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Michèle COTTA raconte: 1981 Giscard-Mitterrand, un duel historique





La journaliste Michèle Cotta raconte le second débat présidentiel qui opposa, le 5 mai 1981, le président sortant au candidat François Mitterrand. Michèle Cotta a écrit les « Cahiers secrets de la Ve République » (4 volumes, Fayard, 2007-2011).

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ARTICLE

Giscard-Mitterrand : 1981, un duel historique


par Michèle Cotta

Modifié le 06/12/2020  | Le Point


Dans les yeux. 

5 mai 1981, Maison de la radio, Paris. Entre les deux candidats à la présidence de la République, les journalistes Michèle Cotta (en rouge) et Jean Boissonnat (debout, deuxième à gauche). Mitterrand ne voulait pas renouveler l’expérience malheureuse de 1974. Son équipe avait imposé un cahier des charges si exigeant qu’il devait empêcher le duel, mais le clan giscardien accepta toutes les conditions.
 
La Maison de la radio est sous bonne surveillance ce 5 mai 1981. Tout est prêt pour accueillir les deux finalistes de la présidentielle. Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand arrivent à quelques minutes d’intervalle. La soirée commence, mauvais signe, par un petit conflit : ils ont tous deux choisi la même maquilleuse, Nelly.

La commission de contrôle n’a pas prévu ce cas-là. Du coup, c’est Nelly qui choisit son homme : ce sera François Mitterrand. Giscard ne manifeste pas d’émotion. Il est simplement interloqué que l’on puisse lui préférer le candidat socialiste.

Les voilà donc tous deux face à face, pour le second débat présidentiel de leur vie. Giscard n’est pas trop inquiet : il a remporté le match, il y a sept ans, d’une phrase : « Vous n’avez pas le monopole du cœur. » Mitterrand attendait tout de lui, sauf qu’il parle du cœur, tant il se sentait déjà détenteur de celui des Français.

VGE à Mitterrand : « Vous n’avez pas le monopole du cœur. »

Des conditions « inacceptables ». Depuis cet échange, où Mitterrand s’est trouvé exécrable, sept ans ont passé qui ont renforcé VGE dans l’idée qu’il est le meilleur, devant les caméras. Mitterrand a tout fait pour refuser le face-à-face : l’avocat Robert Badinter et le réalisateur Serge Moati, ses conseillers chargés, dans le secret, de torpiller le débat plutôt que l’aménager, ont posé pas moins de 21 conditions « inacceptables ».

Sûre de la domination de Giscard, son équipe les a toutes acceptées : place des caméras, choix des animateurs – une liste a été remise à l’état-major du président de la République. Pas de vedettes de la télévision parmi eux : les pensant acquis au pouvoir en place, Mitterrand les a récusés. Ses conseillers avancent quatre noms : ceux de Jean Boissonnat et Guy Thomas, chroniqueurs d’Europe 1, du polémiste Jean-François Kahn et de moi-même (j’étais alors éditorialiste à RTL). « Prenons les deux premiers par ordre alphabétique », a dit Giscard, qui tient à son débat.

Quand, sur le plateau, les concurrents se retrouvent face à face, Mitterrand est décidé à ne pas perdre, tandis que Giscard pense avoir déjà gagné. Gagner, perdre : sait-on ce qu’une confrontation de cette nature rapporte, à l’un ou à l’autre ? Quelques milliers de voix, ou des dizaines de milliers ?

Échanges vigoureux. L’espoir, c’est visible, change de camp au fil des échanges vigoureux.

Les phrases chocs, cette fois, viennent pour la plupart de Mitterrand, qui les peaufine depuis sept ans. Le leader de l’Union de la gauche a préparé, avec Laurent Fabius dans le rôle de Giscard, nombre de ses répliques. « Vous avez tendance un peu à reprendre le refrain d’il y a sept ans, l’homme du passé. Il est quand même ennuyeux que vous soyez, depuis, devenu l’homme du passif. » La réplique « Je ne suis pas votre élève, vous n’êtes pas ici le président de la République » arrive à point nommé, quand Giscard l’interroge sur le cours du mark.

Celui-ci est à la fois agacé et surpris. Agacé lorsque Mitterrand défend ses nationalisations, auxquelles il a à peine l’air de croire, accablé quand il parle des institutions, passage obligé dans lequel il est bien mauvais. Surpris quand Mitterrand qui, depuis sept ans, a gagné en autorité, se permet de contester la sienne. Et puis, cette fois, point de formules assassines chez Giscard, dont la surprise se meut bientôt en circonspection.

Rappel à l’ordre. 

Au bout de plus de deux heures quinze viennent les minutes de conclusion. Giscard prend son élan, commence, se fait trop long. Boissonnat le rappelle sèchement à l’ordre. Depuis sept ans qu’il est à l’Élysée, il n’a pas l’habitude d’être interrompu. Les effets prévus pour la fin de sa prestation tombent à l’eau. Mitterrand, lui, finit dans le temps imparti. Pourtant, à la toute fin, chacun semble satisfait de sa performance. Mitterrand craignait que ce débat tourne uniquement autour de la présence des communistes dans le gouvernement s’il gagne. Cela n’a pas été le cas. VGE voulait séduire les électeurs chiraquiens du premier tour. Il s’est adressé à eux en priorité avec habileté. Les deux hommes se quittent, froidement mais poliment. Nelly, cette fois, démaquille le président, laissant son challenger à l’une de ses collègues.




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