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« POUR ALIMENTER SA PROPRE PENSÉE POLITIQUE, IL FAUT ÊTRE DANS L’ACTION ». REFLEXION SUR L’ÉTAT.

LE « MONDE D’APRÈS » SERA-T-IL NÉOLIBÉRAL  ?

PRÉSENTATION

Pour la philosophe Barbara Stiegler, rien de surprenant à ce que le gouvernement français durcisse son agenda sur certains tableaux. Loi sur la recherche universitaire, réforme de l’assurance chômage, projet de loi sur la « sécurité globale »… Autant de projets qui constituent, selon elle, le parfait prolongement du néolibéralisme tel qu’il avait été conçu dès ses origines, par l’écrivain américain  Walter Lippmann notamment.

Un an après son ouvrage « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique (Gallimard, 2019), la professeure à l’Université Bordeaux Montaigne a publié cet été Du cap aux grèves (Verdier, 2020), un court récit de son implication personnelle au cœur du mouvement des gilets jaunes, puis des mobilisations contre la réforme des retraites.

Voir une de nos publications précédentes: Barbara Stiegler : « Plus que le complotisme supposé des citoyens, c’est la défiance des élites que cette crise met à nu ». https://metahodos.fr/2021/02/25/barbara-stiegler%e2%80%89-plus-que-le-complotisme-suppose-des-citoyens-cest-la-defiance-des-elites-que-cette-crise-met-a-nu/

Nous vous proposons de revenir avec elle sur la séquence politique du moment et la notion d’engagement dans le monde de la recherche, et sur sa réflexion sur l’Etat.

ENTRETIEN

« POUR ALIMENTER SA PROPRE PENSÉE POLITIQUE, IL FAUT ÊTRE DANS L’ACTION »

Autour de la séquence politique du moment en France et de la notion d’engagement dans le milieu universitaire.

Pablo Maillé – 19 décembre 2020 – Usbek & Rica

Le gouvernement semble mettre en scène, depuis quelques mois, un retour de « l’État fort » en accélérant son agenda sur plusieurs tableaux : réforme de l’université, arsenal sécuritaire renforcé… Comment analysez-vous ce tournant ?

L’idée qu’il y aurait un « retour de l’État » est en effet une mise en scène. Le néolibéralisme émerge dans les années 1930 avec l’idée qu’on ne peut plus laisser faire le marché. Les nouveaux libéraux de cette époque le reconnaissent eux-mêmes : le marché est une création artificielle qui repose très largement sur l’État. Parler aujourd’hui de « retour » de l’État, et présenter cela comme une espèce de leçon pour le monde d’après, est en ce sens illusoire. Dans un régime néolibéral, l’État joue un rôle central.

On peut prendre pour exemple le système hospitalier ou le système éducatif, que l’État passe son temps à réformer, à transformer, et d’ailleurs à abîmer. Les dernières décennies de réforme ne correspondent absolument pas à ce qu’on a appelé pendant longtemps, et à tort, le « retrait de l’État ». On assiste au contraire à une immixtion permanente, qui peut même virer au harcèlement institutionnel. Parce qu’il n’y a jamais eu de retrait, il n’y a donc pas de « retour » de l’État.

La notion d’État « fort » est en revanche plus complexe, car on voit bien que le néolibéralisme détruit l’État au sens philosophique et étymologique, c’est-à-dire comme quelque chose qui est censé assurer la stabilité et faire face à l’imprévu. L’État doit faire, en principe, des stocks de toutes sortes pour se préparer aux crises – on pense évidemment aux stocks de masques -, et il doit assurer la stabilité des institutions. Mais l’État tel qu’il a été réinvesti par les néolibéraux est à la fois réaffirmé et profondément transformé, puisqu’il passe d’une logique de stock à une logique de flux, ce qui conduit à détruire les institutions et finalement l’État lui-même. Parler d’« État fort » est donc impropre : d’un côté l’État reste important, mais de l’autre il est détourné par d’autres forces, au service du marché et de la compétition mondialisée, ce qui l’affaiblit et même le détruit, tout en affirmant sa centralité. C’est tout le paradoxe de notre situation, révélé par l’épidémie.

Dernier élément de mise en scène : faire comme si, du fait de la crise, on avait une sorte de nouveau « conseil national de la résistance » en prévision de « jours heureux », rhétorique qu’a utilisée Emmanuel Macron au printemps dernier avant de l’abandonner au profit de celle du couvre-feu. C’est évidemment mensonger puisque l’idée de l’État providence et de toutes les grandes lignes directrices qui ont inspiré les gaullistes et les communistes à l’époque du CNR sont à des années lumière de cet État actuel, caractérisé par la mise en compétition de tous contre chacun et par l’adaptation à la mondialisation.

Dans la généalogie du néolibéralisme que vous avez étudiée, l’État a-t-il un rôle particulier à jouer dans des périodes de crise comme celle que nous traversons actuellement ?

Quand on lit Walter Lippmann, l’un des inspirateurs de ce nouveau libéralisme que j’ai le plus étudié, il apparaît clairement que le néolibéralisme se projette dans un état de crise permanent, et que cette crise tient à l’inadaptation de l’espèce humaine et de ses artifices par rapport à ce qu’il considère être le sens de l’histoire : la compétition à une échelle mondialisée.

Pour Lippman, la division mondialisée du travail provoque nécessairement des crises puisque l’espèce humaine s’est toujours adaptée à un monde relativement stable et relativement clos, et qu’elle n’est pas « équipée » pour faire face à un monde mondialisé, sans stase ni clôture. Il y aura donc sans arrêt des crises d’inadaptation, et c’est dans ce contexte que le néolibéralisme entend gouverner.

Mieux : il entend faire de la crise l’occasion du déploiement de son agenda et d’une reprise en main des populations par des experts et des dirigeants qui savent mieux qu’elles vers où elles doivent aller. Dans le cadre de la santé, par exemple, tout devient une affaire de gestion des risques que les individus sont incapables d’appréhender du fait de leur déficience cognitive. Il faut donc remodeler leurs comportements pour les rendre plus adaptés à un environnement nécessairement dégradé par la révolution industrielle.

Cet agenda est exactement celui qui s’est imposé pendant la crise sanitaire : non pas agir sur les causes et les soigner, mais modifier les comportements par le haut en les inhibant et en les réprimant pour minimiser les risques. S’adapter, dans un monde de risque sanitaire, c’est rester chez soi et passer au numérique.

Dans votre précédent livre, Il faut s’adapter, vous montriez comment le néolibéralisme pouvait avoir recours à la « douceur » et à la « bienveillance » pour imposer son agenda. Aujourd’hui, on a au contraire l’impression d’un renforcement de sa logique « autoritaire », notamment avec le projet de loi sur la sécurité globale. Comment le néolibéralisme peut-il être à la fois « autoritaire » et « bienveillant » ?

Lorsqu’il fonctionne bien, le néolibéralisme passe effectivement par ce que Walter Lippmann a nommé « la manufacture du consentement ». Il est fondé sur ce qu’on appelle aujourd’hui « l’acceptabilité sociale ». En cela, il repose sur l’intériorisation des normes et le fait que chacun active cette normativité, l’intègre positivement. Plus généralement, le néolibéralisme a une sainte horreur du conflit. Quand on lit les textes de Lippmann sur le champ politique, on voit très bien qu’il s’agit d’évacuer toute forme de conflictualité de l’espace public. Le déploiement de la force n’est pas nécessaire dans les périodes où le néolibéralisme fonctionne – et encore moins le déploiement visible de la violence.

Même si, bien entendu, il s’agit d’un mode de gouvernement violent dans la mesure où, par cette logique de flux opposé au stock, il liquide toutes formes d’activités vitales et conduit à dépouiller les individus de tout étayage social. Mais cette violence est habituellement invisibilisée, d’autant qu’elle se drape dans les catégories managériales positives de la « bienveillance » (pour les plus fragiles) ou de la « performance » (pour les plus forts).

Mais je pense qu’on bascule aujourd’hui dans une autre logique. Il y a bien sûr le projet de loi sur la sécurité globale, mais on pourrait remonter plus en amont : dès 2016, s’est abattue une violence policière inouïe sur les mouvements de contestation de la Loi Travail, une loi typiquement néolibérale qui visait à fluidifier le marché du travail. Au tournant des années 2000, quand a commencé à réapparaître une contestation du capitalisme mondialisé par la jeunesse, il y a eu une montée de la violence un peu partout dans le monde. En 2005, le « non » au projet de Constitution européenne a installé l’idée que les populations étaient de plus en plus rebelles et de plus en plus à même de refuser le projet ordo-libéral (la variante allemande du néolibéralisme) que promouvait l’Europe. Peu à peu, l’État s’est armé pour opérer une répression de la contestation sociale et politique. Ce n’est donc pas un coup de théâtre, c’est quelque chose qui se prépare à bas bruit depuis longtemps et qui devient aujourd’hui, c’est vrai, spectaculaire, en franchissant de nouvelles lignes rouges.

« On sent monter une forme de contestation de la part de tous les milieux »

Est-ce le signe d’une plus grande force du néolibéralisme ou de son échec ? C’est une vraie question à laquelle il est assez difficile de répondre. Mais je serais assez d’accord avec Michel Foucault pour dire que la gouvernementalité néolibérale marche quand elle invisibilise la violence et met plutôt en scène la douceur et la bienveillance. Donc j’aurais tendance à dire que c’est une forme d’échec. Et c’est d’ailleurs une vérité plus générale. Sauf pour certains pouvoirs qui sont fondés sur l’ostentation de la force, tout passage à la violence est le signe d’une perte de force et d’autorité.

Emmanuel Macron garde pourtant un taux de popularité relativement élevé dans les sondages d’opinion. D’après l’Ifop, il serait même « à son meilleur niveau de popularité depuis six mois ». Comment l’expliquer ?

Je serais très prudente sur ces sondages, qu’il faut minorer car en période de crise extrême car on a toujours des chiffres très hauts concernant les côtes de popularité des dirigeants. Ce qui est plus intéressant à observer est que l’on sent monter une forme de contestation de la part de tous les milieux : à la fois les milieux populaires mais aussi les milieux les plus diplômés, qui commencent depuis peu à prendre la parole pour s’opposer au pouvoir. Les grands médias ont manifesté leur inquiétude, aux côtés d’autres franges de la population, contre l’article 24 du projet de loi sur la sécurité globale, par exemple. Le monde de la culture est aussi très remonté contre le gouvernement, de même que le monde de l’éducation, le monde de la santé et une grande partie des milieux économiques. Le Medef lui-même, qui fut pendant les premières années de la présidence d’Emmanuel Macron un allié de poids, conteste désormais la politique du gouvernement. La contestation monte partout, dans tous les secteurs et dans toutes les classes sociales.

Dans votre nouveau livre, Du cap aux grèves, vous faites le récit de votre engagement de plus en plus intense dans les luttes sociales récentes, à commencer par le mouvement des gilets jaunes puis la mobilisation contre la réforme des retraites. Vous racontez notamment que la séparation entre la théorie et la pratique, que vous vous forciez à conserver en tant qu’universitaire, a fini par devenir « hautement problématique ». Qu’est-ce qui vous a conduit à vouloir la dépasser ? 

Mon engagement dans la philosophie repose sur l’idée d’essayer de penser ce qui nous arrive, mais aussi sur celle de contribuer à faire dévier les trajectoires qui apparaissent délétères. J’ai toujours appréhendé mon travail de cette manière. Au départ, j’ai donc tout naturellement voulu faire de la philosophie politique, mais j’ai été profondément rebutée par la manière dont ce champ s’était structuré dans les années 1990, lorsque dominait, avec la chute du Mur de Berlin, l’idée de la fin de l’Histoire et de ses conflits et la croyance en une victoire inéluctable de la démocratie de marché. Je me suis alors tournée vers l’histoire de la philosophie et notamment vers la philosophie allemande, en étudiant les grandes philosophies de la vie et du vivant, et en essayant d’utiliser leurs pensées pour comprendre le présent – c’est d’ailleurs tout le sens de la démarche généalogique théorisée par Nietzsche.Parce que mon travail portait sur la vie comme mémoire et incorporation, j’ai choisi la question de l’éducation comme axe central de mes recherches.

J’ai commencé à m’engager politiquement sur les questions d’éducation et de recherche à partir de 2009 avec le mouvement des universités contre la loi LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités, ndlr). Parallèlement, je me suis aussi engagée dans le domaine de la santé, qui m’occupait déjà dans mes recherches sur Nietzsche, avec le Master « Soin éthique et santé » de l’université Bordeaux Montaigne. Dans ce Master, que je dirige depuis dix ans, nous avons mis au point avec les soignants une sorte de laboratoire dans lequel on réfléchit sur les questions de santé publique, de politiques sanitaires et sur l’ensemble des rapports entre la santé et le monde social.

« Quand on développe une pensée hors-sol et purement abstraite, on perd cet enracinement dans l’espace, dans les lieux et dans les calendriers »

Il était donc tout à fait naturel pour moi d’articuler le travail philosophique et l’action politique. Mais je ne trouvais pas d’occasion pour m’engager concrètement dans une quelconque mobilisation. Quand j’ai fait paraître Il faut s’adapter l’année dernière, dans lequel je proposais une grille de lecture pour mieux comprendre les réformes néolibérales de l’éducation et de la santé et quand, au même moment, un mouvement politique majeur a surgi dans l’espace public, celui des gilets jaunes, cela m’a fait tout naturellement basculer dans la mobilisation.

Devant ce mouvement qui refusait le cap fixé par les néolibéraux, l’adaptation à la mondialisation, et qui rappelait à l’État ses devoirs en terme de service public et de démocratie, je faisais un lien constant entre mon travail et ce qui se produisait dans la rue, travail qui s’est poursuivi ensuite avec la mobilisation pour les retraites, puis pour l’hôpital, le lycée et l’université. En participant à ces mobilisations, je me trouvais au cœur de mes propres objets de recherche. Mais en basculant dans l’action, je me suis trouvée confrontée à toute une série de questions que je découvrais presque naïvement, comme une novice, et auxquelles je n’avais pas de réponse. Ce sont ces questions qu’égrène, au fil de mon récit, Du Cap aux grèves.

En vous lisant, on a l’impression que c’est aussi une manière pour vous de sortir de « l’isolement » dans lequel le champ universitaire aurait tendance à placer les chercheurs et les chercheuses. Vous parlez notamment de « basculer dans la réalité physique des corps et des lieux »…

Effectivement. Le milieu académique auquel j’appartiens est extrêmement atomisé. Traditionnellement, il est très peu syndiqué et très peu susceptible de se mobiliser collectivement. Parce que la compétition académique y fait rage, les ego sont parfois surdimensionnés. Il y a dans certaines disciplines une vraie culture de laboratoire, où les chercheurs ne peuvent pas faire autre chose que travailler ensemble. Mais en philosophie, beaucoup de gens travaillent dans leur coin, de manière isolée. Cela a aussi été mon cas pendant des années. J’ai suivi le modèle de l’auteur qui prépare ses livres de façon autonome, tout seul. J’en étais assez malheureuse parce que j’ai toujours cru à l’intelligence collective et à la nécessité de faire corps socialement et politiquement. Mais j’avais en même temps besoin de trouver mon propre sillon, d’autant que, comme je vous le disais tout à l’heure, l’état du champ de la philosophie politique ne me satisfaisait pas du tout. J’ai donc longtemps été prise dans cette contradiction.

À cela s’ajoute que la compétition pour arracher des places ou gagner des appels à projets produit des effets de en plus délétères. L’état de crise et d’austérité dans lesquels on nous plonge en permanence fait que nos collectifs de travail ont tendance à se déliter. Ces logiques favorisent l’hyper-spécialisation : les universitaires produisent des savoirs de plus en plus spécialisés qui se déconnectent du champ social. À tel point qu’aujourd’hui, la figure de l’intellectuel engagé dans la société est parfaitement discréditée. Cela dit quelque chose de la déconnexion totale du chercheur académique du champ social et de l’atomisation du corps académique lui-même, deux constats qu’on ne peut que déplorer.

Ces phénomènes correspondent aussi à une dépolitisation générale de la société, où chacun devrait être enfermé dans son secteur et rivé à ses intérêts. Dès que vous intervenez, vous devez parler depuis votre secteur à vous, votre domaine de spécialité, voire vos intérêts, en tant qu’individu privé. Toute vision globale est discréditée : « Au nom de quoi parlez-vous pour les autres ? » Tout cela produit de la dépolitisation. Mais au moment où ces phénomènes s’aggravaient, j’ai pu construire, grâce à la stabilité spatio-temporelle dont je bénéficie à Bordeaux, un réseau de gens venus aussi d’autres milieux, du soin, de la santé, du droit, de l’éducation en général. Cela me permet aujourd’hui de ne plus me sentir seule et d’avoir autour de moi un ensemble d’interlocuteurs avec lesquels je sens que je peux m’associer dans les luttes. Et je crois que c’est la seule voie qui nous reste pour l’instant. À l’heure de l’atomisation de nos corps grands collectifs (partis, syndicats, corporations) et avec un État néolibéral qui passe à la violence, il est urgent de basculer dans une nouvelle logique, celle de la constitution de solides réseaux de résistance.

Cela peut paraître hors de portée pour ceux qui m’entendent, mais je crois au contraire que tout le monde peut, quel que soit son statut, participer à cette logique locale de résistance. Comme l’explique très bien le philosophe pragmatiste John Dewey, qui s’est opposé pendant vingt ans à Walter Lippmann, les « publics » qui émergent dans l’espace sont fragiles et évolutifs, mais il faut savoir saisir leurs potentialités au bon moment. Il faut prêter attention à la précision de ce qui se passe dans l’espace et dans le temps. Très souvent, quand on développe une pensée hors-sol et purement abstraite, on perd cet enracinement dans l’espace, dans les lieux et dans les calendriers.

L’idée est donc de faire advenir la lutte dans des corps et des endroits précis. Dans mon milieu, cela veut dire que nous devons lutter contre nos propres penchants de chercheurs académiques, plutôt enclins à nous désincarner et à nous isoler.

Pour un chercheur qui souhaiterait aujourd’hui « s’engager », publier des livres et donner des interviews ne suffit plus ?

Non, cela ne suffit plus. Certes il est important de donner des interviews quand on publie un livre, car c’est un objet qui permet de s’adresser à un public beaucoup plus large que celui de l’article. Le savoir universitaire se diffuse à travers le livre. C’est la moindre des choses que l’on rende à la communauté qui nous finance ce qu’elle nous a donné, en mettant sur la place publique notre travail. Cela suppose une longue phase d’écriture, qui n’est pas toujours facile, mais qui constitue selon moi une nécessité. Et il faut aussi accompagner le livre dans l’espace public. C’est fondamental, parfois un peu anxiogène et chronophage, mais c’est indispensable.

Mais cela ne suffit pas, effectivement. On ne peut pas s’en tenir à ces publications. Pour alimenter sa propre pensée politique, il faut être dans l’action. Je ne vois pas comment on peut prétendre renouveler le champ politique sans soi-même être concrètement engagé dans les luttes politiques nouvelles. Et qui dit lutte politique dit implication en chair et en os, avec son propre corps : aller dans la rue, dans les assemblées, dans les conseils, sur les lieux d’occupation, prendre la parole, affronter les adversaires, assumer une forme de conflictualité. Faire les choses non seulement avec son cerveau mais aussi avec ses mains, ses pieds, son visage et sa parole.

C’est à mon avis l’unique voie pour que le monde académique apporte sa contribution au renouvellement politique auquel nous aspirons tous. Mais pour cela, il faut qu’il accomplisse jusqu’au bout la critique du dualisme métaphysique qui entend séparer nos corps et nos esprits. Ce qui m’a frappé pendant ces deux dernières années, c’est au fond la persistance d’illusions métaphysiques que nous pensons avoir surmontées, mais qui continuent secrètement de nous entraver dès que nous essayons de nous mobiliser. C’est cet ensemble d’idoles métaphysiques que Du cap aux grèves essaie d’affronter.

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