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ENTREPRISES ET TERRITOIRES AU CŒUR DU BIEN COMMUN

BILLET

Le Mouvement des Entrepreneurs de la Nouvelle Economie (MENE) prône une nouvelle gouvernance économique qui privilégierait notamment les notions d’utilité et de territorialisation.

Les signataires d’une tribune collective, 6 mai La Tribune, qui se qualifient d’ « entrepreneurs de la nouvelle économie » considèrent que la crise du covid-19 pourrait être une opportunité exceptionnelle d’asseoir l’ activité économique sur de nouvelles bases. « Nous n’avons pas le droit de la manquer, indiquent-ils »

La crise du Covis 19 est un avertissement selon eux et constitue plus qu’une crise sanitaire et économique, « une crise de civilisation inédite »

Leur proposition, se mobiliser, individuellement et collectivement, dans trois directions interdépendantes : l’utilité, la territorialisation, la gouvernance économique.

L’objectif est de se redresser d’abord, mais dans le « sens du bien commun et de la durabilité ».

L’utilité d’abord,  parce que « les priorités ont été inversées et la financiarisation de l’économie est devenue la règle ». Revenir à la primauté de l’économie réelle et aux priorités de la vie collective : santé, environnement, social, éducation, « condition fondamentale du maintien de règles du jeu collectives et de la justice dans tous les sens du terme ».

Les règles du jeu, on retrouve là l’objectif de METAHODOS de redéfinir le vivre ensemble.

Le Mouvement des Entrepreneurs de la Nouvelle Economie rappelle que « la contribution au bien commun, en étant utile dans son activité et à la collectivité , est aussi essentielle que la rentabilité ».

La reterritorialisation des activités économiques ensuite, doit s’imposer à tous les niveaux : secteurs stratégiques, secteurs traditionnels. C’est aussi l’accent sur les circuits courts, le commerce et la production de proximité. Ou encore, l’attention aux clients et consommateurs qui « font désormais de la santé et de la lutte contre le dérèglement climatique un impératif avant même la question du chômage ou du pouvoir d’achat ».

La réindustrialisation apparaît ainsi , selon eux,  une nécessité pour assurer une autonomie qui doit être énergétique, alimentaire, sanitaire, digitale.

Comment ? « Une mutation de notre État centralisateur, jacobin, vers une France des régions et des territoires, une France agile et adaptée aux spécificités locales » ; Un changement dans la gouvernance des entreprises ; « Un véritable essor de la notion de raison d’être des entreprises » avec une transformation en « entreprises à mission ».

Par ailleurs , ils préconisent de développer de nouveaux types de rapports de co-élaboration et de co-innovation et une traduction financière et assurancielle.

Une forme de style peut être  : ils indiquent « découvrir aujourd’hui que nous sommes capables de mobiliser des centaines de milliards d’euros en quelques jours ». C’est sans rappeler que les finances publiques sont à ce point déséquilibrées que cette masse de dette supplémentaire constitue un risque important pour l’économie tout entière. Il faut donc, selon nous,  s’atteler à favoriser la dépense publique stratégique, l’investissement au détriment du fonctionnement dans la cadre d’une fiscalité et d’une dette contraintes. Les priorités visées par le collectif paraissent pertinentes dans le cadre d’un effort de dette supplémentaire considérable et qui doit certainement, rester exceptionnel.

T.L.

TRIBUNE DE MENE

Se redresser, dans le sens du bien commun et de la durabilité

Nous, entrepreneurs de la nouvelle économie, travaillons au développement de nos activités et à leur rentabilité, comme tout entrepreneur. Comme acteurs de la nouvelle économie, la valeur ajoutée en terme social, environnemental et d’apport au bien commun est notre raison d’être.

La crise actuelle sonne comme un avertissement : bien plus qu’une crise sanitaire et économique, nous sommes face à une crise de civilisation inédite.

Le Covid-19 n’est pas arrivé par hasard, de nombreux virologues et infectiologues nous avaient avertis. Nous ne les avons pas écoutés, pas plus que ne le sont les climatologues, spécialistes de biodiversité et de l’environnement.

Depuis des années, les gouvernements nous ont expliqué qu’il n’y avait pas d’argent pour investir dans la transformation de l’éducation, l’hôpital, la prévention sanitaire, la réduction des inégalités, les programmes d’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, l’agriculture biologique, la préservation de la biodiversité, la réduction des pollutions. Mais on découvre aujourd’hui que nous sommes capables de mobiliser des centaines de milliards d’euros en quelques jours.

Il faut nous mobiliser, individuellement et collectivement, dans trois directions interdépendantes que sont l’utilité, la territorialisation et une nouvelle gouvernance économique. En priorité, pour nous redresser. Puis pour le faire dans le sens du bien commun et de la durabilité.

L’utilité

est notre point fort. Les priorités ont été inversées et la financiarisation de l’économie est devenue la règle. Revenons à la primauté de l’économie réelle et aux priorités de la vie collective : la santé, l’environnement, le social, l’éducation, condition fondamentale du maintien de règles du jeu collectives et de la justice dans tous les sens du terme. Le Mouvement des Entrepreneurs de la Nouvelle Economie (MENE) a fait des externalités un point central, notamment à propos de l’assurance et de l’investissement. La contribution au bien commun, en étant utile dans son activité et à la collectivité , est aussi essentielle que la rentabilité. Ceci impose une nouvelle forme de comptabilité intégrant l’ensemble des enjeux de société, sociaux et environnementaux, avec évidemment l’équilibre financier (« integrated thinking »).

La reterritorialisation des activités économiques

s’impose à tous les niveaux. Notre dépendance extrême en ce qui concerne les matériels de soins, les principes actifs de nos médicaments, les médicaments, la fabrication des masques n’est pas la seule; nos importations chinoises dans les secteurs stratégiques comme l’automobile (+ 47%) ou l’aéronautique (+ 35%) n’ont cessé de croître (Source Novethic, 10 mars 2020). Nos secteurs traditionnels ont également souffert de l’excès de mondialisation, la filière bois en est une des nombreuses illustrations. En sens contraire, la redécouverte de nos savoir-faire et de nos filières comme celle de l’industrie textile qui s’est fortement mobilisée montre l’énergie positive remarquable de nos PME, ETI, et groupes pour soutenir leur pays. Par ailleurs, les circuits courts ont montré plus que jamais leur importance. La crise actuelle a encore davantage mis l’accent sur l’intérêt non seulement de la production alimentaire locale mais également des commerçants de proximité et plus largement de la production de proximité.

La relance de l’activité économique des territoires est une clé majeure de la réussite économique à venir, à laquelle l’économie circulaire territoriale peut profondément contribuer. La réindustrialisation apparaît désormais également comme une nécessité pour assurer une autonomie qui doit être énergétique, alimentaire, sanitaire, digitale. Ceci imposera aussi une mutation de notre État centralisateur, jacobin, vers une France des régions et des territoires, une France agile et adaptée aux spécificités locales. Une évolution d’autant plus importante qu’il va devenir essentiel de prendre en compte le tissu économique et industriel local constitué par des PME, PMI et ETI trop largement déficitaires en comparaison avec nos voisins européens (1).

La gouvernance dans nos entreprises (2) doit impérativement changer.

Un véritable essor de la notion de raison d’être des entreprises prévues par la loi PACTE est indispensable. La transformation de nos entreprises en entreprises à mission est un objectif en soi. Mais, au-delà l’effort que nous avons tous consenti pour mettre en place dans des temps très rapides une gestion de crise sociale, nous devons développer de nouveaux types de rapports de co-élaboration et de co-innovation. L’adaptation est devenue le maître mot de nos organisations managériales et elle ne se limite évidemment pas au Covid-19. Elle s’étend à tous les risques sociaux, environnementaux, de biodiversité et de santé environnementale.

Les rapports avec les clients et les consommateurs doivent aussi radicalement évoluer.

Ceux-ci font désormais de la santé et de la lutte contre le dérèglement climatique un impératif avant même la question du chômage ou du pouvoir d’achat. Nul ne peut douter que cette crise qui va perdurer va avoir un impact considérable sur le rythme et les choix de consommation, l’origine des produits, le comportement des entreprises, l’aspect sanitaire et environnemental des produits. Il revient à l’État de permettre notamment dans le domaine si essentiel de la rénovation énergétique que le soutien à la demande soit encore renforcé pour permettre un effort sans précédent gage d’une activité économique indéniable.

Nous tous, sommes prêts à agir dans cette direction et pensons que nombreuses sont les entreprises qui souhaitent le faire. Mais encore faut-il qu’il y ait une traduction financière et assurancielle. Cela signifie que les milliards d’euros qui viennent en aide à l’économie doivent être fléchés vers les entreprises investies dans la réponse aux défis écologiques et sociaux et pour celles qui ne le sont pas, leur permettre de le devenir. La conditionnalité des aides doit alors être un impératif, faute de quoi les fonds seront totalement inutiles et n’auront servi qu’à gagner quelques mois pour les bénéficiaires sans même assurer leur pérennité.  Nous proposons aussi que les externalités (positives ou négatives) soient intégrées dans les systèmes de reconnaissance et de fiscalité. Les mécanismes comptables, comme les mécanismes fiscaux, doivent ainsi les prendre en compte. Idem pour les investisseurs et assureurs qui doivent adapter leur activité aux risques sanitaires, sociaux et environnementaux pris par leurs clients et les orientations stratégiques choisies pour y faire face. Nous faisons également notre la proposition de la fondation 2019, de rembourser les prêts, au moins en partie par un mécanisme d’intermédiation financière, gagée sur la réduction des externalités climat.

La crise du covid-19 pourrait être une opportunité exceptionnelle d’asseoir notre activité économique sur de nouvelles bases. Nous n’avons pas le droit de la manquer. »

Signataires :

ASCHER David (directeur des publications d’Actu Environnement, Cogiterra)

BAUZA Noël (président directeur général de Zei)

BAZIN Laurent (dirigeant de BIOMAttitude et Axis Experts Conseils)

CARMINE Stéphane (chef d’entreprise et président de l’association RQE)

COUASNET Sébastien (directeur général du Groupe Eléphant Vert)

CROISÉ Nathalie (journaliste spécialiste du développement durable)

DE LA MOUREYRE Hélène (fondatrice de Bilum)

DELANNOY Isabelle (autrice de L’Economie Symbiotique)

DE RONNE Pierrick (président de Biocoop)

FERRARI Romain (président de la Fondation 2019)

FERREIRA Victor (directeur général du CD2E, centre de développement des éco-entreprises)

GEFFRAY Céline (L’Orange Carré/Agence de communication éco-responsable)

GIROUX Jean-Marc (président de COSMED)

HUYBRECHTS Jacques (fondateur du Parlement d’Entrepreneurs d’Avenir)

JESSUA Hélène (expertise et conseil indépendant RSE et développement durable)

LABOUREAU Bertrand (dirigeant de Logomotion, Webagency durable)

LAMBERT François-Michel (député et président de l’Institut national de l’économie circulaire)

LEPAGE Corinne (ancienne ministre de l’Environnement et eurodéputée, avocate)

LIVIO Didier (associé responsable de Deloitte Développement Durable)

MAESTRONI Myriam (fondatrice et directrice générale d’Economie d’Energie, Fondation E5T)

MARTELLI Jonathan (directeur général d’EkWateur)

PASQUIER Jean-Michel (fondateur de KOEO et co-initiateur de #NoMoreBusinessAsUsual)

PERREOL Didier (vice-président de Léa-Biodiversité, groupe EKIBIO)

RAPENNE Jean (directeur général de LCEET)

RAVEL Claudie (fondatrice de Guayapi)

RIBAULT Romuald (Alliance Green IT – AGIT)

RUTH Romain (Directeur Général de Florame)

SNYERS BRESOLIN Catherine (directrice générale de Pi-carré Associés)

  1. Pour mémoire, entre 2009 et 2015, avec 337 500 emplois créés, les ETI (catégorie créée en 2008) ont contribué à plus des ¾ de la croissance de l’emploi salarié dans le secteur marchand (dont une grande partie expliquée par le passage de PME en ETI). Néanmoins, la France manque de grandes PME (50 à 249 salariés) qui sont 2 à 3 fois moins nombreuses dans notre pays qu’en Allemagne ou qu’au Royaume-Uni et d’ETI (5 800 en France vs. 8 000 en Italie, 10 000 au Royaume-Uni et 12 500 en Allemagne).

A ce propos, 75% de l’emploi dans les ETI se trouvent hors IDF, alors qu’en IDF le nombre de salariés dans les ETI est inférieur d’environ 40% au nombre d’employés dans les grandes entreprises. Dans le Pays-de-Loire, Alsace, Champagne-Ardenne ou Picardie, les ETI emploient dans des proportions similaires aux grandes entreprises, soit environ 25% des salariés de la région.2.

2. Plusieurs motifs identifiés comme critiques pour la croissance et l’évolution des PME-PMI dans notre pays, parmi lesquels notamment : fiscalité du patrimoine des entreprises, fiscalité directe sur les entreprises, contexte de trop grande instabilité fiscales, complexité réglementaire, relations souvent difficiles avec les grandes entreprises françaises, difficultés de recrutement, délais de paiement, accès à la commande publique, contraintes et complexité de gestion croissante en fonction de la taille de rembourser les prêts, au moins en partie par un mécanisme d’intermédiation financière, gagée sur la réduction des externalités climat.

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