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L’APRES CRISE : MÉCANOS POLITIQUES OU SURSAUT DÉMOCRATIQUE ?

BILLET

LE « RETOUR » DU MECANO POLITIQUE

Nous constations que les propositions des partis sont souvent ponctuelles et manquent d’ampleur et de hauteur. (Nous évoquons ici les partis politiques, mais des remarques analogues peuvent être faites en ce qui concerne les parties prenantes majeures et notamment le patronat ou les syndicats)

S’interrogent-ils sur les dysfonctionnements de la Gouvernance publique et de son couple démocratie/action publique ? S’interrogent-ils sur le spectacle donné avec les « mécanos d’appareils politiques » et leur conséquence sur la défiance ? Et l’on parlera ensuite de populisme quand les partis « extrêmes » critiqueront cette situation.

La priorité est – t – elle aux manœuvres traditionnelles ?

  • Un nouveau groupe à l’Assemblée Nationale émanant d’un « assemblage d’égos boursouflés et frustrés », selon les mots – qui donnent le ton des combats politiciens – utilisés hors micro par les pontes de la majorité et du gouvernement ;
  • De nouvelles alliances préparées par le Président de la République en « recrutant » des nouveaux, pas si nouveaux que cela d’ailleurs d’après les confidences qui filtrent. On passerait d’un « pas à gauche, pas à droite » à un « pas à gauche, pas à gauche », selon certains frondeurs de LRM, qui souhaitent un tournant social ; inventerait un nouveau concept pour l’occasion : la « majorité de projet » ;
  • Des propositions ponctuelles qui permettent de faire l’actualité : un « grand plan de rénovation énergétique des logements », une taxation des emballages inutiles et non recyclables, un encouragement au télétravail partiel, l’élargissement du RSA aux 18-25 ans, un impôt sur le patrimoine exceptionnel », une révision de l’impôt sur revenu, les 35 heures, le travail du dimanche. (Ces propositions ne sont pas en elles même critiquables mais elles ne sont pas à la hauteur à la fois des réformes attendues avant la crise et de celles que la crise peut inspirer);
  • Des slogans reviennent et font office de réflexion : le « productivisme néo-libéral », par exemple, les frontières, l’Europe.

Pour Frédéric Says, dans sa chronique pour France Culture que nous re produisons après ce billet, la réflexion qui a émergé pendant cette crise et hors des cercles politiques aura eu le mérite de « faire entrer un peu d’air frais, dans ce monde de la proposition politique assez renfermé, pour ne pas dire confiné avec ses évidences. » Il regrette le peu de réflexion des partis, constatant plus des « reflexes ».

En effet, nous pensons également que le vison devrait l’emporter avec une réflexion sur son élaboration et sa mise en œuvre.  C’est, au contraire, la tactique politique des alliances, ruptures appelées « réinventions » qui semblent l’emporter ; et ce en pleine crise alors que les effets humains et sociaux s’avèrent considérables. 

Est-ce bien le moment et est ce bien le sujet ? F. Says parle de son coté d’une « mélodie assez peu novatrice ». Celle du : « J’avais raison et les événements le confirment ». 

La réinvention impossible ?

Les visons du monde que les acteurs avaient avant la crise sont restées identiques. Ils ne s’interrogent pas sur l’incapacité collective à les mettre en œuvre ou à trouver des consensus. En démocratie, il y a les idées, et on en débat…et ensuite on cherche à formaliser un projet qui « fait société ». Cela nécessite un socle : Le Vivre Ensemble ou Le Contrat Social (la méthode) qui permet une fois établi de définir une vision et les modalités de mise en œuvre.

Sans ce socle, c’est le choc des idéologies qui remplace le débat démocratique, c’est-à-dire le débat des idées et projets ; et ce sont les combats entre partis qui se focalisent sur les élections, et l’un d’entre elle quasi exclusivement : la Présidentielle.

Un sursaut démocratique est il possible ?

Quelle est la vivacité de notre démocratie ? qu’il s’agisse de la participation effective des citoyens ou du fonctionnement des institutions ; et même des relations entre le PR et son Gouvernement et des relations entre l’administration et l’exécutif ?

Les responsables politiques ne voient-ils pas cette défiance – certains diront colère – qui met à mal la démocratie ? Certes cela ne date pas de la crise ni des trois années passées, même si cette période est marquée par une pratique des institutions bien particulière au motif que l’efficacité – programmée – doit l’emporter.

Parmi les dysfonctionnement, on peut citer quelques  incidents majeurs dans l’élaboration de la loi :  le  49.3 sur les retraites, le vote du budget,  la loi sur l’immigration, et plus récemment : le StopCovid que  le gouvernement passe en force en supprimant  le débat à l’Assemblée ; les tergiversations – qui affaiblissent la si précieuse démocratie locale –  sur l’installation des exécutifs issus du 1° tour des municipales et sur la tenue du 2° tour, c’est plus globalement, pendant cette crise la mise comme en sommeil des relations institutionnelles, déjà peu vives avant, entre les principales parties prenantes, les Assemblées ; les patronat, les syndicats…

Et plus récemment : le passage de la proposition de loi controversée appelée Avia, après un an de va-et-vient parlementaire et des critiques fortes émises le Sénat, la Commission européenne, les géants du numérique.

La loi Avia a été contestée jusqu’au moment du vote : l’Inter-LGBT dénonçait dans un communiqué une loi « liberticide, contre-productive et inefficace ». Comme de nombreux autres opposants, l’association redoute que les plateformes censurent par précaution des contenus pourtant légaux, ou positifs pour la communauté LGBT, afin d’éviter des amendes.

La fabrication de la loi réclame de la concertation et de la délibération dans l’analyse de la situation comme dans la définition des remèdes. L’action publique doit s’appuyer sur les acteurs compétents : on découvre en plein milieu de la crise qu’il y a dans le pays un couple traditionnel de terrain avec le Préfet et le Maire. A-t-on écouté et mis à contribution les experts de l’Etat ou du privé en matière de gestion de crise ?

A -t-on mis en place une organisation professionnelle du pilotage de crise ? les Français en doutent.

« Je crois qu’il y a des résistances honnêtes et des rébellions légitimes » De la Démocratie en Amérique Alexis Tocqueville

Serons-nous en mesure, une fois la pandémie résolue ou atténuée, d’en tirer les enseignements pour faire face à d’autres crises à venir du fait de la technologie ( réseaux numériques) du climat, de la démographie ?

T.L. et A.F.

Pourquoi il faut déconfiner les idées politiques

Frédéric Says France Culture 14 mai 2020

« Face à une crise aussi singulière, trop souvent les responsables politiques se contentent de recycler leurs idées traditionnelles.

Est-ce l’effet de la sidération ? Pour l’instant, on distingue peu d’innovations au firmament des idées.

Je voudrais ce matin insister sur un contraste très frappant.  D’une part, une crise inédite, exceptionnelle, jamais connue de mémoire d’humain.  De l’autre, des réponses politiques d’un conformisme absolu. Sans surprise, sans suspense. 

Des rengaines classiques, comme rien de spécial ne s’était passé.  Écoutez plutôt :  L’on a entendu Christian Jacob proposer, pour faire face à la situation, la fin des 35 heures. Son collègue du parti Les Républicains Éric Woerth, demande-lui… l’ouverture des magasins le dimanche. 

Comme une impression de faille spatio-temporelle. Et ils ne sont pas les seuls. Pour Jean-Luc Mélenchon, cette crise sanitaire ratifie en réalité sa critique du « productivisme néo-libéral ». 

Pour Gérald Darmanin, elle donne au contraire raison à la politique de baisse des déficits, une rigueur qui permet selon lui d’atténuer le choc et de financer la relance de l’économie.  La pandémie, nous dit Daniel Cohn-Bendit, rend plus urgente l’intégration européenne. Et selon le Rassemblement national, elle valide à l’inverse l’idée d’une fermeture des frontières.

Bref, si l’on tend l’oreille, tous entonnent une mélodie assez peu novatrice. Celle du : « J’avais raison et les événements le confirment ». 

Confirmation

Une situation résumée par Raphaël Glucksmann, du mouvement Place publique, dans Le Figaro ce matin : « La plupart [des politiques] voient dans la crise la confirmation de ce qu’ils ont toujours cru. Leur monde d’après, c’est leur programme d’avant ». 

C’est bien vu – même si Raphaël Glucksmann doit lui-même encore prouver sa propre révolution idéologique… 

Ce phénomène, c’est ce qu’on appelle le « biais de confirmation » : cette faculté à utiliser ce qui arrive pour renforcer sa propre vision du monde.  

De sorte que ce choc mondial, inédit, semble être traité comme une péripétie de l’actualité, qui permet de faire du commentaire et de recycler des idées anciennes.

Le jour où un astéroïde frappera la terre, il est fort à parier que l’on entende encore parler des « 35 heures », de « l’ultra-libéralisme » et de « l’intégration européenne ». 

Sidération

Cela dit, il faut se montrer indulgent. Nous ne sommes en réalité qu’au début de cette crise. Et l’on peut comprendre l’hébétude qui pousse à ressasser, plutôt qu’à innover. La sidération qui conduit davantage au réflexe qu’à la réflexion…

Nombre de responsables politiques ont d’ailleurs lancé des travaux thématiques, pour tenter de discerner ce que change cette crise.  Mais ce sont, par définition, des travaux dans l’ombre, éclipsés par les assertions triomphales de leurs camarades. 

C’est sans doute pour cela qu’on assiste à un deuxième paradoxe :  Alors que le bilan du gouvernement face à l’épidémie est jugé très sévèrement par les Français, pour l’instant, aucun opposant politique n’en profite. 

D’après les sondages, à la question « qui aurait fait mieux qu’Emmanuel Macron ? », la réponse est : personne, parmi les responsables politiques actifs. 

Et cela n’est pas rassurant…

Du point de vue de l’émulation intellectuelle, c’est ce qui peut arriver de pire. Une sorte de résignation devant des discours déjà entendus dans les meetings, alors que les logiciels de pensée ne peuvent qu’être remis en cause. 

Voilà pourquoi sans doute a-t-on eu tort, collectivement, de moquer les tribunes d’intellectuels et d’artistes, les pétitions pour imaginer le « monde d’après ».

Certes, l’approche est peut-être candide ; mais elle a au moins le mérite de faire entrer un peu d’air frais, dans ce monde de la proposition politique assez renfermé, pour ne pas dire confiné avec ses évidences. »

Frédéric Says

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