Aller au contenu principal

Eviter (un) Hold Up? Pourquoi il ne faut pas faire silence sur l’échec de la gouvernance et de l’action publique

INTRODUCTION

Eviter un hold up sur le débat démocratique; Eviter « Hold Up », le Film?

Au moment où sort un film à vocation sensationnelle mêlant questions légitimes et affirmations infondées, il convient de ne pas tomber dans la radicalisation du débat démocratique.

Complotisme, populisme, des concepts valises, poisons violents pour la démocratie

Ce film illustre – tant dans son intention que dans sa critiqueun phénomène : le complotisme, concept valise que nous ne décrirons pas ici. Nous avions développé, dans plusieurs publications l’autre phénomène : le populisme, autre concept valise qui s’avère, comme le complotisme, un poison violent pour la démocratie.

Le documentaire « Hold-Up » a été vu (au moins) plus de deux millions et demi de fois sur Internet

Sur Marianne TV, Natacha Polony explique qu’il faut s’interroger sur l’écho rencontré par ce documentaire :

« Il y a des questions légitimes à poser sur la gestion du coronavirus, il y a des questions auxquelles nous n’avons toujours pas de réponse, et il est absolument essentiel de pouvoir les poser, sinon on nourrit l’idée qu’il y aurait des choses à cacher« .

« On traite de complotiste des gens, notamment des journalistes qui font leur travail, qui posent des questions, qui remettent en cause le système économique profond et les choix qui sont faits au nom de cette idéologie qu’est le néolibéralisme (…) Tant qu’il n’y a pas de véritable débat démocratique sur les questions essentielles, tant que tout sujet est traité comme une lutte du bien contre le mal, où certaines questions seraient interdites, on se prépare à délégitimer les médias et toutes les instances qui portent une parole publique et à laisser croire aux citoyens que la vérité serait ailleurs. »

RELIRE un de nos articles sur le populisme:

https://metahodos.fr/2020/05/28/le-populisme-mot-valise/

La démocratie, c’est aussi la critique, surtout quand la tentation autoritaire étouffe les acteurs de celle-ci

« Qui aurait mieux fait ? » « Il faut se serrer les coudes dans une telle crise« , entend-on parfois répéter dans le but de plaider en direction d’une modération de la critique.

Le fait que les institutions et mécanismes démocratiques soient paralysés par la concentration des pouvoirs ne suffirait-il pas à légitimer les analyses et critiques de la gestion de la pandémie ?

En réalité, plus largement, la gestion de la crise, outre sa gravité sanitaire et humaine, sert de stress test pour la conduite des affaires publiques. Elle révèle un double désintérêt des dirigeants pour une gouvernance démocratique et pour une gestion publique partagée et responsabilisante..

Une démocratie méprisée, une action publique négligée

Qui pouvait penser, parmi les concepteurs du Projet METAHODOS, en novembre de l’an passé, que les dirigeants eux-mêmes nous donneraient une telle représentation – au sens théâtral et caricatural du terme – d’une démocratie méprisée et d’une action publique négligée ?

Quelles sont les critiques entendues ?

Ignorance des parties prenantes dans l’analyse et les prises de décisions; Ignorance des procédures administratives pourtant existantes; Personnification dramaturgique des décisions; Désinformation et infantilisation;…Mépris des collectivités et de leurs élus; etc.

C’est dans l’épreuve que…grandeur, esprit, âme…

La crise aurait pu permettre de retrouver le chemin d’une gouvernance équilibrée, il n’en a rien été, bien au contraire… et malgré des promesses de réinvention, de décentralisation, de concertation, de proximité territoriale, d’écoute des citoyens… il n’y a eu ni surcroît d’esprit ni supplément d’âme.

Perte de bienveillance et d’humanité ? Une action publique sans âme et manquant d’intelligence

L’approche technocratique a conduit à des politiques et à des dispositifs sans âme et, au total, manquant d’intelligence .

Un exemple : combien la prise en compte des plus démunis a été longue et fastidieuse.

Autre exemple : comment comprendre cette incapacité à définir collectivement les biens, services et activités essentielles… et ce cynisme affiché dans la mise en œuvre des mesures brutales – car irréfléchies et non débattues – néfastes pour le spectacle et la lecture.

Nous vous proposons un article écrit par un observateur aiguisé de l’action publique, y ayant contribué lui même en son remps.

«Il est plus rassurant de croire à des complots que de reconnaître le chaos qui nous gouverne»

C’est le titre de l’article qu’ Olivier Babeau publie dans le Figaro.

« La dangereuse prolifération des théories complotistes est un refuge face à la complexité galopante du monde, qu’aucun discours explicatif universel ne vient plus éclairer« , analyse Olivier Babeau.

« Nous ne pouvons pas accepter cela comme une fatalité. Des solutions existent. Si les responsables politiques adoptaient plus volontiers des discours de vérité, spécialement lorsqu’ils se sont trompés, leur parole finirait peut-être par regagner en crédibilité. Le mensonge initial sur les masques n’a certainement pas aidé. » Ecrit-il.

METAHODOS publiera prochainement son article.

En 24 heures, entre avant-hier et hier : 2 annonces et deux contre annonces :

– le Ministre de l’économie annonce une ouverture vraisemblable des commerces pour le 27 novembre, le Ministre de la santé annonce le contraire dans la foulée.

Le Premier ministre annonce qu’il parlera le 26 pour annoncer le dispisitif de confinement, le Président de la République, dans la foulée, annonce qu’il parlera la semaine prochaine pour annoncer les dispositfs de deconfinement.

Désastre et défiance: «Retour sur les défaillances en série de la bureaucratie sanitaire»

Les pouvoirs publics font l’impasse sur leurs insuffisances dans ce dossier du Covid, analyse Éric Verhaeghe. Selon lui, l’État a gravement failli dans ses missions mais aucune conséquence n’est tirée du désastre, qui alimente la défiance des citoyens.

Éric Verhaeghe est fondateur de Tripalio, une start-up sur la vie syndicale. Ancien élève de l’ENA, il a occupé des fonctions dans le monde patronal et assumé divers mandats paritaires. Il fut notamment administrateur de la sécurité sociale. Il est l’auteur de Ne t’aide pas et l’État t’aidera (Éditions du Rocher, 2016)

Nous vous proposons son article ARTICLE publié par Le Figaro.

ARTICLE

Covid: «Retour sur les défaillances en série de la bureaucratie sanitaire»


Par Eric Verhaeghe LE FIGARO 13 novembre 2020


La gestion de la crise Covid n’en finit pas d’être désastreuse en France, même si les habituels thuriféraires du statu quo répètent à l’envi qu’elle est désastreuse partout. Il n’en reste pas moins qu’elle ne produit pas partout la même défiance vis-à-vis des institutions, ni les mêmes dévissages économiques ciblés sur les petits

Voici l’inventaire des principales défaillances de l’État en France, qui, dans une démocratie normale, induiraient immédiatement de profondes remises en cause du fonctionnement administratif.

Mieux vaut guérir que prévenir

Le principal point d’agacement, voire d’exaspération des Français tient à la stratégie globale de nos institutions, qui a systématiquement (et c’est une habitude nationale en matière de santé) ignoré la question de la prévention de la contamination autrement que par un confinement, et a tout misé sur la curation. En France, on ne cherche pas à maintenir les gens en bonne santé, on préfère les soigner quand ils sont malades. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous payons à prix d’or une assurance maladie et non, comme dans les autres pays, une assurance santé. La santé ne paie pas, la maladie rapporte.


Dès le mois de février, donc, la bureaucratie sanitaire en charge de la crise a mis le paquet sur l’hospitalisation des malades et les services de réanimation. Il fallait soigner.


Selon Jérôme Salomon, le masque ne servait à rien dans la lutte contre l’épidémie, ou à pas grand-chose, et le grand public n’en avait en tout cas un besoin prioritaire.


Parallèlement, depuis octobre 2018, la bureaucratie sanitaire détruisait consciencieusement près de 800 millions de masques, et le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, nommé à ce poste après avoir fait la campagne de Macron et avoir envoyé au candidat une note sur l’impréparation de la France en cas de pandémie, refusait de reconstituer le stock. Il l’a détaillé devant la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale. Selon lui, le masque ne servait à rien dans la lutte contre l’épidémie, ou à pas grand-chose, et le grand public n’en avait en tout cas un besoin prioritaire. Six mois plus tard, Jérôme Salomon est toujours en poste.


On pourrait en dire autant de la campagne de dépistage, que la France a été incapable de mettre en place correctement alors que, partout où elle a eu lieu, elle a permis d’enrayer l’épidémie. En panne de tests durant le premier confinement, les autorités sanitaires ont déployé une logique de moyens massifs cet été, en pure perte. L’opération devrait coûter plusieurs milliards à l’assurance maladie, mais le délai de transmission des résultats était si long que les cas suspects ont eu le temps, tout l’été, de contaminer des dizaines de personnes avant de se savoir malades.


En réalité, pour les autorités sanitaires, la prévention se limite à trouver un vaccin et, en attendant le vaccin, il n’y a rien d’autre à faire que de rester bloqué chez soi en fermant tous les petits commerces. Et tant pis si cette vision très restreinte de la prévention se traduit par des centaines de milliers de faillites. Les fonctionnaires qui agissent avec de telles limitations d’esprit savent qu’ils garderont, eux, leur salaire et leur emploi.

Bureaucratie sanitaire et choix allopathiques contestables

S’agissant des médicaments efficaces contre le virus, là encore, les autorités sanitaires ont fait des choix bien étranges, qui mériteraient une vraie enquête judiciaire sur des distorsions dans les décisions prises.


Ainsi, alors que le gouvernement dépensait 100 milliards pour l’hydrogène et la transition climatique, et pour quelques autres mesures comme le chômage partiel, il ne trouvait pas 10 millions pour aider l’institut Pasteur de Lille à adapter les modes d’administration de l’interféron auquel certains prêtent des vertus contre le virus. Idem pour l’ivermectine développée à Montpellier. Sans parler du conflit autour de l’hydroxychloroquine, proposée en France mais contre laquelle la France est devenue championne de la haine quand cette molécule est largement prescrite dans le monde.


Pourquoi le président de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament a-t-il délivré une autorisation temporaire d’utilisation au Remdesivir, alors que la communauté scientifique s’y opposait ?


En revanche, les autorités sanitaires ont déroulé le tapis rouge à la molécule la plus chère du marché: le Remdesivir de Gilead, qui a déjà rapporté 900 millions $ au laboratoire américain, dont 300 millions grâce aux seuls achats de l’Union Européenne. Pourtant, l’OMS en a souligné l’inefficacité et même la dangerosité pour les reins. Les médecins français autorisés ont eux-mêmes dit tout le mal qu’ils en pensaient, en émettant notamment un avis défavorable à son remboursement par l’assurance maladie.


Pourquoi le président de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament a-t-il délivré une autorisation temporaire d’utilisation au Remdesivir, alors que la communauté scientifique s’y opposait? Dans une démocratie normale, une commission parlementaire s’empare immédiatement du sujet et demande des comptes. Mais pas en France.


L’amateurisme courtisan fait roi

Depuis plusieurs années, plusieurs maux rongent l’État en France. La politisation des carrières, à l’abri d’un statut qui garantit l’emploi à vie, en est le principe originaire. Cette politisation favorise l’esprit courtisan et décourage la compétence. Elle assure le règne du «pas de vague» et tue par avance toute réforme ou toute performance.


Elle favorise plusieurs métastases: l’incompétent servile fait une meilleure carrière que le décideur efficace. L’amateur plaisant dame le pion au professionnel exigeant. Le connivent étouffe l’honnête. Le couard poignarde le courageux. Le médiocre pourrit l’intelligence.

Cette prolifération cancéreuse débouche sur la gestion de crise telle que nous l’avons vue cette année. On doit à Philippe Douste-Blazy d’avoir rappelé qu’il avait, au début des années 2000, bâtit un plan complet de lutte contre les pandémies, qui planifiait la production de masques, leur distribution, les réquisitions d’usine à cette fin. Tout était écrit à l’avance.


Jérôme Salomon a manifestement utilisé ce plan pour soutenir une armoire de bureau, ou pour poser la machine à café de son service qui, paraît-il, travaille beaucoup (c’est ce qu’il a déclaré au Parlement). Toujours est-il que Salomon et son équipe de choc ont découvert la pandémie comme une poule qui marche sur un couteau.


La médiocrité du personnel, avachi par la décadence profonde de notre administration mal dirigée, a fait son œuvre.


Les récits livrés par la presse ont souligné dans quelle improvisation le ministère a réagi, après avoir refusé de sauver l’usine bretonne capable de fabriquer des masques en urgence. Et l’on passe ici sur le recours en urgence au cabinet de conseil américain Bain, sans doute à prix d’or, qui joue les ventriloques et gère la crise à la place de fonctionnaires qui se sentent débordés et indispensables à la nation.


Le désastre français n’était pourtant pas inévitable. Les plans de bataille existaient dans les tiroirs de l’état-major. Mais la médiocrité du personnel, avachi par la décadence profonde de notre administration mal dirigée, a fait son œuvre. Et Jérôme Salomon est toujours en poste.

Paralysie de la démocratie

L’argument donné par les Patrick Cohen et autres adeptes de la nomenklatura française est audible: les autres n’ont pas fait mieux. C’est probablement vrai, mais ils ont eu le mérite de le faire pour moins cher que l’administration française. Nous avons dépensé des milliards pour des tests inutiles. Nous dépensons des milliards pour des médicaments inefficaces.


Nous brûlons des milliards pour nourrir une impressionnante bureaucratie non seulement inefficace, mais toxique. On pense aux cohortes des Agences Régionales de Santé (ARS) qui flanquent la nébuleuse d’agences comme Santé Publique France, qui flanquent l’administration pléthorique du ministère de la Santé.


Toute cette bureaucratie est non seulement incontrôlable, mais prétend diriger ce pays en étendant sur lui sa mauvaise gouvernance: torpillage des médicaments français au profit des laboratoires américains, torpillage des petits commerces français au profit d’Amazon, et la liste n’est pas limitative. Face à cette bureaucratie, la démocratie paraît étrangement léthargique. Le pouvoir est désormais confié à une technostructure qui, au nom de l’urgence sanitaire, a confisqué le pouvoir.

2 réponses »

  1. Bonjour, Thierry,Juste une remarque : le terme de complotisme est apparu au cours du procès de Nuremberg pour qualifier la stratégie totalitaire et destructrice du Nazisme. L’utiliser aujourd’hui peut paraitre abusif et erroné. En effet, le complot (« Avec » le « Groupe ») ne peut être une démarche souterraine de gens isolés, mais bien celle d’un groupe organisé comme un gouvernement, une secte, un parti, une entreprise, le staff d’une société. Donc relayer des informations et en déduire des choses, ne peut pas relever de complotisme.Par contre utiliser le terme contre des individus risque de l’être si c’est fait par une groupe, un gouvernement, par exemple. Alors, je me demande si

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :