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La tentation d’attribuer la responsabilité des crises politiques aux réseaux sociaux

Retour sur un sujet régulièrement abordé par Metahodos, ici l’article évoque les Etats Unis et la Biélorussie.

C’est l’occasion de rappeler que trop souvent la technologie des réseaux sociaux est désignée comme responsable des difficultés politiques.

ARTICLE

Les réseaux sociaux minent la démocratie

Publié le 19/08/2020 Courrier International

A partir d’un long format du Guardian sur les dérives de WhatsApp, qui favorise les théories du complot, nous nous interrogeons sur la façon dont les réseaux sociaux perturbent le jeu politique (et géopolitique).

Une réflexion nécessaire à moins de trois mois de la présidentielle américaine.

Facebook, TikTok, Twitter, WhatsApp, WeChat… Ils ont été au cœur de l’actualité tout l’été. De l’audition des patrons des Gafa (Google, Facebook, Amazon, Apple), fin juillet, devant la Chambre des représentants américaine, qui enquête sur de possibles abus de position dominante, aux menaces de Donald Trump contre les applications chinoises WeChat et TikTok, ces dernières semaines, les réseaux sociaux se retrouvent de plus en plus souvent au centre de batailles politiques (et géopolitiques donc), qu’ils bouleversent largement, quand ils ne les faussent pas.

Nous assistons aujourd’hui à un nouveau tournant de l’Internet social, bien loin des “promesses d’ouverture, de connectivité et d’inclusion” d’origine, écrit l’auteur du long format du Guardian consacré aux dérives de WhatsApp que nous avons traduit dans le dossier de couverture de ce numéro. Pourquoi WhatsApp alors que TikTok et WeChat ont mobilisé toute l’attention médiatique ces derniers temps – devenues le symbole des tensions entre Washington et Pékin, comme nous l’évoquons dans ce dossier ?

Parce que WhatsApp a largement profité du confinement pour étendre son influence (en avril, son trafic a augmenté de 40 %). Avec ses 2 milliards d’utilisateurs, le réseau social racheté par Facebook en 2014 est désormais la première messagerie du monde. “Au début, ses nouveaux usages ont généralement été plutôt réconfortants : des groupes d’entraide se sont constitués pour soutenir les plus vulnérables ; familles et amis passaient par la messagerie privée pour maintenir le contact, partager leurs angoisses en temps réel. Mais vers la mi-avril, WhatsApp a commencé à jouer un rôle un peu plus sombre dans la pandémie”, écrit William Davies, l’auteur de l’article du Guardian, spécialiste de l’histoire de l’économie et des idées. WhatsApp est ainsi devenu un relais majeur des théories du complot et un vecteur de haine et d’exclusion en raison de sa logique de groupes fermés. Et il n’est pas le seul.

Les soutiens extrémistes de Donald Trump ont ainsi fondé un site discret, TheDonald.win, où ils se déchaînent en vue de la présidentielle américaine du 3 novembre. À moins de trois mois du scrutin, il nous semblait important de revenir sur l’influence des réseaux sociaux dans nos démocraties, sachant le rôle qu’ils ont déjà joué lors de l’élection de 2016.

Comme le dit très bien William Davies, “le risque est ici, comme toujours, de faire porter la responsabilité des crises politiques à une technologie”. 

Or, dans le long décryptage qu’il fait de WhatsApp, c’est plutôt à une réflexion sur nos sociétés et à la confiance ou la défiance qu’elles suscitent qu’il nous invite. “WhatsApp fait figure de sanctuaire dans un monde déroutant et peu fiable, où les utilisateurs peuvent parler plus franchement”, écrit-il.

ÔOr “une société qui ne dit ce qu’elle pense que dans les marges aura plus de mal à défendre la légitimité des experts, des responsables politiques et des représentants de l’autorité, qui, par définition, œuvrent en pleine lumière”. En pleine crise du Covid-19, et alors que les politiques peinent à construire un discours audible, l’analyse est à méditer.

Autre sujet brûlant dans l’actualité, sur lequel nous revenons assez largement dans ce numéro (et chaque jour sur notre site), la Biélorussie. Depuis la réélection très controversée, le 9 août, d’Alexandre Loukachenko, “le dernier dictateur” d’Europe, les manifestations se multiplient à Minsk et dans tout le pays. Un scénario qui n’est pas sans rappeler la fin de la Pologne communiste dans les années 1980, avec l’avènement de Solidarnosc (et d’un certain Lech Walesa).

 Il y a quarante ans, le 14 août 1980, les ouvriers des chantiers navals Lénine de Gdansk se sont mis en grève pour défendre une des leurs, licenciée et harcelée par les autorités”, écrit le journal ukrainien Den. “Les événements actuels en Biélorussie donnent l’impression que l’histoire se répète. Si les élites politiques du pays s’unissent aux élites ouvrières dans la contestation, comme en Pologne en 1980, on pourrait certes assister à la fin de Loukachenko, mais cela adresserait en outre un signal à ces républiques postsoviétiques qui, comme la Biélorussie et l’Ukraine, ont loupé le coche et n’ont pas réussi à rejoindre l’Europe après la désintégration de l’Union soviétique.”

Claire Carrard

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