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LES ANCIENS DE L’ENA « FIERS DE SERVIR L’ETAT ». MAIS QUID DE LA PERTE D’EFFICIENCE ET DE LA CRISE INSTITUTIONNELLE ET DÉMOCRATIQUE ?

DÉFENSE ET ILLUSTRATION DE L’ENA

Préfets ou sous-préfets, diplomates, gestionnaires des ressources humaines, magistrats… Dans une tribune – bien tardive – publiée dans le JDD, l’Association des anciens élèves de l’ENA qui compte plus de 10 000 membres prend la défense de l’institution dont la disparition vient d’être actée.

Nous avons publié différents billets ou repris des articles évoquant ce qui représente une vraie fausse suppression et qui n’est pas accompagnée d’une reforme d’un système qui entremêle l’administration et l’Etat, notions souvent confondues dans les définitions, et – surtout – dans les fonctions et prérogatives.

Voir par ailleurs notre publication d’un dossier en 7 épisodes relatif aux faillites des elites.

Nous publions volontiers cette tribune à la demande d’anciens élèves de l’Ena, comme ils s’attachent « essentiellement » à se présenter.

Nous aimerions également connaître les propositions qu’ils seraient en mesure faire – sans les empêcher de l’intérieur – pour réformer un Etat qu’ils doivent servir et qui a perdu beaucoup de son efficience.

Nous aimerions les lire sur la place de l’administration « à coté » et au services des pouvoirs institutionnels ( exécutif, législatif, judiciaire ) et de la démocratie en grave crise tous deux.

Cet Etat dont ils se sentent – c’est l’un des reproches qui leurs sont faits souvent – propriétaires

Et, par ailleurs, défenseurs « face » aux élus, citoyens et autre parties prenantes, quand ils n’entrent pas diectement – et sans les précautions qui s’imposeraient sur un plan éthique et démocratique – dans la sphère politique ( mandats politiques nationaux, locaux ou européens, cabinets, directeurs généraux et secrétaires généraux des ministères, fonctions ministérielles, administrateurs, directeurs et présidents d’institutions, autorités, d’entreprises publiques, para-publiques ou délégataires…)

Comment comprendre un passage de la tribune :

« La quasi-totalité d’entre nous, anciens élèves de l’ENA, français et étrangers, ne sommes jamais entrés en politique, n’avons jamais cherché à travailler dans une entreprise privée…« 

TRIBUNE

« FIERS DE SERVIR L’ETAT », LES ANCIENS ÉLÈVES DE L’ENA DÉFENDENT LEUR ÉCOLE

le 24 avril 2021. Par L’association des anciens élèves de l’ENA – JDD

L’association des anciens élèves de l’ENA, qui compte plus de 10.000 membres, défend l’institution dont la disparition a été annoncée par Emmanuel Macron. « Sait-on que ceux qui ont intégré l’ENA cette année sont à 37% des boursiers? (…) Il faut sortir des caricatures pour traiter les problèmes, de manière constructive, car nous reconnaissons la nécessité d’une réforme en profondeur de la haute fonction publique que nous appelons de nos vœux depuis plusieurs années. »

Pour les signataires, une autre voie est possible : « Nous avons la conviction qu’il n’était ni nécessaire, ni utile de supprimer l’ENA. » Voici leur tribune.

« La quasi-totalité d’entre nous, anciens élèves de l’ENA, français et étrangers, ne sommes jamais entrés en politique, n’avons jamais cherché à travailler dans une entreprise privée : nous avons choisi de consacrer notre vocation, après un concours et une scolarité difficiles qui demandent des sacrifices, à être concepteurs, pilotes et évaluateurs de politiques publiques, préfets ou sous-préfets, diplomates, gestionnaires des ressources humaines ou financières, magistrats administratifs et financiers, inspecteurs, etc.

A Paris, en régions et à l’étranger, nous œuvrons au quotidien pour toutes les politiques publiques, des armées à la culture, de l’économie à l’éducation. Nous participons à la gestion de toutes les crises, des attentats terroristes à la crise sanitaire actuelle. Nous exerçons de magnifiques métiers dont nous sommes tous fiers. Au service des Françaises et des Français, au service de la France.

Sait-on que ceux qui ont intégré l’ENA cette année sont à 37% des boursiers*? Et sait-on que la moitié de ceux qui font l’ENA chaque année sont des fonctionnaires de terrain, qui l’ont intégrée par voie professionnelle (concours internes et troisième concours)? Il faut sortir des caricatures pour traiter les problèmes, de manière constructive, car nous reconnaissons la nécessité d’une réforme en profondeur de la haute fonction publique que nous appelons de nos vœux depuis plusieurs années. Nous avons formulé des propositions en ce sens.

Pour conduire cette réforme, nous avons la conviction qu’il n’était ni nécessaire, ni utile de supprimer l’ENA

Pour conduire cette réforme, nous avons la conviction qu’il n’était ni nécessaire, ni utile de supprimer l’ENA, dont la création a été voulue en 1945 par Charles de Gaulle et un gouvernement d’union nationale au nom d’une vision exigeante de l’Etat. La « refonte de la machine administrative française »** a mis un terme à une « balkanisation » de la haute fonction publique composée jusque-là d’archipels peu reliés et reposant sur les relations personnelles. Tel est le sens originel de l’ENA, incarnation de la méritocratie, qui repose avant tout sur un concours unique pour une haute fonction publique unifiée.

En France comme à l’étranger, l’ENA, ainsi que les hauts fonctionnaires qui y ont été formés, ont été des sources d’inspiration. Nombreux sont les Etats étrangers qui aujourd’hui encore s’inspirent de l’ENA et des principes de la fonction publique française pour construire leur propre système de service public et de formation des fonctionnaires. Nombreux sont les citoyens européens et internationaux qui, chaque année, choisissent de suivre des cycles de formation à l’ENA, méconnu réseau d’influence de la France dans le monde.

Le constat fait par les fondateurs de l’ENA en 1945 reste aujourd’hui valable. Nous souhaitons donc que le contenu de la réforme de la haute fonction publique qui se dessine, au-delà de la suppression de l’ENA, y réponde pleinement. 

Pour défendre l’intérêt général, nous avons besoin d’une fonction publique de carrière fondée non pas sur des nominations personnelles mais sur la valeur individuelle, les compétences acquises mais aussi sur l’engagement en faveur de l’intérêt général et du service public.

Pour préserver la méritocratie, le recrutement par un concours, voie juste et républicaine, doit être maintenu tout en approfondissant l’ouverture à la diversité notamment sociale.

Pour adapter la fonction publique aux attentes de la société et maintenir son attractivité, elle devra être ouverte et innovante, au plus près des Françaises, des Français et de tous les habitants de notre pays, sur le terrain.

L’atteinte de ces objectifs est possible sans que la fonction publique ne bascule et ne s’éloigne des grands principes qui ont fait l’armature du service public à la française : la défense de l’intérêt général, la neutralité, la loyauté ; sans prendre le risque de fragiliser l’Etat au moment où de grandes tensions mettent à l’épreuve notre société.

La future école qui va naître devra être un établissement respecté et attractif, pour les meilleurs talents de la Nation, quelles que soient leurs origines. Nous souhaitons qu’elle dispose du statut d’un « grand établissement », comme d’autres grandes écoles et universités. Il sera nécessaire de revoir la scolarité pour notamment renforcer la transformation managériale, l’innovation, la capacité à travailler de façon collaborative mais aussi approfondir les formations « métiers » qui font si souvent défaut aujourd’hui, en préservant les stages sur le terrain. Sur tous ces points, nous sommes force de contributions.

Nous sommes fiers de servir l’Etat, au plus haut niveau, dans le respect des règles démocratiques de notre pays

Fidèles à notre engagement de « servir sans s’asservir » [devise de l’ENA, ndlr], défenseurs de la permanence de l’Etat républicain et de ses principes, nous sommes convaincus de la nécessité pour l’Etat de disposer d’une haute fonction publique capable de répondre aux défis actuels et d’anticiper les enjeux de demain. Cette refondation ne pourra être réussie que dans la clarté, la franchise, l’écoute et la transparence. Prenons-en le chemin ensemble, sans alimenter la défiance à l’égard des hauts fonctionnaires, serviteurs de l’Etat et sans porter atteinte à l’attractivité de nos métiers pour les générations futures.

Nous sommes fiers de servir l’Etat, au plus haut niveau, dans le respect des règles démocratiques de notre pays, afin d’en assurer sa permanence, au service des citoyens. »

* Sur les 82 élèves reçus aux concours en décembre dernier, 36,6% ont été boursiers de l’enseignement supérieur, contre 25% pour la promotion précédente.

** Ordonnance du 9 octobre 1945 qui porte création de l’ENA.

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