Sur l’instruction des enfants en famille, on était passé d’un régime de déclaration à un régime d’autorisation préalable avec critères sélectifs : 72 369 enfants connaissaient cette situation avant la loi, ils n’étaient plus que 30 644 en 2024-2025. Du côté des fermetures d’établissements ou lieux de cultes, ou des expulsions d’imams radicalisés, de la lutte contre la haine en ligne, les choses ont bien progressé, mais il n’y a aucun bilan sur les certificats de virginité, la polygamie ou les mariages forcés.

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Parmi les propositions de la nouvelle loi, on trouve « la possibilité, au titre de l’entrisme, de dissoudre des structures, de geler des avoirs administratifs ou encore, de prendre des mesures d’interdiction de certaines publications, dès lors qu’elles appellent à la haine ou à la discrimination » comme l’a détaillé le ministre de l’Intérieur sur BFM. Il est également question d’accroître le contrôle de lieu d’accueil collectif des mineurs. « Il faut qu’on puisse tous les contrôler, ce n’est pas le cas aujourd’hui », a-t-il expliqué. Il a ajouté qu’il y avait « un sujet sur les publications pour les plus jeunes », précisant vouloir « interdire des ouvrages qui comportent des propos qui sont des appels à la haine, à la violence ou discriminatoires ».

Des mesures utiles, mais bien en dessous du niveau de ce à quoi s’affrontent nos institutions quant à la montée des revendications identitaires à caractère religieux. C’est aussi vrai vis-à-vis de la mise en place, dans des quartiers qui se ferment, d’une contre-société, où l’influence des Frères musulmans ne cesse de progresser, et d’un salafisme dont le nombre de pratiquants a explosé, en passant par le Tabligh, mouvement missionnaire religieux soupçonné de longue date d’être un « sas » vers l’islam radical.

UN GLISSEMENT INQUIÉTANT PARMI LES JEUNES

L’évocation de mesures centrées sur les plus jeunes devrait s’accorder aussi avec d’autres clignotants. Selon une enquête réalisée par l’Ifop pour Écran de veille de novembre 2025, 59 % des musulmans âgés de 15 à 24 ans sont favorables à l’application de la charia, la loi islamique, à l’opposé de notre République qui porte la loi commune, reposant sur les libertés fondamentales, au-dessus des particularismes. Pire, une enquête réalisée sur les convictions des 15-17 ans en France par l’Ifop pour le magazine Elle, publiée le 4 février, élargit encore la vision du problème. Le fait religieux influence de plus en plus les positionnements politiques des adolescents. L’étude révèle ainsi que 58 % des 15-17 ans jugent « inacceptable » le fait de critiquer une religion. Un chiffre qui monte à 62 % chez les catholiques et 92 % chez les musulmans. C’est tout un glissement d’une partie de notre société vers un modèle de la tolérance à l’anglo-saxonne, du chacun sa communauté selon sa différence, dit progressiste, qui fragmente l’intérêt général contre l’intérêt de tous.

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Le 12 mars dernier, Laurent Nuñez s’est dit, lors d’un discours à la Grande mosquée de Paris, opposé à une interdiction du voile chez les mineures : « Je ne serai pas celui qui ira expliquer à des enfants qu’en portant le voile, elles menacent le vivre-ensemble républicain », avait-il déclaré. On comprend mal les gages donnés là, alors qu’il est question, avec cette nouvelle loi, d’accorder une place essentielle à la protection des mineurs contre l’entrisme islamiste. « Dans ce cadre-là, j’ai parlé de mesures qui visent à éviter toute forme de stigmatisation » s’est-il justifié, et encore, que « voir des petites filles de six ou sept ans voilées sur l’espace public » pouvait le choquer, tout en n’ayant aucune « leçon à recevoir de personne sur (son) engagement »en matière de lutte contre l’entrisme et le séparatisme.

Derrière cette confusion qui paraît résonner d’un certain « en même temps », oui, si le voilement des fillettes peut bien menacer la République, c’est parce qu’il les prédestine à un enfermement religieux qui prépare le séparatisme, et avec, leur soumission à un ordre patriarcal qui vaut « apartheid sexuel ».

UN « EN MÊME TEMPS » ILLISIBLE

Dans le même mouvement, le ministre de l’Intérieur a indiqué avoir demandé que soit interdit le rassemblement annuel des Musulmans de France, « structure liée aux Frères musulmans », devant se tenir à compter de vendredi dernier au Bourget (Seine-Saint-Denis), notamment pour protéger les fidèles du risque terroriste. Mais l’arrêté d’interdiction pris à sa demande a été attaqué devant le tribunal administratif qui, au contraire, a donné son feu vert à la tenue de l’événement, estimant que les risques de troubles à l’ordre public n’étaient « pas établis ». Que de louvoiements et de confusions, aux échos de « en même temps », qui rendent peu lisible et crédible une politique efficace en faveur d’une contre vague.

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Créer des référents laïcité en nombre dans la fonction publique est très bien, mais on sait la difficulté à faire remonter les faits, avec la crainte du retour de flammes de l’accusation de racisme et d’islamophobie. S’il existe, pour l’Éducation nationale, la possibilité d’alerter en ligne par un signalement les autorités compétentes des infractions à la laïcité, avec anonymat protégé, ne faudrait-il pas en réalité changer d’échelle, en étendant à tout le moins déjà ce dispositif à l’ensemble des fonctions publiques et aux entreprises et associations ayant une mission de service public ? Une telle orientation se devrait d’être accompagnée d’une campagne publique portant haut les valeurs et principes républicains avec force conviction, prenant la tournure d’une grande cause nationale. Sans une prise de conscience en forme d’électrochoc, avec impulsion du côté de l’État, il est à craindre qu’il soit bientôt trop tard.

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