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ALBERT CAMUS : LA TUBERCULOSE À VINGT ANS LE CONDAMNE À L’URGENCE D’ÉCRIRE

ÉMISSION – Albert Camus, condamné à vivre 

Mardi 21 juillet 2026 France Culture

En 1933, Albert Camus étudie la philosophie à Alger. Atteint de la tuberculose, le jeune homme est contraint de rester deux mois au repos complet. Au fil des mois, la maladie transforme son rapport à l’existence et développe sa vocation d’écrivain. 

1933. Le soleil frappe fort à Alger. À la faculté des lettres, un jeune homme poursuit ses études de philosophie. Il s’appelle Albert Camus. Il a 20 ans. Le voici dans un petit appartement, à Belcourt, quartier populaire d’Alger. C’est là que vit sa mère, Catherine Sintès, femme de ménage dans l’immeuble. Elle est muette et sourde et ne sait ni lire ni écrire. Alors Albert a pris l’habitude de s’asseoir près d’elle pour écouter ses silences. Il se tait quand ses camarades lui demandent le métier de sa mère. Pourquoi ne parle-t-elle pas ? Le jeune homme est en colère.

À écouter

Albert Camus, la pensée de midi

Un jeune homme dans la baie d’Alger

Albert peine à financer ses études. Sans bourse, il doit enchaîner les petits boulots à Alger. Heureusement, la mer et le soleil n’ont pas de prix. En fin d’après-midi, il retrouve ses amis Claude de Fréminville et André Belamich. Rendez-vous place du Gouvernement, puis direction le café des Facultés pour discuter art et littérature. Et quand ils ont le temps ? La plage des Sablettes, plonger dans l’eau salée du port algérois. Une vie au soleil !

La tuberculose au poumon

Mais à 20 ans, Albert souffre. Il crache du sang. Une tâche noire ronge son poumon droit. Depuis trois ans, il est atteint de la tuberculose. Dans l’Algérie française des années 1930, c’est la maladie des pauvres. La pénicilline n’existe pas encore et l’on peut en mourir en moins de deux ans. Fièvres, toux, gênes respiratoires, le jeune homme est contraint de vivre deux mois au repos complet dans une chaise longue. « On se sent vieillir à 20 ans », écrit Albert à son ami Fréminville. Si la tuberculose touche n’importe qui, n’importe quand, alors il n’y a pas de Dieu qui nous sauve… Angoissé, il ressent une urgence. Il lui faut écrire, vite, et s’il le peut, produire une œuvre littéraire en quelques années. Il écrit déjà des articles sur l’art dans la revue Alger étudiant. Cela ne suffit plus. Il faudrait maintenant dire la pauvreté, exprimer ce qu’est la vie d’un jeune homme qui souffre.

À écouter

Le mythe de Camus

L’urgence d’une vocation

Cela tombe bien. En 1933, Camus découvre un livre qui lui fait l’effet d’une bombe… Cette année-là, il lit l’essai, intitulé Les Îles, de son professeur de philosophie Jean Grenier. En 150 pages, l’auteur revient sur l’attrait du vide… Pour Albert, le choc est immense. Cette lecture détermine sa vocation d’écrivain. Pour la première fois, un auteur lui parle de sa vie de méditerranéen pauvre : la solitude au soleil, l’inquiétude de l’existence et un monde qui semble indifférent à chaque individu. Dans une lettre à Fréminville, Albert écrit : « Je me suis donné quatre ans pour écrire l’œuvre que je veux créer (quatre ans parce que ma maladie ne m’en donne guère plus). »

À écouter

Albert Camus, une vie de passion, de pensée et de combats 

À 20 ans, Albert Camus fait face à deux épreuves existentielles : la pauvreté et la maladie. Le futur écrivain des romans L’ÉtrangerLa Peste ou L’Homme révolté, se souviendra de cet âge « à mi-distance de la misère et du soleil ». La pauvreté fera du jeune homme un écrivain sensible aux inégalités. Elle animera son goût de la révolte. La maladie imprégnera quasiment tous ses essais et romans. Ses personnages seront parfois des malades, d’autres fois des condamnés. Étrangers au monde comme le jeune homme face à la tuberculose. Albert Camus a choisi son camp. Toute sa vie, il écrira sur les damnées et leurs souffrances. Demain, c’est sûr, il sera écrivain.

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