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Le psychiatre Christophe ANDRE: « Protéger les âgés, sacrifier les jeunes » ?


PRESENTATION

Les conséquences chez les 15-30 ans

Le médecin psychiatre Christophe André décrypte les effets, psychologiques notamment, de la pandémie de coronavirus sur la société. Il s’inquiète des conséquences chez les 15-30 ans.

S’il y avait une vertu à la crise sanitaire, ce serait « le retour au réel ». C’est en tout cas l’analyse du psychiatre Christophe André, expert des troubles émotionnels, anxieux et dépressifs. « Nous sommes fragiles, trop nombreux, trop remuants, trop polluants, constate le médecin. Si on arrive à changer nos façons de fonctionner, ce monde peut devenir plus joyeux et plus épanouissant. »

Protéger les âgés et de sacrifier les jeunes  ?

Pour y arriver, il faudra miser sur les jeunes dont l’envie de changement est, elle aussi, réelle, juge le spécialiste de la méditation. Inquiet des effets de la pandémie sur les 15-30 ans, il interroge le choix « de protéger les âgés et de sacrifier les jeunes ». Mais il rassure et pense que les humains peuvent s’adapter, comme ils l’ont toujours fait. « L’inconfort n’est pas toujours pathologique ou problématique », dit-il au JDD.

Extraits:

Un nouveau confinement drastique cliverait définitivement le pays entre résignés et indignés

La répétition des épreuves aboutit à une habituation ou à une allergie

Est-il vraiment sage de sacrifier l’avenir des jeunes pour faire gagner quelques années de vie aux plus âgés (dont je suis)?

On doit réapprendre à faire un tri parmi nos peurs

L’être humain a une aptitude merveilleuse au déni!

Une civilisation peut être passionnante et brillante malgré le poids de l’incertitude et de l’adversité

Je ne renonce pas à vivre, sortir, parler ou travailler. Mais je le fais en adoptant des comportements adaptés et proportionnés au danger.

Il y a ce malentendu qui consiste à penser l’instant présent comme un refuge court-termiste

Grâce à la pandémie, je sais que c’est génial de pouvoir être assis à une terrasse de café et bavarder! Et je le savourerai pleinement le temps venu!

ARTICLE

Christophe André : « Pendant les crises, on n’écoute plus les gens qui ne pensent pas comme nous »

 5 janvier 2021 JDD Marianne Enault

Est-on mieux préparé à vivre 2021, car il n’y a plus l’effet de surprise ?

Mieux préparé, je ne sais pas, mais mieux prévenu, oui! Il n’y a pas de surprise : le virus est là, il y aura des nouvelles vagues et des nouveaux virus à l’avenir. On est mieux préparé à se protéger du virus. Mais est-on pour autant mieux préparé à vivre et s’épanouir dans un tel climat? La réponse est mitigée. Dans la société, il y aura sans doute un clivage de plus en plus grand entre les résignés et les indignés.

Un nouveau confinement drastique cliverait définitivement le pays entre résignés et indignés

Ceux qui acceptent et ceux qui n’acceptent pas ?

En psychologie, l’acceptation est une démarche active dans laquelle on reconnaît le réel. On ne se dit pas « c’est bien » mais « c’est là », et on décide de composer avec le réel. On n’est ni dans le déni ni dans l’indignation. Que je l’approuve ou non, le phénomène existe, quel qu’il soit – le réchauffement climatique, le sexisme, le racisme, le Covid –, et la question est : qu’est-ce que je fais avec ça?

L’acceptation est une démarche qui ne nous pousse pas à renoncer à l’action mais à une action économique pour éviter les gesticulations liées à la colère ou à la peur. Accepter, ce n’est pas subir sans rien dire, mais mettre son énergie dans l’adaptation à ce qui est là, puis dans le combat. L’acceptation suppose un calme relatif et une stratégie pour changer la situation, sinon on est juste dans la colère. Et la colère, ça s’épuise, ça crispe les autres et ça finit par m’épuiser moi-mêmeUn confinement tel qu’au printemps est-il envisageable?

Pour des raisons économiques, on ne peut pas se permettre un nouveau confinement drastique. Mais pour des raisons sociologiques aussi, car ça cliverait définitivement le pays entre résignés et indignés, et tout exploserait. Ça me semble totalement inconcevable et les politiques en ont conscience.

La répétition des épreuves aboutit à une habituation ou à une allergie

Quel est l’effet psychologique de ces confinements à répétition ?

La répétition des adversités et des épreuves aboutit à deux grandes conséquences : soit une habituation soit une allergie. On le voit dans les pays en guerre, les gens peuvent finir par s’habituer aux situations les plus violentes et développer une sorte de savoir-faire de survie ; mais on peut aussi s’allergiser, devenir intolérant aux difficultés. Pour certains, la répétition des confinements est vécue avec fatalisme, mais d’autres, qui n’ont pas les ressources pour s’adapter, se sentent trop sollicités et ça peut les conduire à un effondrement psychologique.

Quelles sont nos ressources pour y faire face?

Il y a les ressources intérieures et extérieures. Cette pandémie donne un avantage psychologique aux gens qui ont une vie intérieure riche, aux introvertis, aux imaginatifs, aux professions intellectuelles plus équipées pour rééquilibrer leur mental ; et un désavantage aux personnes qui puisent leur équilibre principalement dans les actions et les interactions. Pour elles, l’action – travailler, cuisiner, jardiner, courir, bricoler – est un anxiolytique. Les interactions aussi les détournent de ce qui les préoccupe. Or les confinements modifient nos capacités d’action et nous privent des interactions spontanées, de toutes ces petites rencontres au fil de l’eau. Ce sont des ressources dont on ne dispose plus, et pour certains, c’est un grand facteur de déséquilibre. Quant aux ressources extérieures, c’est par exemple avoir une maison, un jardin, ou des amis juste de l’autre côté de la rue. Cette crise révèle des clivages, des lignes de fracture entre les différents profils de population.

A-t-on une idée de l’impact psychologique de la crise sur les enfants les plus jeunes?

Non, on aura des chiffres fiables et solides dans deux, trois ans. Mais on a déjà des impressions : beaucoup de jeunes enfants ont été perturbés, notamment par la perte du lien social, l’absence d’école, une ambiance sociale et familiale inquiétante et compliquée. Ils ont été aussi davantage exposés aux écrans et aux réseaux sociaux. Or, plus un enfant passe du temps sur les réseaux sociaux, plus son score d’anxiété augmente ; pour les ados, c’est l’estime de soi qui se fragilise, car il y a compétition d’image avec les autres. C’est une génération d’enfants très marquée, ça va sans doute laisser des traces. Mais les enfants ont aussi une forte résilience et une grande flexibilité qui font que les soucis peuvent apparaître quelques mois plus tard seulement, ou jamais.

Est-il vraiment sage de sacrifier l’avenir des jeunes pour faire gagner quelques années de vie aux plus âgés (dont je suis)?

La crise ne crée-t-elle pas un clivage entre les jeunes et les vieux?

Entre les âgés qui ne veulent pas mourir et les jeunes qui veulent vivre, nos gouvernants ont fait le choix de protéger les âgés et de sacrifier les jeunes. C’est une réalité : les 15-30 ans, les lycéens et les étudiants, ont pris vraiment très cher. La fréquence des symptômes de nature anxieuse et dépressive a doublé chez les jeunes. Ce choix sanitaire va générer des dégâts sociologiques et économiques énormes et doit pousser notre pays à s’interroger sur les prochaines pandémies. Est-il vraiment sage de sacrifier l’avenir des jeunes pour faire gagner quelques années de vie aux plus âgés (dont je suis)? La question mérite d’être posée et on ne peut pas laisser les médecins seuls face à ce dilemme. Notre société doit décider, car nous ne pouvons pas sauver tous les citoyens fragiles sans condamner ceux en devenir. Il faut donc trouver un autre modèle, car notre société n’a pas besoin d’un clivage supplémentaire. Je crois que ça doit être l’occasion d’un vrai débat politique, car l’une des vertus de cette crise est qu’elle est une répétition générale pour la prochaine pandémie. Il faut réfléchir ensemble à comment sera gérée la suivante.

Pourquoi les jeunes sont-ils les plus pénalisés?

Parce qu’ils ne peuvent plus aller à la fac, être formés, recevoir un enseignement. C’est toute une génération qui ne peut pas faire son apprentissage correctement. C’est aussi toute une tranche d’âge en construction sociale : c’est à cet âge qu’on se nourrit du contact avec les autres, qu’on découvre qui on est en ayant des aventures amicales ou sentimentales, en trouvant sa voie dans la vraie vie et pas sur les écrans. C’est toute une génération à qui l’on injecte une forte dose de l’angoisse de l’avenir. Et enfin, ils ont quand même le sentiment de payer l’addition, et la plus corsée, pour les autres. On ne pourra pas recommencer à les esquinter comme ça à la prochaine crise.

On doit réapprendre à faire un tri parmi nos peurs

Peuvent-ils former une génération plus résiliente?

C’est possible. Il est difficile de généraliser, mais beaucoup d’entre eux savent qu’ils vont devoir construire quelque chose de différent. Aujourd’hui, on voit bien deux tendances entre ceux qui souhaitent un retour à l’état antérieur et ceux qui veulent que la société change. Il est difficile de dire qui est en plus grand nombre, sûrement ceux qui veulent recommencer comme avant. Mais il va y avoir un effet cliquet. Après la vache folle, la consommation de viande n’est pas revenue à ses niveaux précédents. Je crois que cette crise sanitaire va avoir le même effet cliquet : après la période pandémique, plein de gens vont reprendre leurs vieilles habitudes, mais un nombre significatif ne va pas vouloir le retour à la normale et ça aura un effet d’entraînement. Beaucoup de jeunes aujourd’hui ont cette envie d’être plus résilients, en dehors du système matérialiste, compétitif, comparatif, existant. Ils savent que d’autres trous d’air sont à venir et qu’il faudra être équipé psychologiquement et socialement. Il faut penser des façons d’être plus solidaires, quand la société de consommation, elle, a besoin que les gens se pensent comme des individus isolés et non comme des citoyens solidaires.

La crise révèle-t-elle le meilleur et le pire des individus et de la société?

C’est un phénomène classique dans toutes les crises. Ce qui augmente dans un premier temps, c’est la rigidité, la méfiance, le repli sur soi, le lien avec des gens à notre image. On s’accroche à ses certitudes. On appauvrit sa vision du monde en ne lisant que des informations qui nous conviennent. On n’écoute plus les gens qui ne pensent pas comme nous. Le mouvement qui doit suivre est un mouvement de réouverture, de reprise des interactions et des actions dans un environnement modifié. On doit réapprendre à fonctionner différemment, à faire le tri parmi nos peurs.

S’il faut retenir deux leçons de cette crise [pour les scientifiques et les politiques], c’est : un, reconnaître qu’on ne sait pas, et deux, ne jamais mentir

S’agit-il aussi de faire face à l’incertitude?

C’est difficile, car notre cerveau, comme celui de la plupart des mammifères, déteste l’incertitude. On n’a pas de centre cérébral de l’incertitude que l’on pourrait activer face à une situation floue. On n’est pas capable de se dire : tu ne sais pas, tu attends d’avoir plus d’informations pour décider et agir. A la place, on préfère se raconter des histoires. Les pessimistes penseront que ça va mal se passer, les optimistes, l’inverse ; et les arguments des uns et des autres se vaudront. Mais il est très rare d’entendre des gens qui disent : je ne sais pas et donc j’attends avant de juger. Et d’ailleurs, au début de la pandémie, on a vu à quel point il avait été difficile pour les scientifiques et les politiques de reconnaître qu’ils ne savaient pas. S’il faut pour eux retenir deux leçons de cette crise, c’est : un, reconnaître qu’on ne sait pas, et deux, ne jamais mentir. Le mensonge, sur les masques, par exemple, est une catastrophe à long terme qui fait flamber tous les discours de méfiance par rapport à toute forme de parole officielle.

Est-ce que ça aboutit, in fine, au scepticisme sur le vaccin, plus fort en France qu’ailleurs?

Ce scepticisme est le fruit de phénomènes compliqués. L’explication optimiste est de penser qu’on identifie, au fond, le vaccin à une médecine dont on ne veut plus : une médecine de la maladie, des organes, une médecine technicienne ; alors qu’on veut aller vers une médecine de la santé, de la personne, de la prévention. Il y a un aspect légitime dans la méfiance si elle est le fruit de la prudence, de l’exigence, de la transparence. Mais à la fin, la raison doit trancher : et c’est pour cela que je pense que la majorité des citoyens (dont moi) se feront vacciner, une fois l’efficacité et l’innocuité avérées. Une autre raison au scepticisme anti-vaccin, c’est l’image de l’industrie pharmaceutique, terriblement dégradée depuis qu’elle donne l’impression d’avoir choisi d’investir davantage dans le marketing que dans la recherche, d’avoir dissimulé des problèmes médicaux pour des raisons financières, etc.

Tout cela rend légitime un certain scepticisme ; mais sans aller non plus jusqu’au complotisme, qui suppose une stratégie de dissimulations et de manipulations délibérées, pour des raisons autres que les exigences de rendement financier et de retour sur investissement. Je pense que ces dernières suffisent hélas à expliquer les dérapages sanitaires récents…

L’être humain a une aptitude merveilleuse au déni!

Existe-t-il une forme de déni face à la maladie tant qu’elle ne nous a pas touchés?

L’être humain a une aptitude merveilleuse au déni! C’est une chance, car la vie quotidienne serait difficile si on n’était pas capable d’écarter l’idée qu’on est mortel. Au début de l’épidémie, on ne savait pas ce qui allait se passer. Des gens connus mourraient, ça faisait peur. Puis, peu à peu, les gens ont compris que les malades graves étaient plutôt les personnes âgées, les personnes déjà malades, etc.

Et donc il y a une part de logique dans ce déni. Mais il y a aussi une forme d’égoïsme, d’individualisme et un manque de sens civique, car beaucoup de personnes oublient que les gestes barrières, porter le masque et adopter le vaccin, ce sont des comportements de solidarité. Même si moi je ne risque rien (je suis jeune et en bonne santé), je peux transmettre sans le vouloir ce virus à des gens qui, eux, risquent gros (ils sont âgés ou fragiles). Il va falloir qu’on réapprenne ce sentiment d’interdépendance. Et les crises ont le mérite de nous le rappeler.

Doit-on en profiter pour développer de nouvelles solidarités?

Il faut ouvrir les yeux sur le réel, balayer nos illusions de longévité, de garantie d’une sécurité matérielle qui nous avait rendus en partie égoïstes, exigeants, capricieux. Le réel se rappelle à nous et peut-être que ça va nous rendre plus solidaires. Le problème d’une société matérialiste est qu’elle nous donne l’illusion qu’on peut se passer de l’aide des autres, qu’on peut s’en sortir tout seul avec sa famille, qu’on est fort en tant qu’individu. Quand une crise arrive, on s’aperçoit qu’on est plus mal tout seul que si on est soutenu par des proches, des voisins, des collègues, les autres citoyens. La vertu de toute crise est ce rappel au réel et à l’évidence : nous sommes fragiles, trop nombreux, trop remuants, trop polluants. Il va falloir qu’on modifie tout ça pour le mieux. Si on arrive à changer nos façons de fonctionner, ce monde peut devenir plus joyeux et plus épanouissant.

Une civilisation peut être passionnante et brillante malgré le poids de l’incertitude et de l’adversité

S’agit-il finalement d’accepter nos fragilités?

Les gens ne se rendent pas compte qu’on a vécu un demi-siècle de royaume enchanté dans lequel les progrès étaient linéaires : paix, démocratie, confort, santé… On avait la certitude que nos enfants vivraient dans un monde meilleur. On avait le sentiment que tout était prévisible et maîtrisable. On partait en vacances et on prenait des assurances au cas où il n’y aurait pas de neige au ski. Les progrès de la médecine nous garantissaient de vivre centenaire et en bonne santé. On avait des certitudes illusoires qui étaient très agréables, sécurisantes, très confortables mais aussi très mensongères! On revient à une situation normale : la vie humaine, c’est une dose minimale d’adversité, de souffrance, d’incertitude.

Peut-on s’y faire?

Oui, je crois. Les civilisations qui nous ont précédés, l’Antiquité, le Moyen Âge, en sont la preuve. Attendre un enfant, c’était la possibilité de mourir en couches. Il y avait des guerres et des épidémies. On savait que la vie était fragile. Et pourtant, on a vécu, on a été heureux par moments, malheureux à d’autres, on a créé des œuvres d’art, mis au point de nouvelles techniques… Une civilisation peut être passionnante et brillante malgré le poids de l’incertitude et de l’adversité. Il faut le réapprendre parce qu’on y est confronté et qu’on n’a pas le choix. Certes, c’est de l’inconfort supplémentaire, mais l’inconfort n’est pas toujours pathologique ou problématique.

Il y a ce malentendu qui consiste à penser l’instant présent comme un refuge court-termiste

Dans ce contexte, peut-on apprendre à gérer ses pensées négatives?

Les angoisses liées à la pandémie se gèrent comme toutes les angoisses : il s’agit de reconnaître, de moduler, puis d’agir. Il faut d’abord reconnaître le problème, car en général on est anxieux pour de bonnes raisons. L’anxiété n’est pas un délire mais une surévaluation de la menace et de ses conséquences. Donc il faut reconnaître qu’il y a un problème, que ce virus existe et ensuite faire le ménage : est-ce que je prends la juste mesure du problème ou est-ce que je dramatise? Comprendre aussi qu’on peut agir, car si mon angoisse me pousse à ne plus rien faire, elle va se nourrir de l’inaction et du repli, puis d’elle-même. La peur et l’angoisse, c’est très bien si ça vous pousse à réfléchir à ce dont vous avez peur, à la manière dont vous voyez le problème et à étudier s’il n’y a pas une distorsion entre la réalité et la façon dont vous la percevez. Et si ça vous pousse à agir. Agir sous l’emprise de la peur, c’est très bien, ça s’appelle la prudence. Et être prudent, ce n’est pas être inhibé.

Je ne renonce pas à vivre, sortir, parler ou travailler. Mais je le fais en adoptant des comportements adaptés et proportionnés au danger.

Avec cette pandémie s’est beaucoup développée la méditation, dont vous êtes spécialiste, et le discours de l’instant présent. Le voyez-vous d’un bon œil?

Méditer lors d’un confinement, c’est essayer de regagner à l’intérieur une partie des espaces perdus à l’extérieur. Je vois ça plutôt favorablement. Pas seulement parce que c’est un outil de régulation du stress personnel : la méditation a aussi un effet social. Je crois à l’intériorité citoyenne : si on fait le ménage dans sa tête, on sera un meilleur citoyen. Les comportements non citoyens sont rarement le fruit d’un équilibre intérieur abouti. Ils émanent de personnes soumises à leurs émotions, leurs impulsions, trop centrées sur elles. Or c’est l’objectif de la méditation : trouver un équilibre émotionnel, être ouvert au monde et aux besoins des autres.

Mais sur l’instant présent, il y a un grand malentendu. L’instant présent, c’est certes apprendre à savourer les bons côtés de la vie mais aussi apprendre à affronter les mauvais côtés sans se raconter d’histoires ou regarder ailleurs. Car il ne s’agit pas de fuir sa souffrance mais de s’arrêter pour analyser ce qui nous arrive. Il y a ce malentendu qui consiste à penser l’instant présent comme un refuge court-termiste. Or c’est la même démarche que l’acceptation. Même si les choses ne vont pas dans ma vie mais que je croise un ciel bleu, je m’arrête, je m’assieds, je respire, je me réjouis de vivre cet instant, même bref et passager, et ça va me donner de la force pour affronter les problèmes à venir. C’est une confrontation au réel, qu’il soit favorable ou défavorable. L’instant présent, c’est accepter d’habiter pleinement le réel, dans toutes ses dimensions.

Grâce à la pandémie, je sais que c’est génial de pouvoir être assis à une terrasse de café et bavarder! Et je le savourerai pleinement le temps venu!

Peut-on aussi se réapproprier son espace-temps, aujourd’hui défini par de nouvelles contraintes (couvre-feux, zones délimitées, etc.)?

Il faut se rappeler que c’est transitoire et altruiste. Il s’agit de contenir l’épidémie, donc on peut accepter les contraintes transitoires. Il faut accepter que ça a du sens, que ce n’est pas absurde. On peut même capitaliser et en faire des contraintes fécondes. Grâce à la pandémie, je sais que c’est génial de pouvoir être assis à une terrasse de café et bavarder! Et je le savourerai pleinement le temps venu!

En attendant de retourner en terrasse, n’est-on pas en train de créer une société de l’absence du lien physique?

Je suis quasiment certain qu’on ne va jamais revenir à l’état antérieur. On va évoluer vers des sociétés à l’asiatique, avec davantage de courbettes et de sourires – pourquoi pas, après tout, si on y met cœur et sincérité? –, et on va se débarrasser des corvées de bises et tournées de poignées de main, devenues parfois des rituels sociaux creux et assommants. Je pense que ces habitudes sont rayées de la carte pour longtemps. Sanitairement, c’est un progrès. Et socialement, je ne crois pas que la perte sera si grande. Il va y avoir une redistribution, une revalorisation du contact physique.

On embrassera ses vrais amis, on fera des hugs à ses proches. On sortira de ces rapports physiques de surface. C’est peut-être une bénédiction!

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