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Vivre en poíēsis: Louise GLÜCK, Nobel de littérature 2020 







PRESENTATION

Un jury unanime consacre la poétesse américaine devant les favoris. Alors qu’elle est discrète et non traduite en français (hors revues), « Le Point » a publié trois de ses poèmes.

Très peu traduite en France, sinon dans des revues spécialisées telle Po&sie, l’écrivaine, âgée de 77 ans, est en revanche tenue outre-Atlantique pour l’une des plus grandes poétesses de langue anglaise de son époque, admirée par nombres d’écrivains, qui ont salué sur Twitter l’annonce de son prix, à l’instar de Daniel Mendelsohn. Elle a d’ailleurs reçu de grands prix littéraires, tels le Pulitzer pour The Wild Iris (1992), le National Book Award pour Faithful and Virtuous Night en 2014, ou celui du Los Angeles Times, en 2012, pour Poems 1962-2012.

Née en 1943 à New York, grandie à Long Island et diplômée de l’université de Columbia, Louise Glück a publié ses premiers poèmes avant d’avoir 20 ans. Le site très complet de la Poetry Foundation relève parmi ses qualités remarquables « la précision technique de sa poésie, la sensibilité, l’exploration de la solitude, des relations familiales, du divorce et de la mort (…), ainsi que sa manière de retravailler les mythes grecs et romains comme ceux de Perséphone et de Déméter ».

ARTICLE

Mais qui est Louise Glück, Nobel de littérature 2020 ?

Un jury unanime consacre la poétesse américaine devant les favoris. Alors qu’elle est discrète et non traduite en français (hors revues), « Le Point » a publié trois de ses poèmes.

 Par Valérie Marin La Meslée et Sophie Pujas 08/10/2020 Le Point.fr


Une nouvelle fois, ils ont déjoué les paris. Exit les favori(t)es Joyce Carol Oates, Margaret Atwood ou Annie Ernaux, c’est Louise Glück, poétesse plutôt discrète, née en 1943 à New York, qui enseigne l’anglais à l’université de Yale, a déjà publié douze recueils de poésie, ainsi que des essais, et qui est non traduite en français hors revues, qui a été choisie. Louise Glück ? Il faut saluer les revues de poésie en France et notamment Po&sie qui donne à lire L’Iris sauvage, traduit par Marie Olivier, de cette poétesse américaine que les membres de l’Académie Nobel viennent de consacrer à l’unanimité. « Pour sa voix poétique caractéristique, qui, avec sa beauté austère, rend l’existence individuelle universelle », a annoncé l’académie suédoise en décernant le prix à Stockholm. Elle est une figure essentielle dans le paysage de la poésie américaine contemporaine de ces quarante dernières années.


Autrice de Firstborn (1968), de Descending Figure (1980), elle a déjà remporté le prix Pulitzer pour The Wild Iris en 1993, et le National Book Award pour Faithful and Virtuous Night (Farrar, Straus and Giroux) en 2014, un recueil dont une traduction inédite existe déjà en français, signée Romain Benini. Ce maître de conférences en langue française et spécialiste de la poésie du XIXe siècle, collaborateur de la revue Place de la Sorbonne, a été ébloui l’an dernier en découvrant dans la New York Review of Books un poème de Louise Glück (dont il nous donne un échantillon ci-dessous en anglais et en français). Il s’est, dans la foulée, attelé à la traduction de son dernier recueil qu’il a proposé à un éditeur. 

« Afternoons and Early Evenings » (extrait d’un poème de Louise Glück traduit par Romain Benini)

The beautiful golden days when you were soon to be dying
but could still enter into random conversations with strangers, random but also deliberate, so impressions of the world
were still forming and changing you,
and the city was at its most radiant, uncrowded in summer though by then everything was happening more slowly—

Les beaux jours dorés où tu allais bientôt commencer à mourir
mais où tu pouvais encore prendre part à des conversations imprévues avec des inconnus, imprévues mais volontaires,
de manière que les impressions du monde continuaient de te former et de te changer,
et la ville rayonnait plus que jamais, dépeuplée en été même si alors tout se passait plus lentement ––


Ce que cette poétesse apporte à notre temps selon lui ? « Dans l’apparente simplicité de sa poésie, en réalité profonde et chargée de différents niveaux de sens, une poésie accueillante et peu difficile à lire, Louise Glück apporte du temps à notre temps. Elle prend le temps de réfléchir à cette complexité des moments qui se télescopent les uns les autres, en mêlant passé et présent. Je pense que c’est la beauté de son art qui a été récompensée, celui avec lequel elle transmet l’expérience individuelle du monde. »


Ce 113e prix Nobel de littérature devait être celui de l’apaisement après des années tumultueuses, et les prix 2017 et 2019 décernés à Peter Handke et Olga Tokarczuk. Bien sûr, il y a toujours cette question récurrente, celle de tous les déçus : mais pourquoi vont-ils si souvent récompenser des inconnus quand de si grands auteurs nous paraissent mériter, ô combien, cet honneur ? Peut-être aussi pour aller vers de vraies découvertes ?  Et puis, dans l’atmosphère particulière de cette édition en période de Covid, les Nobel n’ont toutefois pas oublié l’Amérique, en portant haut et loin de son président actuel la littérature anglo-saxonne, et plus encore rappelé le rôle la poésie.

L’IRIS SAUVAGE


Au bout de ma douleur
il y avait une porte.

Écoute-moi bien : ce que tu appelles la mort,
je m’en souviens.
En haut, des bruits, le bruissement des branches de pin.

Puis plus rien. Le soleil pâle
vacilla sur la surface sèche.
C’est une chose terrible que de survivre
comme conscience
enterrée dans la terre sombre.
Puis ce fut terminé : ce que tu crains, être
une âme et incapable
de parler prenant brutalement fin, la terre raide
pliant un peu. Et ce que je crus être
des oiseaux sautillant dans les petits arbustes.
Toi qui ne te souviens pas
du passage depuis l’autre monde
je te dis que je pouvais de nouveau parler : tout ce qui
revient de l’oubli revient
pour trouver une voix :
du centre de ma vie surgit
une grande fontaine, ombres
bleu foncé sur eau marine azurée
Ou encore


CHANT


Comme un cœur protégé,
la fleur
rouge sang
de la rose sauvage commence
à éclore à la branche la plus basse,
soutenue par la masse
nidifiée d’un gros buisson :
elle fleurit sur l’ombre,
toile de fond
perpétuelle du cœur,
alors que les fleurs
plus en hauteur se sont flétries ou ont moisi ;
pour survivre,
l’adversité
approfondit simplement
sa couleur. Mais John
n’est pas d’accord : il pense que
si ce n’était pas un poème mais
un vrai jardin, alors
la rose rouge ne devrait
pouvoir ressembler à
rien d’autre, ni à
une autre fleur, ni à
un cœur ombragé dont
le pouls bat, au niveau du sol,
tantôt bordeaux, tantôt cramoisi.


(Traduction Marie Olivier, pour la revue Po&sie)

Louise Glück, Poète juive américaine: Nobel de Littérature - Tribune Juive







  





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